‹ Le Théâtre à Caen, 1628-1830Chapitre 12 sur 22 · AUX AMATEURS DE SPECTACLE · texte numérisé non relu

AUX AMATEURS DE SPECTACLE

(( Si par vos bontés quelquefois

« Vous avez enhardi l'enfance,

« Pour ce jour je désire et crois

« A l'honneur de votre préférence.

« Pour moi, ce serait un vrai don,

<( Encouragez un talent jeune encore

« Des roses que vos soins ont fait éclorre

« Protégez le premier bouton. »

Nous sommes en plein carnaval; les bals parés

et masqués alternent avec les représentations de La jambe de bois ou La piété filiale^ opéra en un acte; à^ Elisabeth du Tyrol on Les hermites muets; du drame (\''Abu\ar ou La famille extravagante, parodie d^Abuffar ou La famille arabe; à'' Oreste ou Les visions du crime; de Un, deux, trois et quatre ou Quatre constitutions, opéra-vaudeville en 2 actes; de Coco Ricco ou Plus gros qu'il n'est, seynette de carnaval s'il en fut.

Rien de saillant en somme; il faut arriver au dimanche 5 ventôse pour trouver une pièce qui vaille la peine d'être mentionnée. La sorcière de Bayeux, fait historique en deux actes et en prose, mêlée de chants, par un auteur de Bayeux, eut, disent les comptes-rendus du temps « le mérite de « toutes les productions de ce genre, c'est-à-dire « de n'en avoir aucun. » Quant au plan et au but moral, le voici : « Ce sont deux intrigantes qui se « réunissent pour tromper trois ou quatre dupes « auxquelles elle parviennent à escroquer cin- « quante louis dans l'espoir de leur faire retrouver « un trésor, et malheureusement pour l'espèce « humaine ces dupes ne sont pas rares. Au « moment où elles croient leur succès complet, « elles sont arrêtées par la police, dont le chef « nous apprend en chantant que :

« Le premier des trésors « Est la sagesse !

« Cette pièce, écrite assez sagement et qui offre « des couplets assez bien tournés, a été écoutée « avec une sorte de plaisir, auquel la caricature « des sieurs Roger et Montra a un peu contribué. « Mais :

« Bientôt sur cette mer si fertile en naufrages « Au calme a succédé le plus grand des orages. »

« Le chef de la police, qui n'a pas l'habitude de « chanter, n'a pas saisi le ton ou ne savait pas son « couplet, et la sorcière a disparu au milieu d'une « nuée (sic) de sifflets. Nous ne dissimulerons pas « cependant que l'ouvrage a été traité trop sévèrece ment. On doit quelques égards à ses voisins. » C'est sur cette phrase à la fois bienveillante et méchante que le Journal du Calvados termine le compte-rendu de cette « comédie? » Elle ne méritait guère, sans doute, les honneurs d'un article aussi long. Il était bon cependant de le reproduire, afin de donner, à cette époque, une idée des habitudes dramatiques en Basse-Normandie.

Les concerts vocaux et instrumentaux se font plus fréquents. On entend outre M. Viltcocq, M. Cressot, violoncelliste, M. Oudin, violon. Mademoiselle Auge, chanteuse. D'autre part, une troupe d'équilibristes parut sur le théâtre. Comme pièces, on donne entre autres : Le repas des clercs ou La bonne aubaine; Les conjectures, comédie de

Picard, ouvrage froid, sans intérêt, sans mouvement et qui se ressentait de la stérile facilité de l'auteur; Les déguisements villageois^ vaudeville; Le jugement de Dieu] Les plaisirs de l'hospitalité, opéra vaudeville en un acte de M. Piis; La foret des Ardennes; Les voyageurs ou Les parvenus de M. Charlemagne, pièce bien écrite, dialoguée avec finesse, etc.

La réouverture annuelle eut lieu le dimanche, lo germinal. La troupe était plus nombreuse, les comédiens sociétaires du théâtre de Caen s'étant unis à ceux de Bayeux sous la direction du sieur Luchet-Courcelles. Pour leurs débuts, ils donnèrent le Philinte^ comédie en 5 actes et en vers, faisant suite au Misanthrope^ par Fabre d'Eglantine, et une reprise de l'opéra de Daleyrac, Léon ou Le château de Monténéro. Leur répertoire est assez varié, ils montent successivement : Unefolie^ opéra en i acte de Daleyrac, Uenfant prodigue ou Les égarements de la jeunesse^ comédie de Voltaire, Le folle journée^ Ambroise ou Voilà ma journée^ Le distrait^ Le major Palmer^ revu avec plaisir, Pierre Le Grande L'amant bourru^ Euphrosine ou Le tyran corrigé, Vamour et la raison, comédie. Les deux journées, opéra. Le voyage interrompu, enfin, Richard Cœur-de-Lion, dont les représentations étaient encore permises. La censure avait été plus sévère

pour VHenri VIII de Chénier, interdit à cause des sentiments royalistes que cette pièce renfermait; elle disparaît du répertoire pendant de longues années.

