‹ Le théâtre à côté;Chapitre 24 sur 36 · EMPLACEMENT · texte numérisé non relu

EMPLACEMENT

Quelques personnes nous disent : « Tout

cela est fort bien. Mais où placerez-vous

les deux théâtres, dont nous reconnaissons,

comme vous, la nécessité? »

Bien que cette question ne soit pas tout à fait dans le cadre de nos études, purement subjectives, nous ne demandons pas mieux que de rechercher en quel endroit les deux théâtres nouveaux pourraient être placés.

Il en est un qui s'offre immédiatement : la place du Chfitelet. Cette place est au cœur de Paris. C'est le principal point de jonction des deux grandes divisions de la capitale : rive droite el rive gaucho. On pourrait installer le théâtre de musique populaire dans la vaste salle du Ghàtelet, et l'on mettrait le Théâtre-Français populaire, en face, dans la salle que l'Opéra-Gomique occupe actuellement et qu'il quittera l'année prochaine. Ce sont deux immeubles municipaux.

La Ville de Paris pourrait aider les deux entreprises et montrer l'intérêt qu'elle porte à l'instruction et à l'amusement des classes populaires en diminuant le prix du loyer : ce serait une forme de subventioii, qui ne comporterait pas un cahier des charges — chose redoutable, comme nous l'avons dit. Lorsque

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rOpéra-Gomique, après l'incendie de la salle Favart, a émigré place du Chàtelet, que de personnes ont dit : « C'est la ruine, c'est la mort ! » Or c'est là-bas qu'il a fait les meilleures recettes de son existence. Et quelles œuvres ont fourni, tout d'abord, les plus 'belles? Les œuvres du répertoire que d'aucuns disent usées, celles que nous proposions pour le répertoire du théâtre d'Opéra populaire. Il y avait là-bas un public, et un grand public, tout prêt pour ces représentations. Il y sera toujours.

Voilà un premier emplacement.

Il y en aurait un autre. Partant de ce principe que les théâtres populaires doivent être installés au centre des quartiers populaires, nous les placerions tous deux au boulevard Saint-Martin, à quelques pas de ces quatre ou cinq cafés-concerts qui, chaque soir, regorgent de monde.

Nous mettrions (il est bien entendu que tout cela se ferait d'accord avec les propriétaires et dii'ecteurs actuels de ces salles, qui, du

reste, ne seraient point fâchés de les voir un peu plus remplies), nous mettrions le théâtre de musique populaire dans la belle salle de la Porte-Saint-Martin. M. Rochard, qui prépare courageusement sa campagne d'hiver avec le drame, n'est pas sans avoir entendu parler de projets lyriques et musicaux pour son théâtre. La musique ne l'effraye pas. Il vient de conclure avec un imprésario italien un traité pour une série de représentations italiennes pendant les mois d'été de 4895.

Du reste, encore une fois, nous laissons les personnes hors de cause et nous supposons les salles libres, à la disposition de tous.

Le théâtre de musique populaire étant à la place de la Porte-Saint-Martin, nous mettrions le Théâtre-Français populaire dans la salle actuelle de l'Ambigu. Les deux théâtres seraient voisins, et, comme nous l'avons dit, ce voisinage les servirait.

Il y a plus. Il en faut, n'est-ce pas? pour tous les goûts. Sans avoir une prédilection marquée pour l'opérette et le vaudeville, nous

Le Boule

UD DU Crime.

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concevons très bien que ces deux genres amusent bien des gens. Pourquoi ne pas inaugurer aux Folies-Dramatiques un théâtre d'opérette populaire, avec son répertoire (Offenbach, Lecocq, Hervé, Audran, etc.) et ses auteurs nouveaux? Pourquoi ne pas inaugurer à la Renaissance un théâtre de vaudeville popidaire, avec son répertoire (Labiche, Gondinet, Lambert Thiboust, etc.) et ses auteurs nouveaux? Mme Sarah Bernhardt en serait quitte pour prendre un autre théâtre. .. plus près de Paris.

Ainsi, l'on établirait, l'un à côté de l'autre, quatre théâtres à bon marché, où les habitants de ces populeux quartiers viendraient, car ils y viendraient. On reconstituerait en quelque sorte ce qui existait, il y a cent ans, au boulevard du Temple, au boulevard du Grime. « Le boulevard du Temple, dit un de ses historiens, fut sans contredit le plus bruyant, le plus joyeux, le plus populahr de Paris. Ge n'étaient que cafés, restaurants et spectacles. Le Lazari, le P'^/V-L^/:, selon l'ex-

■il»; UN THÉÂTRE LYRIQUE

pression abréviative, y coudoyait les Fuiiaïuhnles, qui se trouvaient à côté de la Gaîté^ proche voisine des Folies-Dramatiques, accolées à la salle du Cirque, et enlin le Théâtre- Historique, devenu plus tard Théâtre-Lyrique, était contigu à cette joyeuse maison de Deffienx... dans laquelle ont dansé les trois quarts des jeunes mariées des quartiers avoisinants. Le soir, des queues formidables se formaient à la porte de chaque théâtre; c'étaient des cris, des glapissements, des poussées qui nécessitaient continuellement l'intervention du sergent de ville, spectateur bronzé de ce tohu-bohu quotidien. Marchandes d'oranges et de sucre d'orge, marchandes de pommes et de gâteaux populaires, bouquetières ambulantes du boulevard du Crime, qu'ètes-vous devenues? i>

Pourquoi ne reverrait-on pas tout cela au boulevard Saint-Martin, qui est moins loin ? Il suffirait peut-être de l'intelligente initiative et de Vaccord de quatre personnes compétentes en ces matières. Nous soulignons le

mot accord, car, si les directeurs, au lieu de chercher à se nuire, voulaient quelquefois s'entendre, ils arriveraient peut-être à faire de meilleures affaires. Installer quatre théâtres populaires au boulevard Saint-Martin n'est pas une chose aussi énorme qu'elle paraît: nous avons montré ce qu'on pourrait faire pour deux d'entre eux. Ceux qui tenteraient cette entreprise réussiraient sans doute, et ils auraient droit aux remerciement de tous ceux qui, en France, aiment le théâtre. ■

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