SCENE PREMIERE
M. DUBOIS est assisàson bureau; — entre MADAME DUBOIS.
MADAME DUBOIS
Eh bien, mon ami, et nos courses dans la ville, pour faire nos emplettes ! Oublies-tu la promesse que tu m'as faite hier de m'accompagner?
M. DUBOIS
Non, Amélie, non, je ne l'oublie pas. Mais une chose doit se faire après l'autre...
MADAME DUBOIS
Et quelle chose si pressante te retient là ?
M. DUBOIS
J'attends ce matin le fermier Dupré, qui m'apporte un semestre de son fermage, seize cents francs, et je crois devoir lui faire l'honneur de recevoir moi-même son argent.
MADAME DUBOIS
Et s'il tarde?
M. DUBOIS
Il ne peut plus tarder ; c'est un locataire exact, et j'ai su indirectement qu'il venait ce matin à Bruxelles.
MADAME DUBOIS
Alors, il me faudra bien patienter. Au moins, tu le congédieras tout de suite.
M. DUBOIS
Avec douceur, ma chère, sinon avec respect. Un bon locataire n'est pas si commun qu'on ne lui doive quelques égards. Je sais bien que M. Dupré essaie, chaque fois qu'il vient me payer son fermage, de rogner un peu sur la somme qu'il m'apporte. Il a des prétextes étonnants pour m'attendrir, et tu ferais bien de rester ici pendant qu'il déroulera à mes yeux le tableau lugubre des pertes qu'il a subies et des bestiaux qu'il a perdus. Je t'assure que cela en vaut la peine. Assiedstoi ; prends un livre pour avoir une contenance : il ne tardera pas.
MADAME DUBOIS
Allons, je reste, puisque aussi bien il n'y a pas moyen de t'arracher d'ici.