Pendant toute la durée de la foire de Caen, deux troupes jouèrent d'une façon permanente, tant au théâtre que dans la salle du Vaux-Hall. Cette nouvelle venue portait le nom de Troupe des sociétaires du grand théâtre; malgré ce titre pompeux, elle était notoirement inférieure à celle que dirigeait le sieur Luchet-Courcelles. Après la période de la foire, les deux groupes se disloquèrent et firent place à un seul, composé en partie des acteurs qui formaient précédemment les deux autres.

Ce dernier prit le nom de a Société d'artistes « dramatiques et lyriques du grand théâtre de « Caen » sous la régie du sieur Julien, qui s'était déjà fait remarquer par ses talents d'administrateur, mais que les chroniques de l'époque signalent surtout comme un brillant diseur de calembourgs.

Les acteurs ainsi constitués débutèrent le lundi 2 floréal par L'amant Jaloux et Le secret et jouèrent successivement : Camille ou Le souterraui de Daleyrac; La jeune femme colère ou Vavis au maris; Le mélomane ; Rose et Colas; Le déserteur ; Le calife de Bagdad; Les deux journées

ou Le proscrit; Les amants Prothée; Le bouffe et le tailleur; La rosière de Salency; Lado'iska ou Les Tartares, opéra de Kremzer; La belle Arsène; Le petit ramoneur: L'heureux quiproquo de Patrat; Une folie; Défiance et malice; Adolphe et Clara; Euphrosine ; Le prisonnier ou La ressemblance; Les prétendus ; La caravane du Caire; Les deux pères \ La leçon de botanique de Dupaty ; Sargiîies; etc.

La troupe formait un ensemble satisfaisant. Mademoiselle Clermont, d'un physique agréable, « trop ravissante », pour employer l'expression d'un chroniqueur enthousiaste; Mesdames Leroy ■et Cocherie, Madame Tobi, excellente cantatrice, Madame Lavandaise, se partageaient avec MM. Cocherie, Belval, Defoy, Férouillat, les applaudissements du public. L'orchestre, lui aussi, était excellent; il obtint plusieurs fois de véritables triomphes, notamment dans l'opéra de Berton : Aline, reine de Golconde,qui fut admirablement interprété et où se surpassèrent les chœurs, toujours si difficiles à manier en province. Renauld Dast, l'opéra de Daleyrac ; Roméo et Juliette de Steibelt; Le droit du Seigneur; Ma tante Aurore; Le petit matelot, paraissent avoir été de brillants succès. Nous passons sous silence une foule de pièces insignifiantes, destinées à ne vivre qu'un soir.

« Lafleur, qu'on jette au feu ces mauvais opéras; « Je baille en les lisant. — Monsieur n'y pense pas ; « Il doit craindre pourtant... — Eh! Qu'ai-je donc

[à craindre ?

« Au feu, te dis-je, au feu. — Monsieur ils vont

[l'éteindre. •»

L'enthousiasme des habitants de Caen était moins facile à étouffer; les bonnes pièces effaçaient les mauvaises et le sieur Julien fit en quelques mois des recettes brillantes qui contribuèrent, pour beaucoup peut-être, à lui donner cette vocation de direction théâtrale, qui ne devait finir qu'avec sa vie.

Après trois mois d'interruption pendant la saison d'été, le théâtre rouvrit ses portes le 21 fructidor; le succès fut le même, grâce à la troupe qui n'était que peu modifiée. Le répertoire, d'ailleurs, n'était guère changé lui-même et nous ne trouvons qu'un opéra nouveau méritant d'être signalé : La romance.

Pendant ce temps, sous la direction d'un sieur Volange, le théâtre du Vaux-Hall donnait également des représentations fort suivies. Les acteurs étaient bons, ils n'éprouvaient aucun mécompte, ayant soin de ne pas aborder les genres plus difficiles, comme le drame ou l'opéra et se contentant uniquement de petites comédies et de vaudevilles, tels que : Jeannot ou Les battus

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paient l'amende; Finot ou Les calemboiirgs; Le Jlageolet enchanté; Les trois Franchons ; Caponet ou Le Médecin de Falaise; Jocrisse congédié; Les femmes, les hommes et les jeunes gens en colère; Pataquès cricri; Jérôme Pointu; V intendant comédien; M. Vautour; Le savetier de Chartres^ etc.

La même troupe, avec peu de changements dans le personnel, était revenue prendre possession du grand théâtre après la clôture d'été; mais le répertoire s'était enrichi d'un assez grand nombre de pièces nouvelles. C'est ainsi que furent joués, dans les premiers jours de l'an XIV : Shakespeare, vaudeville ; Félix ou L'enfant trouvé; Adèle et Dorsan; Clémence et Waldemar ; Henri de Bavière et Voltaire. A propos de cette dernière pièce, une polémique s'engagea dans les journaux. On trouvait avec raison qu'elle n'était qu'une froide copie du Duc de Monmouth et ne méritait pas l'accueil assez sympathique qu'elle avait reçu à Paris; en quoi nos compatriotes étaient bons appréciateurs. Richelieu à la bataille; Le trésor supposé, de Méhul ; Raoul Barbe bleue; Alexis et Justine ; Le nouveau Dotn Quichotte, par l'auteur de la Mélomanie (i); L'ofîcier cosaque; Camille ou Le souverain; La fausse magie; L'avis aux femmes ;

(i) Champein.

