‹ Le théâtre à côté;Chapitre 8 sur 36 · VJ^S^-^ ^- RICHARD-CHRISTIAN · texte numérisé non relu

VJ^S^-^ ^- RICHARD-CHRISTIAN

5S. rue Laffitte.'

UC SPECTACLE. — 14e kT 15" SOIREES Série A

C^ !'■« REPRÉSKNTATION

LumU -21 Mai 189-i

IDEAU A 9 HEU K ES

Renseig-nements et adhésions les lundis et vendredis soir, 46, rue Richer.

LE THÉATHE a cAïfi. !t!t

actes, le duc de Rellune : IfS (lonst'Usdi'firdiiiFuirrr, Mme Fernand de la Tombelle (Camille Bruno) : la Rivale^ pièce en quatre actes, Mme LecoinLe (Luii;i Spes) : Na'U tV hymen, M. Louis Figuier avec l'Enfant trouvée, pièce en trois actes, MM. Botrel, de Marigny, Antigoon, Philibert, Paul Bru, Schmoll, Blum, Ghadourne, etc.

Les interprètes, nous l'avons dit, sont les membres du cercle. Ils ont pour guides M. Richard Christian et Mlle Scrivaneck qui a particulièrement aidé de ses conseils les artistes femmes, dont la plupart sont ses élèves. Le président ne se ménage point : il a même eu deux duels pour l'honneur de la société. Celle-ci entend être très libérale et demeurer ouverte, pour les représentations, à toutes les écoles d'art. Les Gaulois ont un insigne : un coq. Un coq? Oui, madame, un coq. Des insignes d'honneur sont décernés à ceux qui se sont distingués. Il y a trois degrés dans ces honneurs : 6 coqs en argent diamanté, 2 coqs en or, et 1 coif en diamant peu-

lUO LE THÉÂTRE A CÔTÉ.

vent être distribués. Avoir le coq en diamant ! quelle gloire et... quelle garantie!

Le Masque est né en mai 1891. Au début, il souhaitait uniquement faire représenter par ses membres des pièces de l'ancien répertoire : il avait alors pour président d'honneur Léopold Stapleaux. Le cercle offre la présidence d'honneur à Catulle Mendès et immédiatement, le cercle ados ambitions plus élevées; il entend, lui aussi, aider à l'éclosion des jeunes talents. Les représentations de 1892 deviennent plus variées, plus intéressantes. On y joue des pièces nouvelles; un acte en vers de M. Weill, le Paradis gai/né, puis Un Flatjraiit Délit, de M. Marandet, la Vieillesse de Pierrot, deM. Hauser, tous trois membres du cercle. Les Lieds de France ^ de Catulle Mendès, dits par Mlle Moreno, forment un gracieux intermède. Une soirée est

consacrée à Théodore de Banville et à ses œuvres qu'interprètent MM. Depas, Baron fils, Krauss, Mmes Berty et Lucy Girard, et sur lesquelles Catulle Mendès fait une étincelante causerie... Aux soirées suivantes, toujours de l'inédit, pièces en vers, comédies, ou même vaudevilles (oh ! Mendès !). A la dernière représentation, qui est en avril 1894, il y a quelques mois, le programme réunissait un vaudeville de M. Ilurel, une bluette en vers libres de M. d'Ingouville, un drame naturaliste, 1rs Vieux, de M. Belle, et une comédie satirique de Mme Bachilde : il y en avait pour tous les goûts. Le Masque a un président jeune et aimable, M. Bouchet, qui veut imprimer au cercle une activité toujours croissante et qui a, pour la saison prochaine, de grands projets. Pour les mener à bien, la compétence de son président d'honneur ne lui sera pas inutile.

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La Rampe eut, comme la plupart des sociétés analogues, une naissance modeste.

