LES FEMMES
Oui, c'est ça!
(Les femmes le tiennent pendant qu'on lui lie les bras derrière le dos.) JEANNE.
Là! Et maintenant, chez le bourgmestre...
L'HOMME, d'une voix épuisée.
Je ne pourrai jamais... Non, c'est fini, les jambes n'en veulent plus. Laissez-moi mourir ici.
ROSE
Eh! dites donc, l'homme, pas de bêtise... Tenezvous droit.
L'HOMME
Je vous dis que... je meurs de... de faim et de
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fatigue. Vous feriez mieux de me donner un morceau de pain que de me conduire en prison... Laissez-moi me rasseoir, ou je vais tomber.
JEANNE
Si c'était vrai, pourtant!...
UNE FEMME
Bah ! maintenant que nous le tenons, il ne s'échappera pas. Il faut lui donner à manger.
(Elles le rasseient et une d'elles va chercher du pain.) ROSE.
D'où venez-vous?
L'HOMME
J'ai marché toute la journée d'hier et toute la nuit. Je vais voir mon père, à trois lieues d'ici. On m'a écrit qu'il allait mourir et je n'avais pas d'argent pour prendre le chemin de fer, pas d'argent pour manger sur ma route...
JEANNE
C'est-y possible !
UNE FEMME
Est-ce que vous ne mentez pas ?
l'homme.
Je me nomme Louis Urbain; je suis terrassier. Ah ! c'est fini... Je meurs.
(Il tombe en arrière sur les degrés de la fontaine.)
JEANNE
Vite, un peu de vinaigre ou du genièvre. Voilà le pauvre homme sans connaissance.
(Les femmes courent chez elles ; Rose et Jeanne sont penchées sur l'homme et soutiennent sa tête.)
ROSE
Quelle affaire! Et nous qui l'avons- pris pour un brigand ! Le pauvre diable !
JEANNE
Voilà ce que c'est que d'avoir peur !
(Les femmes reviennent ; on fait boire l'homme, qui reprend peu à peu connaissance. Puis on lui donne à manger.)
UNE FEMME
Allez tout doucement, pour ne pas vous faire du mal.
L'HOMME, mangeant.
Oh! c'est bon!... Oh!... si j'avais eu ça tantôt, j'aurais pu continuer mon chemin. Je vous remercie... Avec ça... j'aurai la force... Je verrai peut-être encore... mon pauvre vieux père... vivant. Merci, merci!...
VOUS êtes de bonnes Créatures... (Il pleure en continuant de manger et il parle avec des sanglots.) J'avais pourtant deux OU
trois francs... mais j'ai tout donné à ma femme, pour les enfants... J'espérais trouver un morceau de pain sur ma route ; je croyais même arriver près du père sans avoir faim... Je suis fort, voyez-vous, et il me paraissait que j'aurais pu marcher pendant huit jours. Je suis arrivé ici... il n'y avait plus que trois lieues... J'ai
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voulu me reposer une heure, et voilà!... Maintenant, je n'ai plus de jambes... La fatigue me les a cassées... Et le pauvre père qui sera peut-être mort . . .
JEANNE
Ne pleurez pas ainsi... On vous aidera... Vous arriverez encore à temps.
ROSE
On le conduira dans une charrette.