Le comte de Beniousky : La résolution inutile; Le lovelace français: Les fem/nes et le secret; Le tableau de Raphaël^ furent plus appréciés. Héléna valut au chef d'orchestre, un sieur Arquier, les applaudissements de toute la salle (i); il eut à les partager, d'ailleurs, avec M. de la Varinière, qui avait composé pour la scène un feu d'artifice merveilleux, paraît-il. Dans les premiers jours de janvier 1806, on joua sur le théâtre un drame, Storbe et Verner, dû à un habitant de Caen, déjà connu par ses productions lyriques, M. Bonel. Cette pièce avait eu à Paris un certain succès; elle fut reçue froidement sur la scène caennaise; d'où certains de rappeler le proverbe : nul n'est prophète en son pays. Ce reproche fait aux habitués du théâtre de Caen n'était pas fondé, Storbe et Verner ne valant pas, à beaucoup près, les dernières productions du même auteur. Des longueurs suspendant Faction, et un dénouement forcé suffisaient pour expliquer le peu d'enthousiasme des spectateurs.

En fait de nouveautés, on trouve à l'affiche pen-

(1) On peut citer encore : Aiuassin et Nicoïette; Le diable couleur de rose; Eléonore ou Le tableau de V amour conjugal; Panurge datis l'Ile des Lanternes ; L'intrigue aux fenêtres; Le pommier et le moulin; L'habitant de la Guadeloupe ; Une aventure de Saint Foi ou Le coup d'èpée.

dant le mois de janvier : Le mariage de Nina Vernon, comédie; L'arnoiir filial ou La jambe de bois, opéra en i acte; Paul et Virginie; Le devin de village; U amant jaloux ; Le siège de Saint- Jean-d'Acre ou Agnès de Chatillon; L'habit du chevalier de Grammont ; La belle fermière; Iphigénie en Aulide; Les deux chasseurs et la laitière; enfin, La bataille des trois empereurs^ mélodrame nouveau et patriotique, très acclamé parce qu'il renfermait des allusions facilement devinées et reproduisait un certain nombre d'anecdotes populaires, courant sur la bataille fameuse qui décida du sort de l'Europe.

Les grenadiers du ii2« régiment parurent sur le théâtre et firent une manœuvre militaire. Un M. Noël, officier, remplissant les fonctions de secrétaire de la place, avait intercalé des vers à la gloire de nos armes. Les cris de : « Vive Napoléon ! « vive l'Empereur! » éclatèrent de toutes parts; enfin, ce fut un vrai triomphe, triomphe d'un jour, il est vrai, car la pièce devait durer moins encore que nos conquêtes !

Le mois de février vit les représentations de Camille ou Le souterrain; V impératrice de Portugal; Le prince ramoneur^ comédies; La fée Urgèle ou Ce qui plaît aux dames, opéra en 3 actes; Frosine o\x La dernière venue; Rolandeau, opéra en 3 actes; Le prisonnier; Nina ou La folle

par amour ^ opéra en 2 actes; Un quart d'heure de silence; L'ami de la maison; Le nouveau réveil d'Epiménide^ alors très en vogue au théâtre de l'Impératrice; Les trois sultanes; Maison isolée; Guerre ouverte ou Ruse contre ruse, comédie en 3 actes de Dumaniant; Les dettes, opéra en 2 actes, etc. Toutes ces pièces remarquablement jouées. Certains fâcheux avaient bien reproché aux acteurs une prononciation parfois défectueuse, ] a laî, dès, pour les, des, par exemple, » mais en somme, tous s'accordaient pour trouver l'ensemble des plus satisfaisants.

« On peut affirmer, disait le Journal du Cal- « vados ( I ), que dans un temps où les bons acteurs « deviennent si peu communs, il serait difficile « de trouver dans les départements une troupe « plus intéressante du côté des talents et plus « rare d'en rencontrer une qui ait autant de « moralité. C'est un hommage qu'il faut rendre à « ceux qui la composent depuis un an. M. Julien, « régisseur, ne néglige rien de tout ce qui peut « assurer le succès des représentations. Il n'a « jamais laissé de dettes après lui. Il pousse si « loin cette délicatesse qu'il a payé les dettes du « sieur Férouillart, un de ses associés, mort « insolvable l'année dernière et qu'il consacra à

(i) 25 mai 1806.