Quelques jeunes gens amateurs de théâtre donnent des soirées pour leur plaisir et celui de leurs amis, soit chez eux, soiL dans une salle louée. L'ambition vient avec le succès et, de ce petit noyau d'amis, sort, au bout de peu de temps, un cercle dramatique. Fondée en 1891, la Rampe donna sa première représentation en janvier 1892, à la salle Duprez. Elle se composait d'un prologue en vers du poète Didier ; de Me! il ta, pièce en un acte, en vers, de M. Marcel; Une Siiccuisalc, comédie en trois actes de MM. Rouget et Carpentier d'Agneau, le président actuel du cercle. Les représentations se suivent, toujours avec des pièces inédites de MM. Esquier, Didier, Paul Gruyer, Suzel, Lucien Besnard. En 1893, la Rampe se transporte au théâtre

Déjazet pour y donner lu Faim, drame en vers de M. Adolphe ïhalasso; inspirée parle tragique suicide de la famille Hayem, celle œuvre faisait voir au spectateur la mort de sept personnes : le spectaleur frissonna. Aussi, la fois suivante, en mars de cetle année, on lui oITrilune comédie de MM. Rougel et Garpentier d'Agneau, Part à deux.

Dans la dernière représentation, qui eut lieu en mai 1894, nous avons eu les Micmbes, de MM. Glaës et Guillaume, et une scène lyrique de M. liesse et Mme Schloss, intitulée V Amour. Ge poème eut du succès : l'amour est-il donc ce qu'il y a de mieux en ce monde? La Rampe a loué pour la saison prochaine et pour elle seule la salle Duprez, dont nous avons parlé précédemment. Elle fait pratiquer sur la scène de grands travaux de décoration et de machinerie. Elle ouvre sa porte à toutes les tentatives, à tous les genres :

Tous les genres sont lions, liors le genre ennuyeux.

104 LK THÉÂTI'.E A CÔTÉ.

Voici venir les cercles dramatiques éclos le plus récemment.

C'est d'abord le théâtre des Poètes. En le fondant, M. Charles Léger a voulu affranchir les œuvres poétiques des conventions qui entravent généralement leur essor sur les grandes scènes. « Le poète, disait-il dans son manifeste, apportera sa pensée, et sans modiiication aucune nous la voulons soumettre à l'auditeur. En face du théâtre naturaliste, il est temps d'édifier le théâtre poétique. y> Rut louable, assurément. L'initiateur recueillit immédiatement de nombreuses et flatteuses adhésions. Le T3 mai 1893, la soirée d'inauguration eut lieu dans la salle de l'Alcazar d'hiver, sous la présidence de M. François Coppée. Le spectacle se composait d'un prologue en vers de Charles Fiister, d'un acte de François Fabié, Sous un chair,

d'un acte d'Armand Silvestre etde deux autres petites pièces. La série des représentations de la saison 1893-1894 commença le 15 novembre i893 par l'Empereur, légende en huit tableaux de M. Grandmougin. La mise en scène de cette œuvre ayant été assez dispendieuse, le théâtre des Poètes ne put donner son second spectacle qu'en janvier 1894, avec un drame breton de M. Eugène le Mouël, Kemeiier, et la Prière à l'étoile de M. Michaudd'Humiac; le troisième spectacle fut représenté en avril et se composa de l'Exil d'Eros de M. de Raismes, de Plus fort que la mort de M. Paul Gruyer, de Pierrot seeptifjue de M. P»ené Saint-Maurice. M. Léger annonce l'intentiondemonterplusieurs grands drames en vers. Il a de beaux projets. Puisse-t-il les réaliser, au moins en partie !

Le théâtre des Lettres a été fondé par M. Clairouin et Mme Daubrive, et il s'est

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placé sous le haut patronage de MM. Henri de Bornier, François Coppée, Jules Simon et Sully Prudhomme. Son but est de « mettre en lumière, en dehors de toute préoccupation commerciale, sans parti pris d'école, toute œuvre remar(|uable par ses qualités de style, d'étude, d'observation et d'enseignement ». Gela, certes, est bien dit et constitue un beau programme. Mais il ne suffit point de dire : il faut faire. Voyons ce qui a été l'ait. La première représentation du théâtre des Lettres a eu lieu dans les premiers mois de 1894. On y a joué les pièces suivantes : rÉloile, l'acte d'André Gill et Jean Richepin, Vieux, un acte de M. Edmond Sée, et Maltresse femme, une comédie en trois actes de M. Jules Ghancel. Gette dernière pièce, qu'interprétaient Mmes Gerfaut, Vissocq, MM. Matrat, Ghautard, Frédal, Melchissédec fils, fut remarquée. Pour la dernière représentation, qui est de la fin de mai, le théâtre des Lettres donna une pièce déjà connue de M. François Goppée, les Deux Doit leurs, et

