ACROSTICHE ÉGALEMENT ALLÉGORIQUE
Sur le même sujet.
M es yeux en te voyant, n'ont plus d'illusion, A dmirable est ton jeu^ ce n'est plus fiction : D ans Colonne, Saint-Alme a fait revivre Œdipe, Antigone y séduit mon esprit enchanté...! M on cœur les y comprend... aux vieux temps reporté... E t loin de leurs malheurs... encore y participe...!
— igo —
F emme sensible et tendre, on doit bien te juger... A ux vertus qu'on sait peindre, on n'est point étranger. . . Yeux dans ce faible essay... reconnaissez-vous Fay...
Toujours comblée d'éloges et de compliments, Madame Fay parut successivement dans : La fée Urgelle ou Ce qui plaît aux dames ; Les deux journées ou Le proscrit; Stratonice; Le petit matelot ; Clémentine ou La Belle-Mère^ opéra en I acte, musique de M. Fay; La Vestale^ opéra en 3 actes de Jouy et Spontini; Une folie et dans une foule d'autres pièces où elle obtint le même succès.
Certes, M. Julien avait eu la main heureuse en s'assurant, pendant quelques semaines, le concours d'artistes de cette valeur. L'opinion sur leur compte était unanime; partout on affirmait : (( qu'il était rare, sans flatterie, de rencontrer « autant de perfection que dans le chant de « M. Fay, compositeur, et dans le Jeu de Mme « Fay, véritablement actrice. » Cette dernière joignait au charme personnel une aisance et une noblesse dans les attitudes qui lui assuraient les applaudissements. Comme on l'a vu par les vers que nous avons tenu à reproduire, le rôle d'Antigone surtout avait été pour elle un vrai triomphe. Aussi, malgré les chaleurs accablantes d'un été précoce, la salle de spectacle était-elle bondée chaque soir, dès 6 heures moins le quart, heure à
— igi —
laquelle, à cette date, commençaient les représentations.
Les plus grands succès, comme les meilleures choses, ont leur terme; malgré l'empressement du public, la clôture d'été eut lieu le Jeudi 22 juin.
La réouverture se fit le dimanche 3 septembre (i), avec la même direction et une troupe presque analogue à la précédente. Beaucoup de reprises et quelques nouveautés, telles que Le trésor supposé ou Le danger d'écouter aux portes; Les prétendus ; François Defoix^ opéra en 3 actes; Jadis et aujourd'hui, Lucile^ opéras; La rose blanche et la rose rouge; Aucassin et Nicolette; La paix^ ou Ils reviennent, vaudeville nouveau, « avec des couce plets de M. Bonel et la répétition de la cérémonie « qui aura lieu à l'hôtel de ville pour l'anniversaire « du couronnement de l'empereur » et une série d'autres pièces fort peu intéressantes.
Un événement, qui laissa des traces profondes dans l'esprit de la population caennaise, marqua la fin de l'année 1809. Il eut en quelque sorte son épilogue dans la salle de spectacle. Nous voulons parler de l'assassinat du comte d'Aché et de la scène tumultueuse qui eut lieu au théâtre à cette
(i) Abonnement 45 liv. pour 6 mois, 24 livres pour 3 mois et 9 livres par mois. — Loges : 12 livres par personne.
occasion. Les particularités du meurtre d'Aché ont été narrées trop de fois, pour avoir à les raconter de nouveau. Cependant, l'indignation qui se manifesta ne serait pas comprise, si l'on ne rappelait les faits de ce drame que M. E. de Beaurepaire cite si justement comme l'un des plus effroyables dont les habitants de Caen aient gardé le souvenir (i). {
Le dimanche 8 septembre, des paysans qui se | rendaient à la première messe à la Délivrande, trouvèrent un cadavre étendu sur le dos, horriblement mutilé et criblé de coups de feu tirés à bout portant. Or, coïncidence étrange, les gendarmes
(i) Voir : Revue de la Révolution de Ch. d'Héricault et Gustave Bord. Nos de mai et juin 1886. Assassinat du comte d'Aché^ par E. de Beaurepaire. — Gaston Lavalley, Mémoires de l'Académie de Caen, 1884, p. 438, — Mémoires de la duchesse d'Ahrantes, tome XVI, p. 112. — Ch. Le Sénécal, Le meurtre du baron d'Aché, vérités historiques, opposées aux fictions des rotnans, brochure in-8° de 35 pages, Bayeux, 1869, imprimerie Saint-Ange Duvant; Paris, Dentu, 1869. — Comtesse de Mirabeau, Le baron d'Aché, Paris, Didier, 1877. — Enfin, plus récemment, un feuilleton de E. Daudet, publié dans le journal le Temps en 1894 et intitulé : Un drame politique et judiciaire sous le Premier Empire et une brochure de M. Eugène Liot : Langrune Saint-Aubin ; Le baron d'Aché, où l'auteur donne des détails inédits sur les pensions payées aux gendarmes complices du crime.
composant la brigade de Caen, sous le commandement du maréchal ^des logis Foison, étaient passés dans le bourg vers minuit; deux heures après, l'on avait entendu plusieurs détonations. Le lendemain, un lieutenant de gendarmerie, enquête faite, avait donné l'ordre d'enterrer le cadavre déclaré inconnu.