« l'entretien du fils ce qui était dû au père. Ce « fait vaut bien le succès que peut procurer le « meilleur rôle de comédie. » Ajoutons que M. Julien n'était pas seulement un régisseur intègre et un honnête homme, mais aussi un homme habile, ce qui ne gâte rien. Il avait trouvé moyen, pendant les premiers mois de cette année, de graduer si savamment les débuts, que l'intérêt du public était resté toujours en éveil. Il s'était entouré d'acteurs intelligents (i), d'actrices agréables; les accessoires et les costumes avaient été renouvelés, si bien que l'on applaudissait les talents, la beauté, et qu'il y eut même des « applau- « dissements d'habits n pour employer l'expression pittoresque du chroniqueur du Journal du Calvados.

Jusqu'à la clôture d'été, on doit citer comme pièces intéressantes : Le menuisier de Livonie ou Les illustres voyageurs., comédie en 3 actes de M. Alexandre, tirée d'un épisode de la vie de Pierre Le Grand; la reprise de Dugay-Throuin ou Le prisonnier de Plyinouth, opéra vaudeville en 2 actes, de Barré, Radet, Desfontaines et Félix;

(i) Citons les noms de Mesdames Tobi, Cocherie, Leroy, de Mademoiselle Clermont, et de MM. Gobert, Toustain, Derou, Destinval, Montra, Lavarinière, Defoy, Cocherie, Raymond, etc.

L'honnête criminel^ drame du théâtre français; La colonie^ de Saccini ; Les Templiers^ tragédie de Rainouard; M. Deschalumeaux ^ opéra nouveau et la reprise du Calife de Bagdad de Boieldieu, etc.

Les représentations cessèrent le g juin.

La réouverture eut lieu le 7 septembre (i) par L'Avocat, comédie en 3 actes et en vers de M. Roger et Lisbeth ou L'austérité des mœurs suisses, opéra en 3 actes.

Pendant la fin de l'année, l'affiche fut successiment occupée par Gulistan ou Le Huila de Samarcande ; Les tnarionnettes de Picard; Le Silvain: La forteresse du Danube, mélodrame; Le médecin turc, opéra de Nicolo-Isouard ; L'espiègle et le doi'meur ou Le revenant de Bausole, comédie; Le bourru bienfaisant ; Les lunettes cassées ou Le testament de mon oncle; Les comédiens ambulants ; Fénélon ou Les religieuses de Cambrai, tragédie en 5 actes de Chénier; Les amours de Bayard ou Le chevalier sans peur et sans reproche, comédie héroïque en 4 actes de Monvel; Le vieux major; Le château du diable ;

(i) Les abonnements commençaient le i^' ou le 15 de chaque mois et étaient valables pour 12 représentations. Prix : 12 livres pour un mois, 24 livres pour trois mois et 36 livres pour six mois.

Les amours de Henri 7 F ou Gabrielle d'Estrées; Le chemin de Berlin ou Une halte militaire; Pjrgmalion, scène lyrique; Les maris garçons, opéra; La manie de briller^ comédie en i acte; Les frères à l'épreuve, de Volmeranges; Ricco, comédie en 2 actes; Le rêve ou La colonne de Rosback, avec divertissement et vaudeville; Les deux mots ou Une nuit dans la forêt, opéra ; Le trésor supposé, opéra en i acte; Béniouski ou Les exilés du Kamchatka, opéra en 3 actes, etc.

Entre ces représentations plusieurs concerts furent donnés au théâtre; on avait entendu entre autres, un chanteur de Florence, M. Moldetti, très apprécié. Quant à la censure, elle s'était montrée plus sévère que l'année précédente en frappant Richard Cœur de Lion de la même interdiction que le Henri VIII de Chénier.

Au début de 1807, les journaux sont surtout occupés de la publication des bulletins de la grande armée; aussi négligent-ils les programmes du théâtre; les représentations suivent cependant leur cours régulier. On reprend beaucoup de vieilles pièces, telles que Le sourd ou L'auberge pleine; Fauchon la vielleuse; Orphée et Euridice ou La descente d'Orphée aux enfers; Le comte d'Albert et sa suite, l'une des meilleures pièces de Grétry, etc. Parmi les nouveautés on peut citer : Les chevilles de maitre Adam, vaudeville; Omasis ou

Joseph en Egypte, tragédie; La laitière de Bercy ^ opéra-vaudeville; Le roi Théodore à Venise; La rencontre en voyage^ Le roi et le fermier, opéras; La famille des innocents, vaudeville; Les trois sultanes^ de Favart; Gustave en Dalécarlie ou Les révolutions de Suède, et quelques pièces de Molière, entre autres Les précieuses, que Ton n'avait pas vues depuis de longues années sur le théâtre de Caen. Les représentations des Deux journées ou Les illustres proscrits de Chérubini, et de la Mélomanie attirèrent beaucoup de monde à cause de la présence d'un acteur en renom, Pizet dit Desjardins, né à Caen. Il remplit les rôles de Mikieli et du Mélomane dans les deux pièces en question, et Joua de nouveau dans Œdipe à Colonne et le Suicide de Falaise, pièce à allusions locales fort médiocre. Les dettes^ Romeo et Juliette et M. Deschalumeaux, furent les derniers opéras donnés en 1807.