les Lâcheurs^ une comédie de M. Franchetti où la critique reconnut des qualités dramatiques. L'âme du cercle, c'est Mme Daubrive, qui a pris une part des plus actives à sa fondation, qui met les pièces en scène, qui y joue des rôles et qui a eu, en somme, le plus grand mérite à monter plusieurs spectacles d'une façon satisfaisante. Au surplus, c'est une femme. Ne la décourageons pas.

P. M. P. : on croirait voir l'abréviation du nom d'une compagnie de chemin de fer.

C'est la marque d'un cercle dramatique. En 1892, deux jeunes artistes, MM. André Delaistre et Pierre Joret, conçurent le projet de fonder une société où toutes les branches de l'art se trouveraient réunies. Les adhésions furent, en peu de temps, assez nom])reuses et aboutirent à la fondation de l'association artistique n Peinture, Musique, Poésie », ou

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P. M. P. Cette association veut « faciliter le progrès de l'art en général et procurer aux artistes le moyen de faire apprécier leurs talents par des expositions de peinture, sculpture et par des auditions musicales et littéraires y>. L'idée n'est point si mauvaise. Une première audition littéraire et musicale a été donnée le 14 avril 1893, à la Bodinière, avec le concours de Mmes Félicia Mallet et Lud- ^vig; on y a joué notamment Cnlombi/ic pour deux, pantomime de M. Henri Amie, musique de M. Joret. En janvier dernier, à la Bodinière (toujours !) exposition des peintres : on y voyait des œuvres d'Albert Aublet, Guignard, Gagliardini, Allongé, Julien Dupré, Langée, etc.. Enfin, en avril, deuxième audition littéraire et musicale, avec une plaisante revue qui s'appelait la Ucvuc à (hnnicilc. Il y a dans les statuts de P. M. P. un article intéressant. Il y est dit qu'une réserve annuelle de 1/2 p. 100 sera prélevée sur les cotisations pour fonder une caisse de secours destinée à venir en aide, soit aux membres

nécessiteiixde l'association, soit à leurs veuves et à leurs enfants. Il y a là une pensée touchante qui méritait d'être signalée.

Nous pourrions parler encore d'un cercle dramatique qui s'intitula « l'Association artistique )) et qui eut pour directrice Mme Camille Glermont et pour secrétaire un très actif journalisteM. Théodore i\.vonde. Mais sa durée fut bien éphémère. Une année le vit naître, exister et mourir. Mme Camille Clermont n'était autre que l'ancienne Fanfan Benoîton qui, dans la fameuse pièce de M. Victorien Sardou, en i8G5, avait séduit tout Paris. « La surprise de la soirée, écrivait M. Sarcey, a été une petite fdle de sept ans, qui a ravi le public par sa grâce, son ingénuité et son esprit. Le rôle que lui a écrit Sardou est ravissant. » Fanfan Benoîton, après avoir dirigé l'Association artistique, est aujour-

d'hui vice-résidente au Tonkin : la destinée a de ces surprises. Quant au cercle, il donna trois représentations, au Vaudeville et à la Renaissance, avec des pièces de MM. Maxime Boucheron, Louis Legendre, Henri Amie, Richard O'Monroy et Sipière. Ce fut tout. On y contait l'histoire assez amusante d'un comédien de province — mettons de la Normandie — qui avait écrit pour offrir ses services, se donnant comme un grand premier rôle : c'était le plus complet des ni'as-tn-vu. Mais Mme Clermont, se défiant un peu, lui demanda, sinon d'apporter sa personne, au moins d'envoyer son portrait. Le portrait arriva : il était superbe. L'acteur était représenté dans un rôle de Victor Hugo : il était irrésistible. Mme Clermont l'engage. Elle se dit : « Quel beau jeune premier nous allons avoir! Gomment n'est-il pas à Paris? Nous allons le révéler. » L'acteur arrive et se présente. H était, en réalité, malingre, fluet et laid à faire peur. On le garda, cependant; mais ce ne fut point une révélation. Aujour-

LE THÉÂTRE A CÔTK. 111

d'hui, il joue les utilités dans un théâtre du boulevard, croyons-nous.