On était à une époque où la critique des actes de l'autorité était chose périlleuse; aussi personne ne murmura, bien que tout bas on accusât ouvertement les gendarmes du meurtre commis. Le procureur général, M. de Préfeln, ne bougea pas; on lui en sut gré en haut lieu; mais le préfet, M. Cafarelli, moins perspicace ou plus scrupuleux, ht une enquête sérieuse. Ces pièces, conservées aux archives du Calvados avec de nombreuses lettres du comte Real, alors ministre de l'intérieur, donnent le mot de l'énigme.
Le préfet acquit bientôt la certitude que l'individu tué n'était autre que le comte Robert d'Aché^ ancien chef de chouans, courageux jusqu'à la témérité, en relations avec l'étranger et par conséquent suspect à plus d'un titre. Il apparut clairement par quelle machination diabolique on était parvenu à le tirer de sa retraite et comment il avait été livré à la police du duc d'Otrante, moyennant finances, par une femme du monde qui avait été sa maîtresse. Mademoiselle Claire du Mes-
nildot, petite-iille de l'amiral de Tourville, mariée à M. le Tellier de Vaubadon, était une femme petite, blonde, avec des yeux bleu-clair, d'une beauté plus séduisante que régulière, de manières distinguées. Ses traits portaient un caractère jeune, presqu'enfantin, rien qui pt!it révéler les instincts de duplicité et de froide perfidie dont elle allait faire preuve. De triste moralité, après avoir entretenu avec d'Aché des relations intimes, elle avait eu, entre autres amants, le chevalier d'Ollendon, puis un sieur Brulardet. Arrêtée, puis relâchée par Fouché, elle ne pouvait rien lui refuser.
D'après un plan convenu d'avance, elle fixa un rendez-vous à d'Aché, lui promit de le faire passer en Angleterre; il partit accompagné par un homme soi-disant dévoué et qui n'était autre qu'un gendarme déguisé. Près de la Délivrande, les deux compagnons rencontrèrent la brigade de Caen; on sait le reste...
Les papiers, trouvés sur la victime, furent immédiatement remis à M. de Pontécoulant, sénateur du Calvados, arrivé au chef-lieu depuis quelques jours, comme chargé officiellement d'organiser la garde nationale, mais de fait ayant la mission de surveiller les chouans, les émigrés rentrés et les agents étrangers. Le drame qui venait de se passer n'était qu'un début; on espérait, grâce
— igS —
au même concours, prendre d'autres têtes de parti; l'intervention inattendue du préfet déjoua ces calculs. L'opinion publique, d'ailleurs, s'était singulièrement montée contre Foison et Madame de Vaubadon. Toutes les maisons lui furent fermées. C'est alors qu'étant allée au théâtre, les épaules couvertes d'un châle rouge, elle vit se lever devant elle le parterre entier et dut quitter sa loge, poursuivie par les cris de : « A bas! à bas! à la porte! C'est le sang du comte d'Aché! » Le gouvernement n'osa rien faire contre un sentiment manifesté avec tant d'énergie, mais il ne pardonna pas à M. Cafarelli, qui fut envoyé en disgrâce dans l'Aude; Madame de Vaubadon, elle, reçut 60.000 livres et de nombreuses faveurs.
L'année 1810 présente à son début peu de faits saillants. Parmi les pièces non encore jouées, on peut citer : Picaros et Diego ou La folle soirée^ opéra nouveau; Les trois déesses rivales ou Le double jugement de Paris; Le prix ou L'embarras du choix; Les marchandes de modes, ballet pantomime.
La troupe était bonne, une seule pièce donna lieu à des critiques, c'était : L'ami de la maison, de Grétry; la mauvaise distribution des rôles fut pour beaucoup dans cet échec. Comme acteurs de passage on peut citer, outre un sieur Ravel, équilibriste distingué, très apprécié, M. Brochard,
— igô —
artiste de Bruxelles, venant de Rouen, qui parut avec succès dans L'avis au public, opéra en 2 actes, et M. Jausserand, artiste du théâtre Feydeau, couvert d'applaudissements dans l'opéra toujours populaire de Richai'd Cœur de Lion.
Après la clôture de Pâques, survenue le i5 avril, le théâtre rouvrit ses portes dans les premiers jours de mai jusqu'au 3 juin, date de la clôture définitive. Il n'y a guère à signaler pendant cette courte période, que deux pièces : La mère coupable ou Le mariage de Figaro, dans laquelle le rôle de la comtesse d'Almaviva fut tenu par Madame d'Hautais, directrice brevetée des spectacles pour le 17^ arrondissement, et Le conscrit réfractaire ou L'amnistie, vaudeville nouveau. Cet « essai » pour employer le mot consacré, œuvre d'un habitant de Caen, le sieur Lusurier, échoua piteusement. Ce dernier, comme d'usage, s'en prit au directeur, assez mal avisé pour avoir fait des coupures; la lettre, qu'il écrivit et rendit publique, est assez curieuse pour être reproduite. La voici telle que les journaux la publièrent :