La réouverture eut lieu le 20 avril. Une troupe de tragédie et de comédie remplaçait la troupe d'opéra. Les débuts se firent à la satisfaction générale dans Les amours de Bayard, et un mélodrame de Pixérécour : Robinson Crusoé; pièce représentée, pour la première fois à Paris, sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 2 octobre i8o5; mais les regrets et l'estime de tous accompagnèrent les sociétaires qui s'en allaient, après

avoir fait, pendant deux ans, le bonheur des amateurs de théâtre. On fit de nouveau l'éloge de leurs talents, de leur moralité, de leur bon cœur; on rappela, que pendant un an, ils avaient voulu qu'une de leurs camarades. Madame Leroy, bien qu'atteinte d'une maladie de langueur et ne paraissant pas à la scène, touchât intégralement sa part. Comme précédemment, on citait d'autres actes de bienfaisance du directeur Julien. Ce dernier du reste, à la satisfaction générale, restait à la tête de la nouvelle troupe. En un mot, le départ d'acteurs aimés devenait un événement local, ce qui montre en quelle estime ils étaient auprès du public.

Pendant ce temps, les nouveaux venus continuaient leurs débuts dans : Le père de famille et Les fausses infidélités^ dans Phèdre de Racine, la comédie de Crispin médeciti^ etc.

La présence â Caen de MM. Franconi, arrivés depuis les premiers jours de mai, fit organiser des pantomimes avec marches, évolutions, combats, tels que : La laitière polonaise ou Le proscrit; Dom Giiichotte ou La caverne des Pyrénées; Danioisel et Berger ette ou La femme vindicative^ etc.

Après la foire, les représentations sérieuses recommencèrent. On donna : Le tyran domestique ou L'intérieur d'une famille; Les rivaux d'eux-

jnéme; la reprise de L'abbé de PEpée, de Bouilly; M. Bail/ils de Baiigency, comédie; Le tyi-aii domestique^ d'Alexandre Duval; Le collatéral ou La diligence à Joigny et La petite ville ^ de Picard ; La feinte par amour, comédie avec décors brossés par M. Cressot, fils, « peintre célèbre « depuis plusieurs années »; La mort d'Henri IV, tragédie nouvelle en 5 actes de Gabriel Legouvé, membre de l'Institut; Marton et Frontin; L'heureux quiproquo, de Patrat; Frédéric à Spandaii ou Le libelle de Dorvo; Le Beverley d'Angouléme, nouveauté en i acte ; L'épigramme ou Le danger de la satire; Les tracasseries ou M. et Madame Tatillon, comédie en 4 actes, etc. Entre temps, d'excellents concerts venaient charmer les mélomanes caennais; l'un d'eux mérite d'être signalé à cause de la présence de Madame Kreutzer, qui obtint ce jour là un succès incontestable.

Fermé le 1 1 juin, pour la clôture d'été, le théâtre fut ouvert de nouveau le i5 septembre. C'était une troupe dramatique et lyrique, qui se présentait au public toujours sous la direction Julien. Les acteurs, bien accueillis, paraissent, pendant le premier mois, s'être exclusivement consacrés à la reprise de pièces et d'opéras joués précédemment et nous n'avons guère à signaler qu'un concerto de violoncelle par le sieur Lolli, première basse de Paris, exécuté au cours d'un

opéra connu : Sargines. Le 20 octobre, ils donnèrent un drame nouveau tiré de l'Ecriture Sainte : Le jugement de Salomoii, puis un autre drame de Volmeranges : Le fils abandonné ; L'homme mystérieux^ de Barthelemi; La jeime femme colère^ comédie du tliéâtre de l'Impératrice; L'auberge de Bagnères, opéra de Catel; Richard Cœur de Lion, que la censure, mieux inspirée, tolérait enfin à la grande satisfaction du public; Les muets, vaudeville de Vallée. L'année 1807 se terminait dans le calme le plus complet sur le théâtre de Caen.

Rien à signaler pendant les premiers mois de 1 808; comme précédemment, beaucoup de reprises et quelques nouveautés telles que : Les prétendus, grand opéra; La jeune mère ou Les acteurs de société, opéra de Dupaty; // ne faut pas condamner sans entendre, vaudeville; Le galant savetier, vaudeville poissard {sic) ; Camille ou Le souterrain; Sancho Panca; Frosine ou La dernière venue; La fille mal gardée, ballet-pantomime; Le petit Poucet, féerie; Les artistes par occasion; Les jeunes troubadours, opéra- vaudeville; Le déjeuner des garçons, opéra, et la reprise de M. de Pourceaugnac avec la course des apothicaires, à la grande joie du public.

Pour la clôture, le 4 avril, arriva sur notre scène. Mademoiselle Rolandau, première actrice du

théâtre de l'opéra-comique et italien, pensionnaire de S. M. l'Empereur. Le mardi 6, elle donna une première représentation et joua tous les jours jusqu'au dimanche; elle répondit complètement à l'attente du public qui l'applaudit chaleureusement.