A dél'aut de théâtre lyrique, nous avons eu, cette année, les « Auditions lyriques » organisées par Mme Ghauchereau. Le but de cette société, dont M. Ilattais est l'administrateur dévoué, est de donner plusieurs spectacles par an composés d'œuvres lyriques ou de fragments inédits. Le premier de ces spectacles a eu lieu à la Bodinière. Il comprenait une scène de MM. Moreau pour les paroles, Paul Yidal pour la musique, Gladiateur; d'un drame biblique de MM. Ilaltais et Bonval, Ba(h-sé-ha, et d'une scène de MM. Crosti et Renaud-Maury, Jeanne d'Arc; Mme Ghauchereau, se prodiguant, interprétait les trois œuvres.

Le programme des « Soirées çà et là » est le plus large de tous ceux que nous avons rencontrés. Leur but est de « fournir à la pensée un moyen de se produire publiquement, sous quelque forme qu'elle se manifeste, à la condition d'apporter un enseignement ou des qualités bien marquées d'expression ». Des causeries, consacrées à la philosophie, à la littérature, à la science, à l'industrie, accompagnent les œuvres des poètes et des musiciens. La première soirée fut donnée à la salle de la rue d'Athènes le ^6 février 1894; la dernière, qui était la troisième de l'année, eut lieu à la Bodinière, naturellement. On y entendit des œuvres du compositeur André Colomb et du poète Walder, qu'interprétaient Mlles Jane de Sokolow, de Los Rios, Nyma, etc., noms bien exotiques. Il est vrai que le directeur des

(f Soirées çà et là )> a pris le nom de M. Passim. On n'est pas plus spirituel.

Il nous serait possible, aussi, d'étendre nos recherches sur ces petites sociétés où Ton se réunit de temps en temps, entre amis, pour rire, boire et chanter. Telle est la société des « Épicuriens », issue du Caveau en 1819. Elle vit encore. Tous les six mois, elle donne un banquet de famille où les femmes et les enfants des sociétaires sont admis. Le signe distinctif de la société est une lyre avec un ruban. L'un de ses divertissements habituels est la marotte. Chaque membre, sans interruption et sans choix, chante un couplet, le premier qui se présente à son esprit. Il se produit parfois des rapprochements imprévus et plaisants. Du reste, bien des œuvres de plus grande prétention n'offrent pas beaucoup plus de suite, n'est-ce pas? Les sociétés

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de ce i^enre sortent un peu du cadre que nou^ avons choisi. Laissons-les de côté.

Parlerons-nous, par contre, du « Théâtre X... », de la (( Pléiade », des « Planches » (président d'honneur Jean Aicard, président Armand Alexandre), du (cthérure des Jeunes » ? Ce sont encore autant de sociétés dramatiques; mais elles datent d'hier, pour la plupart, et leur existence ne fut marquée encore par aucun incident important. Il en est de môme du Théâtre socialiste et du Théâtre social : car nous avons les deux.

Demain, aussi, nous aurons le théâtre des Indépendants et le théâtre des Refusés, qui annoncent tous deux d'excellentes intentions. Et les refusés des Refusés, ne trouveront-ils pas quelque part un abri? Au dernier moment, on nous dit que le Théâtre des refusés prendra le titre de Théâtre d'appel ... A quand, alors, le Théâtre de cassation?

L'opinion de MM. Alexandre Dumas, l'ailieron et Jules Claretie.

Nous lie saurions mieux couronner cette étude sur les sociétés ou cercles dramatiques qu'en donnant, à leur propos, l'avis de quelques-uns des maîtres du théâtre contemporain ou des personnes compétentes.

Consulté par nous, M. Alexandre Dumas a bien voulu nous adresser la lettre suivante :

(( Mon cher monsieur,

(( Je viens, non pas de parcourir, mais de lire d'un bout à l'autre vos études sur les

petits théâtres, les petites sociétés, les petits cercles. J'ai pris un très grand plaisir à cette lecture. C'est déjà répondre à la question que vous me posez.

