SCÈNE III
ROSE, venant de la droite, une petite fille à la main; JEANNE, venant de la gauche, conduisant également un enfant et portant un seau.
ROSE
Allez et soyez bien sage... Tenez, voilà Adolphine qui va aussi à l'école : vous irez ensemble.
JEANNE
C'est ça, en vous tenant par la main, comme deux gentilles petites mamans.
(Les enfants sortent à droite.)
JEANNE, les mains sur les hanches, après avoir déposé son seau près de la fontaine.
Eh bien, en voilà une affaire !
ROSE
Ce vol, n'est-ce pas?
JEANNE
Il n'y a plus moyen d'être tranquille, de dormir la nuit après avoir bien travaillé dans la journée. Voilà maintenant les voleurs qui vont se mettre à faire leurs mauvais coups dans les pauvres villages !
ROSE
Oh! ils ne viendront pas tracasser des paysans comme nous; ils ont été tout droit chez le bourgmestre. Ce sont des malins...
JEANNE
On ne dit pas si on les trouvera... Il n'y a pas de
nouvelles?
ROSE
Je n'ai rien entendu. Tout le village est en l'air. Ils sont partis à une demi-douzaine pour faire une battue
dans le bois, avec des fusils et des fourches. Quelle affaire ! On pourrait, encore bien attraper un mauvais coup en poursuivant ces vagabonds. J'ai voulu retenir mon homme ; il m'a envoyée promener. — Si c'étaient nous les volés, m'a-t-il dit, tu serais bien contente que les voisins fassent (i) ce que je vais faire. Et il est parti... Je suis dans des transes!...
JEANNE, emplissant son seau à la fontaine.
Ça se comprend. Les hommes, on ne peut pas les empêcher de se mêler de tout., Un coup de fusil est bientôt tiré, et ça vous tue raide...
ROSE
Taisez-vous ; j'en ai la chair de poule. Si je m'écoutais, je pleurerais comme un veau.
JEANNE
Allons ! allons ! tout ira bien.
ROSE
Je vas traire ma vache et donner à manger aux poules. Tout de même les bêtes doivent être soignées.
JEANNE
Quand votre homme rentrera, accourez me raconter ce qu'il a fait.
(i) Un français plus correct paraîtrait prétentieux dans la bouche d'une paysanne ,
ROSE
Bien sûr que j'accourrai.