Eli faisant venir ainsi une actrice connue, pour la fin de la saison théâtrale, M. Julien inaugurait un système, qu'il employa souvent depuis; il paraît lui avoir réussi. Il était, en effet, assez habile de se créer des droits à la reconnaissance du public en le laissant sous une impression favorable. C'était le meilleur moyen de faire oublier complètement les légères défaillances de la période précédente.

Le dimanche i" mai, la « nouvelle » troupe « sous la direction de M. Julien, directeur breveté du dix-neuvième arrondissement (i) » fit l'ouverture du théâtre par L'Amant jaloux, opéra en 3 actes et Biaise et Babeth (2). L'intérêt ne paraît pas avoir été très grand pour ces débuts, car « la nouvelle troupe » annoncée était, en somme, composée uniquement des anciens acteurs. Tout naturellement le répertoire est aussi le même. Cependant on peut signaler comme nouveautés : Le grand-père ou La bravoure récompensée^ opéra;

(1) C'est la première fois que ce titre est mentionné.

(2) 6 livres Tabonneraent pour 6 représentations.

Zémi}'eetA:{or, féerie; M. Vautour ou Le propriétaire sous les scellés^ vaudeville en un acte; La fausse magie; L'avis au public ou Le physionomiste en défaut^ opéra en un acte.

Fermé pendant les mois d'été, la salle de spectacle fut ouverte le 4 septembre (i). Comme débuts on donna deux opéras : Joseph en Egypte et Les femmes entre elles ou La jeune prude. Paul et Virginie et Ariane abandonnée dans Vile de NaxoSy fuirent joués à la seconde représentation. Pour apprécier la nouvelle troupe, il est intéressant de lire les lignes suivantes publiées dans le Journal du Calvados à la date du 18 septembre. Les appréciations sont peut-être un peu sévères, mais cependant l'article mérite d'être reproduit, car il donne une idée exacte de ce qu'était alors la critique théâtrale.

« Le théâtre de Caen offre dans la composition « de sa troupe actuelle des sujets distingués aux- « quels le public se plaît à prouver sa satisfaction « par de justes applaudissements. Leur étude et « leur zèle soutenus leur ont fait acquérir ce « degré marquant qui caractérise l'artiste. Autant « ils sont dignes de l'accueil encourageant qu'ils

(i) Toujours sous la direction Julien, (abonnements 6 mois, 50 livres; 3 mois, 30 livres; 12 livres par mois; prix des loges de 8 personnes, 100 livres par mois).

(( reçoivent, aussi peu les sujets médiocres ont « droit à l'indulgence.

« En effet, ceux-ci ne montrent à la scène que « négligence dans leur rôle, un geste faux, des « attitudes forcées, une déclamation sans intelli- « gence et un défaut de mémoire assez habituel, « suite nécessaire de leur inapplication. Ce der- « nier reproche n'est que trop fondé et il est « impardonnable pour quiconque suit la carrière « du théâtre. De ces défauts essentiels naît le « relâchement et à tel point qu'au grand scandale (( du public, un acteur a osé paraître le i3 de ce « mois dans un état voisin de l'ivresse, pouvant à « peine débiter son rôle et chantant dans une (( détonation continuelle. Quel affront à Thalie (c et à l'art musical!

« On remarque avec peine qu'une jeune actrice, « qui annonce des dispositions, sort constamment « du naturel et semble indécise sur quelle jambe « elle doit porter son corps. Avec de la voix, son « chant est forcé et ne laisse entendre que des « sons inarticulés. A la dernière représentation, « elle a chanté une ariette sans que les spectateurs « les plus rapprochés de la scène en ayent pu sai- « sir la moindre parole. Voilà comme une mau- « vaise méthode tue le talent naissant.

« D'où vient donc cette dégénération de l'art « dramatique? De ce que la plupart des sujets qui

« s'y livrent ne travaille pas et ne raisonne pas « ses exercices. De là, ces écarts monstrueux qui <( fatiguent les spectateurs, des vociférations subs- <( tituées aux inflexions de l'organe, une panto- « mime outrée et une déclamation à contre sens. <( Rien n'est facile, ni dans la nature, ni dans <i l'art. Que les acteurs de Caen, qui ont besoin <( de rectifier leur Jeu s'adressent à un modèle; ils « le possèdent dans M. Saint-Alme; qu'ils suivent « ses traces, il ne les égarera pas.

« L'orchestre a aussi des torts qui proviennent <(. de son chef; c'est d'étouffer le chant par des « accompagnements toujours trop forts. Qu'il se « renferme dans le mezza voce prescrit et le chan- « teur y trouvera de grands soulagements, en « même temps qu'il sera permis au public « d'entendre les paroles. Ce fracas instrumental, « en outre de l'inconvénient de couvrir les voix, « produit dans la salle de Caen, plus sourde que <( sonore, l'effet désagréable de faire entendre le « frottement d'archet des instruments à corde. « Que cet orchestre se reporte au séjour de Made- « moiselle Rolandeau en cette ville; on remarqua « avec satisfaction, qu'il mettait plus de soin dans « l'exécution, qu'il observait mieux les nuances « et surtout qu'il s'appliquait à maintenir sa mar- « che dans le piano dolce, qui est le propre de <c cet accessoire. Sans doute on devait aux avis

« de cette actrice distinguée ce qui était bien dans « le cours de ses représentations. Ces observa- « tions qu'on ne peut trouver que judicieuses, « n'ont d'autre but que de rappeler l'art à 'ses « règles de peur qu'il ne devienne un métier. »

Si on laisse de côté le style démodé de l'article, combien les observations qu'il renferme ne sontelles pas judicieuses et actuelles !

