UNE AUTRE FEMME
Il en a bien l'air... Il faut être un brigand pour se coucher là, en plein jour...
LA FEMME, revenant.
Tenez; voilà la corde.
Nous allons le ficeler. Faisons tout doucement, de peur de l'éveiller.
UNE FEMME
Moi, je ne sens plus mes jambes...
(Jeux de scène muets. Elles s'approchent en s'encourageant du geste. Lorsqu'elles arrivent tout près de la fontaine, l'homme fait un mouvement et elles se sauvent adroite et à gauche.)
ROSE, revenant et les appelant.
Allons, vous êtes comme des enfants. Il dort toujours. Donnez-moi la corde.
JEANNE
Liez-lui les jambes.
ROSE
Aidez-moi.
(Elles passent la corde, bien doucement, deux ou trois fois autour des jambes de l'homme, puis la nouent étroitement.)
JEANNE
Là ! Nous le tenons.
UNE FEMME
Éveillons -le maintenant. (Toutes ensemble.) Hai ! l'homme !... Allons, allons, levez-vous... Montrez votre visage... Qu'est-ce que vous faites-là ?. . . Qui êtes-vous ?
(On ôte son chapeau de dessus son visage.)
Eh ! qu'il est blanc! On dirait quasi qu'il est mort...
L'HOMME, s'éveillant.
Qu'est-ce qu'il y a? (il se met sur un coude.) Que me voulez-
vous? Pourquoi ne me laissez-vous pas dormir? Cela me faisait tant de bien !
ROSE
Qu'est-ce que vous faites ici ?
L'HOMME
Vous le voyez bien, je me repose et je dors.
UNE FEMME
Oui, oui, en attendant la nuit, pour faire du mal.
L'HOMME
Non. Je partirai tout à l'heure. Je suis trop fatigué; je ne peux plus marcher. Et j'ai faim, grand' faim...
ROSE
C'est un menteur! Je suis sûre que c'est un des voleurs de cette nuit.
L'HOMME
Moi, un voleur!
(Il veut se lever et s'aperçoit qu'il a les jambes liées.) UNE FEMME.
Nous allons vous conduire au bourgmestre. C'est lui qu'on a volé et il vous fera bien parler. Allons, venez, brigand.
ROSE
En route, coquin !
(Elles l'aident à se lever.)
JEANNE
Il faudra bien qu'il marche, le scélérat. Tu passeras ta vie en prison, et tu l'auras bien mérité. En route! En route ! . . .
L'HOMME, debout.
Comment voulez-vous que je marche avec les" jambes liées?
UNE FEMME
Tiens! c'est vrai, ça!
ROSE
Eh bien, lions-lui les bras, ôtons-lui la corde des jambes et il marchera.