FAMILLE BENOITON
Comédie en cinq actes, de M. VicioniEN Sardou.
HECTOR DE CHAMPROSÉ. . . . MM. Félix.
FORMICHEL Delannoy.
BENOITON Parade.
DIDIER F. Febvre.
FORMICHEL fils Saint-Germain.
STEPHEN Grivot.
MULLER JoLiET.
BAPTISTE Bastien.
JEAN Roger.
MARTELiri Gaillau.
CLOTILDE Mnies Fargueil.
MARTHE Jane-Essler.
ADOLPHINE Alexis.
JEANNE Manvoy.
CAMILLE Leblanc.
THÉODULE Daudoird.
JULIE Damis.
HENRIETTE Lebreton.
FANFAN Camille.
LK ni RECTEi R, A. ARMANT
En 1865, l'Empereur, l'Impératrice et le Prince Impérial arrivèrent à Compiègne le dimanche 12 novembre, et les invités de la première série le mardi 14. C'étaient le prince Joachim Murât, la princesse Lucien Murât, la comtesse de Montijo, mère de l'Impératrice, la princesse Bacciochi, le maréchal Vaillant, Safvet Pacha, ambassadeur de Turquie, le baron Haussmann, la comtesse Gambacérès, l'amiral Rigault de Genouilly,le vicomte Daru, le général Dejean, MM. Baroche, Rouland, Mathieu, avocat, Getti, Gustave Moreau, Hittorf, Leverrier, Ferdinand de Lesseps, Mérimée, Le Normand, Duverrier....
Le vendredi 17, le Vaudeville vint jouer la Famille Benoiton qui venait d'obtenir à Paris un magnifique succès. Il n'en pouvait être tout à fait de
même à Gompiègne. On y fut plutôt étonné que satisfait. Dans l'œuvre de Sardou, remarquable sans doute malgré ses défauts, l'observation est souvent forcée. L'auteur cherche l'effet et appuie trop sur l'accent qui est nécessaire au théâtre, mais qui dans la comédie ne doit pas dépasser le vrai pour ne faire voir que l'exception. Ainsi les demoiselles Benoiton sont par trop mal élevées. Ce n'est plus seulement l'éducation qui est mauvaise, c'est la morale la plus élémentaire qui est blessée. Le positivisme précoce et passablement cynique de Théodule, un joli sujet, le langage émaillé d'argot deFanfan Benoiton, tout cela n'était guère de mise au théâtre du Palais. Pourtant grâce aux acteurs qui formaient un ensemble parfait et surtout à Félix, excellent de verve spirituelle et mordante dans le rôle de Champrosé, une de ses meilleures créations, la Famille Benoiton fit plaisir; mais ce fut un plaisir de curiosité. A mon avis, c'est une de ces pièces où, tout en tenant compte à l'auteur d'une grande dépense d'esprit et de talent, on aurait do temps en temps bonne envie de se fâcher.
162 LE TnÉATRE DE LA COUR A COMPIÈGNE
Après le troisième acte, l'Empereur et l'Impératrice firent appeler auprès d'eux la petite Camille — Fanfan Benoiton — et lui donnèrent une belle boîte de bonbons. En rentrant au foyer des acteurs, Camille trouva fondue une glace à la vanille qu'elle avait commencée et se mit à pleurer. Il fallut lui en donner une autre ; elle n'aurait pas fini la pièce sans cela.
Le mardi 21, la deuxième série des invités vint au Palais. Voici les noms d'une partie des personnes qui la composaient: la princesse Anna Murât, le prince et la princesse de Metternich, le marquis de Léma, le duc de Mouchy, la princesse d'Essling, le prince de Reuss, le marquis de Chasseloup Laubat,les généraux Duhesme,Pagol, Mellinet, le marquis et la marquise de Gallifet, la comtesse de Pourtalès, la baronne de Poilly, le comte de Solms, le vicomte d'Espeuilles,le duc de Montmorency, le marquis de Massa, MM. Béhic, Davilliers, de Saulcy, Cuvier, Vaïsse, de Raynal, le vicomte Aguado, M. Blount, le docteur Nélaton,
MM. Wurtz, de Sacy, Eugène Lamy, Ambroise Thomas, etc..
Il n'y eut pas de spectacle pour les invités de cette série. Ce fut à leur grand regret ; car les soirées paraissaient quelquefois un peu longues. Par compensation on joua deux jours de suite, les 25 et 26 novembre, dans les appartements, une revue en deux tableaux de M. de Massa, les Commentaires de César ^ qui fit merveille, et dont il fut beaucoup parlé. S. A. madame la princesse de Metternich y joua trois rôles — la cantinière — le cocher — la Chanson — avec une verve et un esprit qui lui valurent le succès le plus vif et le plus mérité : c'était à faire regretter qu'elle fût Altesse, il lui eût été si facile de prendre rang d'étoile sur nos premières scènes ! Du reste on pouvait dire que la pièce était très bien montée et que les rôles avaient été confiés à des personnes dont les noms, pour être inconnus au théâtre, n'en étaient pas moins très présentables : c'étaient la marquise de Gallifet — P Industrie — la comtesse
iGi LE THEATRE DE LA COUR A COMPIEGNE
de Pourtalès — la France — la baronne de Poilly — r Africaine — trois des plus jolies femmes de la Cour. C'étaient le marquis de Caux, le comte de Solms, le baron Lambert, très amusant dans M. Prud'homme. Le Prince Impérial jouait le rôle d'un grenadier de la garde et son intime ami, Louis Conneau, celui d'une marchande de plaisir. Trois badauds figuraient dans la pièce, rôles très secondaires dont avaient bien voulu se charger le marquis de Las Marismas, le prince de Pieuss et le vicomte d'Espeuilles. Le général Mellinet était superbe en invalide.
La spirituelle revue de M. de Massa, qui, je crois, a été imprimée et méritait bien de l'être, se composait en grande partie de couplets très réussis. En voici un sur r Africaine :
De Meyerbeer honorons la mémoire •.En assistant à son dernier succès ; Dernier chef-d'œuvre où rayonne sa gloire, Dernier adieu fait au puhhc français.
Ces opéras que son génie inspire, L'auteur les lègue à la postérité, Et chaque son qui vibre de sa lyre Est un écho de l'Immortalité.
PENDANT LE RÈGNE DE NAPOLÉON III l^'S
Dans son rôle de Prud'homme, le baron Lambert faisait bien valoir un effet assez comique en s'interrompant de temps en temps après une phrase fort innocente du reste : « Voilà ce qu'il y avait dans mon rôle ; mais ça été coupé par la censure. »
Les costumes étaient de Marcelin.
Il y avait pour orchestre un piano tenu par le prince de Metternich.
J'oubhais le souffleur. C'était M. Viollet-Le-Duc ; j^avais pourtant dit que je ne le nommerais plus.
PALAIS DE GOMPIÉGNE
Spectacle du Vendredi 1^^ Décembre 1865 TH ATRE FRANÇAIS
LES COMEDIENS ORDINAIRES DE L'EMPEREUR JOUERONT