SUR LE THÉ
Sï Ton en croit les voyageurs et les his,-^jy'..''.'..i. toriens, l’usage du thé qui remonte en Chine et au Japon, à une haute antiquité, ne fut adopté en France qu’en i634- H paraît que les Anglais le connaissaient avant nous. Cette plante fut sans doute indiquée d^abord comme spécifique , et son infusion , que le sucre rend assez agréable , ne devint que long-tems après une boisson usuelle.
Que des plantes nourrissantes , comme les céréales -, que des fruits savoureux ou des liqueurs enivrantes soient devenus l’objet des soins de presque tous les peuples , cela se conçoit aisément, puisque ces produits satisfont leurs premiers besoins j mais que l’infusion presque fade d’une plante étrangère soit devenue la boisson préférée d’une nation policée; que '
i’Europe entière ait porté son or au cupide Cliinois pour obtenir les moyens de préparer cette tisanne cpie l'on rejetteiait si le tbé était indigène ; que l’Europe envoie pour cela dans l’Inde plus de 5o millions par an , sans qu’aucune parcelle de cet or repasse dans notre commerce (i) ^ qu’un impôt mis sur le thé arme les Américains, les rende indépendans , et soit la cause des combats qui ont fondé les Etats- Unis j voilà ce qui doit étonner l’homme, qui connaît le mieux les bizarreries humaines. Mais ces résultats surprenans d’un goût inexplicable doivent nous engager à examiner le thé sous les rapports de l’histoire naturelle , de l’hygiène, et de sa nature chimique.
(l) Rajnal va bien plus loin. tEn 1766 , dit-il, il a été )) exporté de la Chine et du Japon six millions pesant de » thé par les Anglais , 4 millions 5oo mille livres par les s Hollandais , 2 millions 400 mille livres par les Suédois , 3> autant par les Danois, et 2 millions 100 mille livres par î) les Français. Total, 17 millions 400 mille livres. Mais ï comme les Anglais consomment environ 12 millions de x thé par an , et c[ue le prix commun de ce comestible est ï de 6 fr., ü faut donc pour cet objet 72 millions de dépense