‹ Le théâtrè a la maison. Illustrations d'Amédée LynenChapitre 14 sur 65 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

PIERRE, ELISE, près du tronc d'arbre. Pierre est debout sur l'arbre ; Élise essaie d'y monter.

PIERRE

Il ne faut pas avoir peur ; je vous tiens.

ÉLISE, timide et ennuyée.

Mais je ne sais pas...

PIERRE

Si, si, levez votre jambe; c'est ça... mettez-vous à genoux ; là ! Tenez-vous à ma blouse et vous y êtes.

ÉLISE

Mais je vais glisser...

PIERRE

Non, non; il ne faut pas toujours avoir peur, comme une toute petite fille. Vous êtes grande, maintenant. Est-ce qu'on n'est pas bien ainsi?

ÉLISE, s'asseyant.

J'aime mieux m'asseoir sur l'arbre; je ne veux pas tomber.

PIERRE

Eh bien, alors, asseyez- vous. Vous ne saurez jamais

COUrir Sur l'arbre, Comme moi. (Il va jusqu'au bout de l'arbre

et revient.) C'est ça qui est amusant.

ÉLISE

Oui, et si vous tombez !

PIERRE

Bah ! qu'est-ce que ça fait? Si je tombe, je me ramasserai. Ça ne fait pas de mal. Voulez-vous que je roule par terre, dites, pour vous montrer?

ÉLISE

Vous serez tout mouillé, il y a de l'eau dans le fossé.

PIERRE

Eh bien, je roulerai sur le chemin ; ce n'est pas haut. Je suis grand, hein, comme ça... comme un homme... Je voudrais être grand, grand, grand, comme père, pour monter à cheval ; grand comme un arbre...

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ÉLISE

Et alors vous ne saurez plus entrer dans notre maison.

PIERRE

Si ; je baisserai la tête.

ÉLISE

Pierre, les deux vaches se battent; regardez...

PIERRE, sautant sur le chemin, et criant.

Annette ! Annette ! Noiraude ! Attendez ! Attendez ! (il frappe sur la barrière.) Méchantes bêtes, je vais venir ; attendez...

ÉLISE

Non, Pierre, n'allez pas, c'est fini...

PIERRE, revenant. Il se met à califourchon sur l'arbre.

Elles se battent pour rire ; elles s'aiment bien tout

de même... Hue ! (Il frappe l'arbre des talons et fait le mouvement d'un homme à cheval.) Au galop ! Au galop ! Plus Vite!...

Ah! c'est amusant! J'ai déjà été à cheval, moi, sur le cheval de M. Leroy, vous savez bien, le meunier. Et je n'avais pas peur; je me tenais à ses crins et il courait. Je sautais, comme ça... Mais c'était amusant!

ÉLISE

Et quand on tombe !

PIERRE

On ne tombe pas puisqu'on se tient aux crins. Quand je serai un homme, j'aurai un cheval, et vous viendrez à cheval avec moi.

ÉLISE

Oh ! non, Pierre, je ne veux pas. Moi, je resterai à la maison, pour faire la soupe avec maman. Allons, voilà encore les vaches qui courent, Pierre...

PIERRE

Je vais les empêcher... Restez là... Je reviens tout de suite...

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