CHARLES
Mais pour que ce soit mieux, pour que père soit plus content.
MADAME DUFRENAY.
Il sera surtout content de savoir que vous avez écrit vous-mêmes vos compliments, parce qu'il aura la certitude que vous avez écrit ce que vous pensez. Qu'est-ce que cela peut lui faire qu'il y ait quelques fautes d'orthographe, du moment que vous lui dites des choses qui lui font plaisir, ou qui l'attendrissent, et qui montrent que vous l'aimez ?
ALICE
Il sait bien que nous l'aimons, mère; mais je ne suis pas sûre que nous le lui dirons comme il faudrait le dire.
MADAME DUFRENAY.
Il demande comme moi que vous soyez sincères; la manière d'aimer importe peu, quand on aime véritablement. Ainsi, père ne vous a pas beaucoup caressés quand vous étiez plus petits ; et maintenant que vous êtes grands, il ne vous embrasse pas non
plus comme font d'autres pères. Croyez-vous qu'il vous aime moins, pour cela? Ne vous préoccupez pas de l'accueil qui vous sera fait; lisez vos compliments, lentement, sans bredouiller, pour qu'on entende tous les mots. Est-ce bien compris?
CHARLES et EDOUARD.
Oui, mère.
ALICE
Moi, j'ai déjà le cœur qui bat d'avance. Et nous n'attendrons pas les grands-papas et la bonne-maman, les oncles, les tantes et les cousins?
MADAME DUFRENAY.
Non. Dans une demi-heure, votre père sera ici tout seul ; nous arriverons et nous lui souhaiterons la fête entre nous. Puis viendront les parents. Et à cinq heures, nous nous mettrons à table.
ALICE
Combien serons-nous, mère?
MADAME DUFRENAY.
C'est facile à compter: nous cinq; deux grands-pères et une bonne-maman, huit ; deux oncles et trois tantes, treize ; sept cousins et cousines, vingt.
EDOUARD, avec joie.
Oh! c'est beaucoup! Il faudra mettre toutes les allonges à la table. Ce sera gai!...
MADAME DUFRENAY.
Je l'espère. Allez maintenant dans vos chambres,
i34 LE THÉÂTRE A LA MAISON
et relisez vos compliments, pour être sûrs de les dire clairement.
ALICE
Tu viendras nous chercher?
MADAME DUFRENAY.
Oui.
(Les enfants sortent.)