SCÈNE PREMIÈRE
JULIEN et THÉRÈSE entrent en scène; THÉRÈSE s'appuie au bras de son compagnon ; elle boite.
JULIEN, conduisant Thérèse au banc.
Asseyez-vous là; reposez-vous. Cène sera rien.
THÉRÈSE, geignant.
Oh ! j'ai bien mal au pied !
JULIEN
Comment ça vous est-il arrivé?
THÉRÈSE, prête à pleurer.
J'allais très vite faire une commission pour ma mère, qui est malade. J'ai posé mon pied dans un
trou que je Savais pas vu, et il a tourné. Oh ! que ça fait mal!...
JULIEN
Vous demeurez loin d'ici?
THÉRÈSE
Non; rue d'Isabelle, derrière le général Belliard.
JULIEN
Bah ! ce ne sera rien ; tout à l'heure vous pourrez vous en aller.
THÉRÈSE
Et ma mère qui m'attend! Qu'est-ce qu'elle va penser? (Elle pleure et se lève.) Je m'en vais; j'irai à clochepied...
JULIEN
C'est trop loin!... Attendez encore un peu.
THÉRÈSE, se rasseyant.
Et ma commission, que je ne peux pas faire !
JULIEN
Où alliez- vous donc?
THÉRÈSE
Chez le pharmacien, chercher un remède pour maman.
JULIEN
Laissez-moi y aller; je vous apporterai ici la commission. Pendant ce temps-là, vous vous reposerez. Qu'est-ce qu'il faut demander?
THÉRÈSE, le regardant.
Mais je ne vous connais pas, moi.
JULIEN
Qu'est-ce que ça fait? Croyez-vous que je suis un voleur? Je demeure rue de la Montagne, et mon père est menuisier. Il s'appelle Dufour. Vous me connaissez, maintenant.
THÉRÈSE, timidement.
C'est que je ne vous ai jamais vu... Tenez, voilà l'argent et le billet. Ne restez pas trop longtemps.
JULIEN
Non, non; je ne ferai qu'une course.
(Il sort en courant.)