(( Une étude ne peut être intéressante que si l'objet de cette étude est intéressant luimême. Je suis donc pour ces petites scènes qui peuvent fournir aux jeunes auteurs et aux jeunes comédiens l'occasion de se produire dans les genres les plus divers. Elles tiennent la curiosité et l'attention du public en éveil. C'est à elles que nous devons la mise en lumière et en forme de certaines œuvres d'Ibsen et de Maeterlink, la première révélation du talent de M. de Curel et de M. Courteline, la restauration de la pantomime et les marionnettes mystiques de Bouchor.

(( Encouragez-les donc le plus que vous pourrez. 11 en sortira toujours quelque chose dont notre art profitera.

« L'exagération même et l'outrance de ceux qui veulent tout dire et tout montrer sur les planches ont leur bon côté. Le spec-

tuteur, tout en faisant justice des excès, prend malgré lui l'habitude des points de vue nouveaux, et quand il s'est bien rebiffé, il se trouve, à son insu, disposé à permettre plus de liberté à ceux qui s'en savent servir.

« Les hommes d'un vrai talent profitent alors des tentatives avortées et que l'on croyait stériles. C'est comme le fumier qui chauffe la terre et fait pousser le bon grain. Tout compte fait, le Théâtre-Libre a rendu de très grands services ; il en aurait rendu de plus grands. Il est malheureux qu'il ait disparu. Voilà mon opinion.

« Je crois bien que c'est la vôtre, si j'en juge par ce que je viens de lire.

(( Tous mes meilleurs sentiments.

€ Alexandre Dumas. )^

M. Edouard Pailleron nous écrivaitde son côté :

« Mon cher Aderer, « Les petites associations dramatiques

dont VOUS vous occupez ont-elles été utiles ou nuisibles au théâtre?

« Jusqu'à présent, elles n'ont guère mis en lumière qu'un genre et qu'un nom.

(( Le genre, c'est la pantomime, qu'on ne peut pas appeler une nouveauté.

(( Le nom, c'est celui du poète Bouchor, dont la célébrité et le talent n'avaient pas besoin de cet adjuvant.

« Et d'ailleurs, croyez-vous que cette question touche le public ? En ce qui concerne ses plaisirs, il se préoccupe bien plus de l'effet que de la cause. Et il a raison.

(( Corel i a 1 o m e nt à vou s .

« Edouard Pailleron. ))

Voici enfin une lettre de M. Jules Glaretie (jui résume en termes excellents et très nets toute la question :

« Mon cher ami,

« J'ai lu avec infininiont de plaisir vos articles sur les petits théâtres et je voulais

LE THÉÂTRE A CÔTÉ. ll'J

même vous donner le conseil de les réunir en brochure. Avec des croquis çà et là, ce serait un chapitre à i^arder.

« Vous me demandez ce que je pense de ces scènes spéciales où débutent les jeunes auteurs, où s'exercent les jeunes artistes. A mon avis, elles sont à la fois utiles et dangereuses. Utiles parce qu'elles permettent aux débutants de se produire, dangereuses parce ({u'elles les mettent face à face non pas avec le vrai public, celui qui juge sans parti pris, mais avec un public spécial qui applaudit au lieu d'avertir et acclame au lieu d'enseigner. Autrefois, c'était en d'autres petits théâtres, les Folies, les Délassements, les Bouffes, devant le grand public, que les auteurs dramatiques faisaient leurs premières armes. Ils sortaient souvent de ces rencontres un peu éclopés, mais conscients du péril. Le public, qui est toujours un peu le collaborateur des écrivains, devenait leur moniteur. Ils avaient fait assaut, non entre camarades de même force, mais sur le terrain, et ces leçons de

duel OU ces duels étaient singulièrement utiles,

(( Ce qui est dangereux en art, c'est la coterie. Voyez ces jeunes comédiens qu'on déclare admirables, supérieurs, incomparables, lorsqu'ils jouent sur les petites scènes dont, nouveau Tallemant, nouveau Brazier, vous avez écrit l'historiette, et que la critique déclare médiocres, impossibles, je ne dis pas môme quand ils abordent le théâtre, mais quand ils concourent tout simplement au Conservatoire.

