DOMESTIQUES MM
(Masquillier.
En I860, LL. Majestés arrivèrent à Compiègne le 7 novembre.
Il y eut spectacle le 12 avec le Théâtre-Français et Maître Giiérin^ comédie en cinq actes d'Emile Augier.
Celte œuvre remarquable mériterait une longue analyse et je regrette de n'en pouvoir dire que quelques mots. On y remarque la touche d'un maître dans beaucoup de scènes ; l'esprit est semé à profusion dans le dialogue et le caractère de maître Guérin est vrai et fortement tracé. Got y a été admirable. Parlerai-je des défauts de la pièce? Elle en a d'assez sérieux pour que la reprise de Maître Guérin, un jour ou l'autre, me paraisse difficile. Mais il me faudrait quelque développement pour motiver mes critiques et cela me mènerait trop loin. On ne doit pas traiter légèrement une
comédie de l'auteur de Gabrielle et de t Aventurière.
La représentation de Maître Giiérin a été très bonne ce soir-là et après le spectacle les acteurs ont été appelés auprès de LL. Majestés et en ont reçu de gracieux compliments parfaitement mérités.
Dans la loge impériale étaient S. A. R. le prince d'Orange, S. E.Mohammed-Djemil-Pacha, ambassadeur de Turquie, les maréchaux Vaillant et Magnan, les généraux Bataille, Gassaignolles, le duc et la duchesse de Cambacérès, la princesse Ghyka, le duc et la duchesse de Gadore, MM. Baroche. Magne, Boudet, ministre de l'intérieur, le baron Haussmann, MM. Emile Augier, Fromentin, Garpcaux, Gustave Flaubert, Meissonnier, Alexandre Dumas, Viollet-Le-Duc, etc..
Le lendemain 13, le roi des Belges est venu 4 Gompiègne et y est resté un jour seulement. Il à visité avec l'Empereur le château de Pierrefondas
Voici, à propos du roi des Belges, une particularité assez curieuse que je trouve dans les journaux de Compiègne : « Le roi Léopold qui, on le » sait, est un grand voyageur, emporte son lit » partout avec lui, il a habité une nuit l'apparte- » ment des princes. Le lit qui y était a été rem- » placé pour cette nuit par le lit royal. »
Le 15 novembre, jour de la fête de l'Impératrice, on joua sur un petit théâtre monté avec de jolis décors et de riches draperies à crépines d'or dans l'un des appartements une charade composée par Emile Augier dont le mot était Portrait. Le Prince Impérial y avait un rôle et avait à réciter une vingtaine de vers. Mais presque au début la mémoire lui fit défaut. — Eh ! bien, Louis, lui dit l'Empereur, tu ne sais plus? — Il n'y a pas de souffleur, répondit le Prince. — Cette raison me parut assez bonne et fut bien accueillie. Peutêtre vint-on de la coulisse
Secourir de Liuis la mémoire troublée.
11 reprit bien vite sa tirade et alla jusqu'au bout sans broncher. Il était à l'âge — il avait alors huit ans — oii il est encore permis de ne pas réciter ses leçons sans faute.
PALAIS DE COMPIÈGNE
Spectacle du Samedi J9 novembre 1864 THÉÂTRE DU VAUDEVILLE