Pendant les derniers mois de l'année, il faut noter comme pièces principales : M. et Madame Denis « tableau conjugal », en i acte et en vaudeville ; Une matinée du maréchal Catinat ou Le tableau; Le médecin tui'C ou Le fou supposé^ opéras en i acte; Mademoiselle de Guise, opéra en 3 actes; Haine aux femmes, opéra-vaudeville; Le pied de tnouton ou Les aventures du docteur Nigaudinos, pièce féerique en 3 actes, « ornée de trente-cinq changements à vue, tant décors que métamorphoses »; Le prisonnier ou La ressemblance, opéra en i acte; Montano et Stéphanie et Les trois hussards, etc.

Le 3o octobre on doit signaler une actrice de passage, Mademoiselle Lelièvre, venant de Cologne, qui remplit le rôle de Babe^dans l'opéra de Biaise et Babet, et le 3 novembre, les débuts d'un M. Florioso, ayant dansé devant Sa Majesté l'empereur et roi. M. Florioso donna trois ou quatre représentations; les affiches prouvent qu'il

n'était qu'un simple baladin sautant les pieds attachés, faisant le saut périlleux sur la corde et franchissant le tonneau, à l'instar de Franconi sur les chevaux ; une féerie : Le diable en vacances, suite du Diable couleur de rose^ précédait ces exercices peu intéressants.

La rosière de Salency, opéra en 3 actes; Le grand-père, opéra; Men\icoff et Fœdor ou Le fou de Déré^of, opéra; Téniers ou Le tableau de village, vaudeville; Les muets, arlequinade en vaudeville; Léonce ou Le fils adoptif; Zoraïme et Zubnar, opéras, paraissent être les dernières pièces jouées à la fin de l'année.

La prise 'de Madrid, ou Le jnariage par capitulation, inaugure la série des représentations de 1809. C'était un impromptu en i acte, mêlé de vaudeville, la mise en action d'une anecdote prise dans le 14^ bulletin de l'armée d'Espagne, par M. Bonel, que nous connaissons déjà.

Le JournaV du Calvados rend compte de cette pièce en ces termes :

« Au milieu de l'allégresse des Te Deum, des « succès de nos armes en Espagne, un amateur « de notre ville, jaloux de donner à son pays des « étrennes dignes d'un français, renfermait dans « un cadre ingénieux, mélange heureux de gaieté <( et de sensibilité ce que la bravoure de nos armes <^ et la générosité de notre empereur peuvent ins-

« pirer de pensées élevées. C'est faire en peu de « mots, l'éloge complet du Mariage par capitu- « lation ou La prise de Madrid^ vaudeville attendu « avec la plus grande impatience et joué hier « devant une assemblée nombreuse et brillante. « Dire qu'il a été reçu au milieu des applaudisse- « ments, c'est ne peindre que bien faiblement « l'enthousiasme qui éclatait de toute part; c'était « une ivresse générale.

« Parmi les couplets qui ont été redemandés « au milieu des bravos, on remarque ceux-ci. Un « officier français parlant de la confiance du sol- « dat dans le génie de son empereur, ajoute :

« Air : Pour M. son mari (i).

Certain de sa vaillance,

En marchant sur ses pas,

Le froid et Tindigence

Ont pour nous des appas;

Avec lui sur la paille

Tous les cœurs sont contents;

Le jour d'une bataille

Il fait toujours beau temps.

(i) On trouve chez Leroy, imprimeur, La prise de Madrid, impromptu vaudeville, représenté le 5 de ce mois (janvier), par M. Bonel, sous-lieutenant, portedrapeau de la garde d'honneur à pied. — In 8". Prix : 15 fr.

(( Un vieux général espagnol retiré du service « pour ses blessures, déplorant l'aveuglement « fanatique d'une partie de ses concitoyens, rap- « pelle aux ministres des autels leur devoir dans « le couplet suivant :

« Air : De Sophie et Moncars.

' « Loin d'exciter les factieux « A la révolte, à la vengeance, « Un ministre vraiment pieux « Doit commander l'obéissance ; « Ministre d'un Dieu de douceur « Faut- il exciter au carnage; « C'est insulter le Créateur « Que de détruire son ouvrage.

« Nous regrettons beaucoup que les bornes de « cet article ne nous permettent pas d'en citer « davantage. La pièce a été soigneusement mon- « tée et parfaitement Jouée. L'acteur chargé du « rôle de Florval, a bien saisi ces élans d'enthou- « siasms qui caractérisent le cœur d'un officier « français. L'actrice chargée du rôle de son « amante, y a mis toute la grâce qui la distingue. « Tous méritent des compliments.

