‹ Le théâtrè a la maison. Illustrations d'Amédée LynenChapitre 42 sur 65 · SCÈNE VII Les Mêmes, un TÉLÉGRAPHISTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VII Les Mêmes, un TÉLÉGRAPHISTE

MARIE

Qu'est-ce que vous demandez, petit?

LE TÉLÉGRAPHISTE

M. Pierre Gérimont.

ONCLE PIERRE 125

ONCLE PIERRE

Qu'est-ce que vous lui voulez? C'est moi.

LE TÉLÉGRAPHISTE

C'est un télégramme pour vous, monsieur.

ONCLE PIERRE

Ah ! et qu'est-ce qu'il dit?

LE TÉLÉGRAPHISTE

Je ne sais pas, monsieur. Le voici... Il faudrait signer le reçu.

ONCLE PIERRE

Signer le reçu... Parfaitement! Donnez la plume et l'encre, Marie, (il signe.) Voilà... Bonjour, mon garçon. (Le télégraphiste sort.) Qu'est-ce que ça veut dire? D'où vient cette dépêche, adressée à moi?

MARIE

Ouvrez-la, mossieu, vous le saurez.

ONCLE PIERRE

Tiens, c'est vrai. (11 ouvre.) C'est imprimé en bleu. Voyons, (iiiit.)

« Oncle Pierre, une bonne nouvelle: on vient de me rendre de l'argent qu'on me devait. Merci de votre générosité: je n'ai plus besoin de rien. Renvoyez les petites par le chemin de fer, s'il vous plaît. Nous vous embrassons.

r> ADOLPHINE. r> ADÈLE.

C'est de maman, oncle Pierre.

i26 LE THEATRE A LA MAISON

ONCLE PIERRE, très satisfait.

Parfaitement. Parbleu ! oui, c'est de votre maman. . . de qui serait-ce? C'est une brave femme, votre maman, de m'écrire ça... Hein, Marie, c'est gentil ça... (il lit.) « Je n'ai plus besoin de rien. » C'est bien dit, ça s'entend tout de suite, parfaitement. (Se penchant vers les enfants.) C'est votre maman qui m'écrit, oui; et elle a bien raison; vous lui direz que je suis tout à fait content, et que votre papa doit bien se soigner. (il les embrasse.) Vous pouvez vous en aller, maintenant, il est temps. Donnez-moi mes billets.

ADÈLE, craintive, remettant les billets.

Maman dit que nous devons retourner par le chemin de fer, oncle Pierre, et nous n'avons pas d'argent pour payer notre place.

ONCLE PIERRE

Eh bien, alors, il faut retourner à pied.

MARIE, se fâchant.

Pas du tout!... A pied!... Par exemple!... Une grosse heure à pied, pou ces pov' s'enfants. Non, ça,

non. (Elle va chercher son sac et y prend une pièce d'argent.) 1 eiiez ,

Adèle, voilà pour payer vos deux places. Et avec ce qu'il y aura de trop, vous achèterez des bonbons...

ONCLE PIERRE

Remettez ça dans le sac; remettez-le, vous dis-je... Vous êtes insupportable, à la fin, de vous mêler de choses qui ne vous regardent pas. (il va à sa poche, en réfléchissant.} Puisqu'elles vont en chemin de fer, c'est moi

ONCLE PIERRE 127

qui paierai leurs places. Mais s'il leur arrive malheur, comme à leur père, vous n'oublierez pas que je vous ai dit ce qu'il fallait dire... Venez, petites, je vous conduirai à la station, parfaitement.

MARIE

A la bonne heure, mossieu... Et recommandez-les au chef; dans dix minutes elles seront chez leur maman, les p'tites chéries. Oui, mossieu, dans dix minutes : est-ce que ça n'est pas beau, de voyager si vite? Et cette dépêche, qui vous a fait tant de plaisir, oseriez-vous en dire du mal, maintenant?

ONCLE PIERRE

Ta! ta! ta! Et mon neveu, est-ce qu'il n'est pas brûlé, bouilli par la vapeur?

MARIE

Des accidents, y en a toujours eu, mossieu...

ONCLE PIERRE, bougonnant.

C'est bon ! c'est bon ! . . . Allons, venez, petites. Marie, mon bâton... Et montez votre argent, qu'on ne le voie pas... parfaitement.

MARIE, à demi-voix, en lui donnant son bâton.

Mossieu, faites-leur un petit cadeau, à ces enfants. Elles ont eu grand'peur de vot' grosse voix, vous leur devez bien ça... et elles vous aimeront...

ONCLE PIERRE

Oui, pour mon argent... parfaitement.

i28 LE THEATRE A LA MAISON

MARIE

Pardi ! Pourquoé n'estez-vous pas aimable, au lieu de toujours bougonner? A revoir, nos petites nièces. (Elle les embrasse.) J'irai voir dans quelques jours comment va vot' papa et je vous porterai un panier de cerises...

ADÈLE

Bonjour, Marie.

ANTOINETTE

Bonjour, Marie.

ONCLE PIERRE, près de la porte.

Allons, venez, petites...

MARIE

Une seule pièce, monsieur... Vous la retiendrez sur mes gages.

ONCLE PIERRE, poussant dehors les enfants et les suivant.

Allez au diable!

MARIE, seule.

Oh ! y la donnera, y la donnera. Ça serait trop fort, s'y n' la donnait pas. Ouf! (Elle s'assied.) Je boirai une jatte de café avec plaisir.

PERSONNAGES

ADOLPHE DUFRENAY, négociant MADAME DUFRENAY ALICE, 14 ANS CHARLES, 12 ANS \ Leu EDOUARD, 10 ANS UNE BONNE

Le salon d'une famille bourgeoise dans l'aisance.

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