‹ Le Théâtre à Caen, 1628-1830Chapitre 11 sur 22 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les représentations théâtrales a Caen pendant le premier empire (1804-1814).

Un incident assez vif marqua l'une des premières représentations de Tan XIII. Le 26 Vendémiaire, Ton jouait le drame de Ducis ; Abiiffar ou La famille arabe; les spectateurs restaient sous le charme des tableaux brillants entrevus et d'une nouvelle mise en scène fort soignée, lorsque, avant le 3« acte, on entendit des bruits confus, puis les mots : « Au secours ! on l'assassine ! Il est sous la sauvegarde du public !» Un acteur paraît, le turban déchiré, et s'écrie : 'x Messieurs on m'a craché au visage, parce que j'ai le bonheur de vous plaire! » Un autre accourt et proteste : « Il m'a donné un soufflet » dit-il. De toutes parts, les réclamations s'entrecroisent, les cris de : baissez la toile! se font entendre. Enfin, grâce à l'activité de M. Lefèvre commissaire de service, la pièce put continuer au milieu de l'émotion générale.

Cette affaire se dénoua devant la police municipale; nous n'en aurions pas parlé, si de pareils faits ne s'étaient renouvelés assez fréquemment sur le théâtre caennais.

Ces querelles intestines étaient d'autant moins excusables que la troupe paraît fort médiocre au début de cette première année de l'Empire. Diverses reprises, puis La 7nère coupable] Les amans Prothée\ Le faux hcTinite; Le divorce^ Le comte de Saverne furent jouées successivement, mais sans grand succès, ainsi qu'une comédie, copie informe de La cacophonie : intitulée La pièce qui n''en est pas une. Pendant plusieurs semaines, lesacteurs se montrèrent très inférieurs, sauf une demoiselle Hubert Leboucher, dont le jeu heureux, la décence du maintien, le physique agréable produisirent une excellente impression. Grâce à elle; Misantropie et repentir \ L'abbé de l'Epée; Défiance et 7naîice\ Paméla )nariée, furent accueillies avec plaisir.

Le 14 frimaire, on joua Le dévouement filial ou La fausse servante « ouvrage de deux amis fort jeunes (i) auxquels à cause de leur âge on ne peut tenir rigueur », mais qui n'eut qu'un succès relatif; on peut en dire autant de La revue de l'an VIII,

(i) Les chroniques nous ont conservé seulement le nom de Tun d'eu.x; il s'appelait : Toustain.

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pièce pendant laquelle des habitués du Paradis se permirent de jeter des projectiles improvisés contre l'acteur alors en scène.

L'avare, comédie en 5 actes; L'épreuve réci~ proque de Le Grand; La jeune fille colère; Défiance et malice, la comédie de Fabre d'Eglantine, inxhxAée L'intrigue épistolaire, se succédèrent à la satisfaction de tous. On peut en dire autant de deux drames : Adelson et Savigny et Le duc de Montmouth, fils de Charles //ou La clémence royale. Cette dernière pièce « ornée de tout son spectacle, comme au théâtre français et de la décoration neuve de la ferme gothique du comte de Molden, peinte par M. Cressot fils » fit le bonheur du public du dimanche.

Un opéra vaudeville en 3 actes : Castigatridendo mores ou Santeuil et Dominique, musique de Doche et une ouverture nouvelle à grand orchestre de la composition de M. Viltcocq, professeur de piano en cette ville, eut aussi les honneurs d'unanimes applaudissements.

Citons encore : L'habitant de la Guadeloupe; Zégris et les Abencerrages ou Les Maures en Espagne; L'honnête criminel; Abdéla^is et Zuleïma; Le petit chemin de Postdam ou Neuf anecdotes sur Frédéric II; V épreuve villageoise ; Le divorce; La jambe de bois ou La piété filiale; Le jugement de Dieu; La feinte par amour de Dorât;

Phrosine ou La dernière venue\ La mélomanie et Le tonnelier-^ Victor ou l'enfant de la for et ^ drame historique en trois actes de Pixérécourt, avec marches et évolutions en musique; L'auteur malgré lui ou Jacqiiot apprenti peintre^ Le jugement de Dieu; La gageure inutile, vaudeville; Fanchon de retour dans ses montagnes, suite de Fanchon la vielleuse, opéra vaudeville de MM. Aude et Servierre, musique de Doche; enfin, Les trois Fauchons ou Cela n'enfnirapas, parodie de toutes les Fanchons, par M. Bonne], de Caen.

Cette pièce fut jouée au bénéfice de Mademoiselle Potus, jeune actrice de 12 ans qui récita au public les vers suivants... de sa composition? affirme l'affiche (18 pluviôse), mais en tout cas d'un facture et d'un prosodie pour laquelle le qualificatif d'enfantine est ce que l'on peut dire de moins sévère.

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