« L'auteur, M. Bonel, de Caen, porte-drapeau « de la garde d'honneur de cette ville, connu « avantageusement par d'autres ouvrages joués «. sur divers théâtres de Paris, a été demandé à « grands cris. Ayant cédé au vœu de toute l'assem-

« blée, il s'est avancé, a remercié le public du « témoignage flatteur qu'il en recevait et se tour- « nant vers le général de brigade commandant ce « département, il ajouta « que s'il avait réussi à « peindre la bravoure des officiers français, c'est a qu'il en avait un modèle sous les yeux. » Des (( applaudissements redoublés ont terminé la « soirée.

« Le même enthousiasme s'est soutenu dans « deux représentations qui ont eu lieu depuis. »

A La prise de Madrid succédèrent divers opéras : Ninon de L'Enclos chei Madame de Sévigné; Le marquis de TuHpano: Les femmes vengées; Le jugement de Midas ; Haine aux femmes; Une heure de mariage^ un opéra bouffe; Les rendezvous bourgeois et un vaudeville nouveau, grivois, poissard et villageois (sic); Romainville on La promenade du dimanche. Entre temps, les jeunes Beautain exécutaient un pas seul (i).

Cependant les habitués du théâtre, gâtés par le passage de Mademoiselle Rolandeau, réclamaient quelque artiste connu; le directeur, pour répondre à ce désir, annonça qu'il faisait depuis longtemps des démarches dans ce sens et qu'il venait de traiter avec M. Dupéramont (2), élève de Garât, acteur

(i) Dans l'opéra du Médecin turc.

(2) Ou Desperamons.

et maître de chant au conservatoire impérial. Dupéramont devait donner six représentations et débuter dans l'emploi des « Martins ». De fait, il resta plus de trois semaines à Caen (i) et Joua successivement les rôles de Cavatini dans Le bouffe et le tailleur^ de Frontin dans Ma tante Aurore^ de Gulistan dans l'opéra de ce nom, de Dermont dans Maison à vendre^ de Carlin dans Une folie^ d'Alfred dans le Concert interrompu^ de Scapin dans L'Irato; de plus il chanta le Ménestrel^ romance de Boieldieu, et dans une seconde représentation du Bouffe et du Tailleur (23 mars), il exécuta une scène italienne à grand orchestre, chantée par lui à l'Institut. Enfin, il parut une dernière fois dans L'offcier aux arrêts ou Le voyage autour de ma chambre^ vaudeville nouveau, où une actrice de passage, se rendant à Paris, remplissait le rôle de l'ofiicier. Après le départ de Dupéramont, le théâtre reprit sa vie habituelle, mais pour deux mois seulement. Le 18 mai, débutaient M. et Madame Fay « ci-devant « artistes du théâtre Feydeau ». La façon dont ils jouèrent dans diverses pièces, entre autres, dans Gidmare, Les prétendus, Raoul Barbe bleue^ Le tableau parlant^ Aline reine de Golconde, La belle

(i) Le prix des places fut augmenté pendant son séjour. Loges grillées, 3 liv. 12 sols; Premières, 3 liv. ; Deuxièmes, i liv. 10 sols. (Parterre comme d'usage).

Aisèiie, enthousiasma le public caennais; et le jeudi 25 mai, on lut au théâtre, en Thonneur de Madame Fay, les vers suivants qui montrent quelle sympathie elle avait su inspirer.

Sur l'air : Je t'aimerai^ je chérirai mes chaînes.

Du vrai talent tu possèdes les charmes; Tous tes accens parlent à notre cœur... Tu nous ravis... ou nous tires des larmes, Quand tu nous rends le plaisir... la douleur...

Dans le plaisir... tendre, voluptueuse Tu nous séduis partes accords divins...

Dans la douleur... ardente, impétueuse, Tu sais de Tàme ouvrir tous les chemins ..

La dignité, la grandeur, la noblesse, Guident tes pas, tes gestes, tes élans... On applaudit! en voyant la richesse Du plus léger de tes beaux mouvemens.

Du naturel quelle heureuse habitude...

Quand tu nous peins les jeux du cœur humain ; De ses ébats, ton agréable étude Donne toujours un aperçu certain.

Dans ton souris... quelle charmante grâce .. Dans tes éclats .. quelle naïveté...

Dans tout ton jeu qui n'aperçoit la trace De ce savoir, fils de la vérité.

Selon ton choi.\% Reine... ou simple bergère .. On connaît Fay sous ce déguisement...

Dans tes beautés à force de nous plaire Tu te trahis par un rare talent!

Heureux l'époux qui sut toucher ton àme; Par ses talents fait ressortir les tiens : Il est heureux... quand auprès de sa femme Un tendre époux rencontre tant de biens...

Par un amateur.

Autre pièce lue au théâtre le 4 juin.

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