SCÈNE VI
DUFRENAY, à gauche. A droite, s'avancent ALICE,
CHARLES, EDOUARD, MADAME DU- FRENAY et derrière eux LA BONNE, un petit bouquet à la main. Madame Dufrenay porte le bouquet de famille.
MADAME DUFRENAY.
Mon ami, c'est aujourd'hui l'anniversaire du jour de ta naissance, et nous venons te faire nos souhaits.
DUFRENAY, d'une voix claire et joyeuse.
Ah ! Ah ! J'en suis enchanté. Et qu'est-ce que vous me donnez pour ma fête ?
MADAME DUFRENAY.
Les enfants te feront leurs souhaits, d'abord. Alice, étant l'aînée, va te lire ce qu'elle a écrit elle-même, sans conseil de personne.
DUFRENAY.
Je t'écoute, Alice.
ALICE, troublée, émue, d'une voix qui meurt par moment.
« Cher père,
» Je fais des souhaits sincères pour ton bonheur, qui est mon vœu le plus cher. Je ferai mon possible pour être toujours sage et pour bien travailler à l'école, pour que tu sois content de moi, parce que quand tu me grondes je vois bien que cela te fait de la peine de
devoir me gronder. Je serai comme maman, toujours de bonne humeur pour que tu ne voies que des visages agréables dans la maison...
LA BONNE, interrompant.
Oh ! que c'est bien dit !
(Madame Dufrenay se retourne sur elle en posant un doigt sur ses lèvres; haut-le-corps de la bonne.)
ALICE, continuant.
«... Comme tu es le meilleur père de la terre, il est juste que tu sois le plus heureux, et pour ma part je travaillerai toujours pour ton bonheur. Ou sinon je serais bien méchante, et je veux être bonne pour que tu sois heureux. Cher père, je te souhaite une longue vie et une bonne santé pour toujours. »
(On doit entendre à peine ces derniers mots. ) DUFRENAY, ému, prenant Alice dans ses bras.
Merci, mon enfant. Ce que tu dis me va jusqu'au fond du cœur parce que je sens combien tu es sincère.
(Il l'embrasse.) LA BONNE, prête à pleurer.
Oh! oui, ça, que c'est bien dit, allez!
MADAME DUFRENAY.
A toi, Charles.
CHARLES, commençant d'une voix forte, qui va en s'affaiblissant.
« Cher papa, c'est aujourd'hui ta fête. Maman me
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l'a dit, mais je le savais parce que je l'ai marqué l'année dernière sur un calendrier. Je viens t'embrasser comme je t'aime, de tout mon cœur, mais pas mieux que tous les jours, parce que tu es tous les jours le même papa, et que je suis tous les jours ton fils Charles, qui t'aime tant qu'il peut. Pardonne-moi, cher papa, le mal
que je t'ai. . . fait. . . et. . . et. . . (il ne voit plus à travers ses larmes)
cher papa... »
(Il se jette dans les bras de son père, en sanglotant.) DUFRENAY, très ému.
Cher enfant!...
LA BONNE, pleurant.
Et c'est vrai, il a fait ça tout seul, voyez- vous, madame. Je l'ai vu écrire.
MADAME DUFRENAY.
Oui, Marie, tout seul. Et il pleure aussi sans qu'on le lui commande, parce qu'il a bon cœur. A toi, maintenant, Edouard.
EDOUARD, très vite.
« Cher papa, c'est aujourd'hui ta fête et je dois t'écrire combien je t'aime pour te dire que tu es bon et que tu dois vivre longtemps avec une bonne santé pour que tu sois toujours content et pour que nous t'aimions jusqu'à la fin de nos jours toujours plus avec maman et Marie aussi dans la maison sans jamais nous quitter cher papa. »
(Il étouffe, sans pleurer, et va se jeter sur son père, qui le soulève et le tient serré sur sa poitrine.)
DUFRENAY, fort attendri.
Oh ! mes chers, chers, chers enfants !
(Il les prend tous trois dans ses bras. Mmc Dufrenay s'avance.) MADAME DUFRENAY.
Et moi! On m'oublie. J'ai pourtant aussi quelque chose à dire.
DUFRENAY.
Encore ! . . . Épargne-moi .
MADAME DUFRENAY.
Prends au moins mon bouquet, mon ami, et embrasse-moi. Tu vois que rien ne peut empêcher d'être heureux, et qu'il n'y a pas de catastrophe qui tienne contre l'amour.
DUFRENAY.
Comme tu as raison !
(Ils se tiennent çmbrassés.) LA BONNE, pleurant sans contrainte.
Monsieur,... j'ai apporté un bouquet. Est-ce que je peux vous le donner?
DUFRENAY, prenant le bouquet.
Certainement, Marie, certainement. Et vous me permettrez de vous embrasser aussi.
LA BONNE, pleurant toujours.
Ah! mais... c'est... que j'ai le visage tout mouillé.
(Elle s'essuie avec son tablier.)
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DUFRENAY.
Cela prouve que l'expression du vrai bonheur peut aller jusqu'aux larmes.
(Il l'embrasse.) LA BONNE, se sauvant.
Et mon rôti, pendant ce temps-là !
(Tout le monde rit.) DUFRENAY.
Maintenant, voici l'heure où nos parents, nos amis, vont arriver. Nous ne leur montrerons que des visages satisfaits, malgré tout, et j'espère que cette journée s'achèvera gaiement, quoi qu'en puissent penser M. Petterman et tous les coquins de son espèce.
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