(( Jamais on ne vit concours plus faible, » c'est le cri annuel. Et cependant, toute l'année durant, on a dit à ces jeunes gens et à ces jeunes filles, lorsqu'ilsont joué çà etlà ({uelquc œuvre nouvelle : « Vous avez de la beauté, un talent exquis, un art merveilleux de diction! )) On les grise pendant des mois, ({uitte à les dégriser en juillet. On leur avait trouvé du génie, et on ne leur trouve même plus de talent. C'est excessif! Mais, encore un coup, c'est que le public n'est pas la camaraderie.

C'est qu'il faut en rabattre des.succès d'école. C'est, en un mot, que Vart au cercle est un art spécial. Le cercle, fût-il mondain ou purement littéraire, devient trop vite ce que nous appelions autrefois une pe/i/e cf/lise.

ff Ce danger une fois signalé, je n'ai plus qu'à souhaiter que les petits théâtres naissent et renaissent où se puissent former des comédiens et révéler des auteurs. Après tout, ces essais, ces fièvres, ces acclamations de confrères ou de compères, c'est la vie ! J'aime cette turbulence dans la recherche du succès. Il faut bien arriver! La lutte est âpre, les places sont prises. On monte sur le tréteau qu'on peut trouver, on se drape dans les oripeaux qu'on rencontre. On débute où l'on peut. Eugène Delacroix disait: « Vous n'avez (( pas d'église à décorer? Barbouillez votre c( fresque sur les murailles de la rue! »

(( La l'ahle prouve qu'il faudrait, du reste, un IhéAtre ouvert uniquement slux jeunes, et vienne le Mécène qui le subventionnera.

« En attendant, les nouveaux venus ne se

\±1 LE ÏHfiÂTRK A CÔTI-":.

plaindront pas de n'avoir point de tribunes. Les petits thi'utres pullulent. Alexandre Dumas fils, lorsqu'il eut écrit sa première pièce, n'avait pas une scène où la donner. Pas une. Il la promenait de théâtre en théâtre, d'une comédienne aune comédienne, de Déjazet à Rachel, et de Rachel à Fargueil. On n'en voulait pas, et il s'appelait Dumas.

(( S'il y avait eu en son temps des petits théâtres de jeunes, il eût donné plus toi hi Diniw au.v Cfanc/ias ! Il attendit. La Jhnnr aux Canii'/ias avait, il est vrai, le temps d'attendre.

« Aujourd'hui on prétend (ju'il n'y a })lus de pièces et il y a trop d'auteurs. On écrit journellement qu'il n'y a plus de comédiens et les artistes pullulent. La vérité est peutêtre qu'il y a trop de tout, ce qui semble faire croire qu'il n'y a plus rien.

« A totaliser les essais produits sur les théâtres dont vous avez parlé, mon cher Aderer, quelle somme de talent cependant et quel amour des lettres! Un jour on verra,

j'espère, que toutes ces comédies, ces drames, ne sont pas, comme disait Shakespeare, des pi'inrs d" amour penhirs.

« A vous de tout cœur.

« Jules Glaretie. »

Cniicliisinn.

Notre enquête est iinie.

Elle dénote, en tout cas, le nombre extraordinaire de cercles dramatiques qui ont poussé dans ces dernières années, et aussi l'énorme quantité de pièces de tout genre qui y furent représentées.

Si, après les maîtres qu'on vient de lire, on nous permet d'exprimer notre humble avis, nous serons tenté de nous demander si tous les efforts, sincères, intelligents, que nous avons loués, atteignent le but auquel ils tendent.

LE niRÀTHK A CÔTR." 125

Au lieu de concentrer l'attention publique sur des œuvres qui la mériteraient, ne la disséminent-ils point sur des ouvrages incomplets? Ne surexcitent-ils pas trop tùt la présomption de l'auteur et de l'interprète, qui ne se donnent plus, ni l'un ni l'autre, la peine d'arriver à la perfection ?

En somme, dans l'art dramatique, ceux-là seuls ont grandi et méritaient de grandir qui ont eu beaucoup de dé])oires et les ont surmontés. Pour être un grand artiste ou un grand écrivain, n'est-il pas souvent utile de manger, comme Tondit, de la vache enragée?

ET

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