‹ Le théâtrè a la maison. Illustrations d'Amédée LynenChapitre 7 sur 65 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SOPHIE, venant de la gauche, ADELE.

ADÈLE

Eh bien, cette mauvaise humeur, elle est donc passée?...

SOPHIE

Pas du tOUt. (Elle s'assied à la seconde croisée.) On ne peut

vraiment pas oublier tout de suite vos méchancetés. Je ne sais pas ce que vous avez, Adèle, à nous irriter ainsi à plaisir...

Vous n'avez pas le sens commun. Est-ce à vous que j'en veux? Cette sotte de Prudence, qui n'a plus que le général dans l'esprit, ne mérite-t-elle pas une leçon? Vous, vous pourriez encore songer au mariage ; elle, est-ce que c'est permis?... Mais voilà: vous montez comme une soupe au lait et vous partez en faisant claquer les portes...

SOPHIE, aimable.

Il me semblait que vous m'adressiez vos observations, pourtant.

ADÈLE

Vous avez la berlue.

SOPHIE, embarrassée.

Alors... si le général... se déclarait... Vous ne seriez pas... jalouse?

ADÈLE

Ah ! bien non [...Jalouse ! Je hausserais les épaules, voilà tout !

SOPHIE

Pourquoi donc?

ADÈLE

Parce qu'il faudrait être folle, à votre âge, pour épouser ce podagre. Oubliez-vous qu'il pourrait être votre père? Un pareil mariage serait presque un déshonneur et on dirait pis que pendre d'une jeune fille qui se respecterait assez peu pour devenir la servante de ce monsieur, parce qu'il est général, décoré et pensionné.

Vous croyez que... que je suis trop jeune.

ADÈLE

Mais oui, que je le crois. Si j'étais vous, j'aurais d'autres prétentions. Vous devriez épouser un homme de quarante-cinq ans, quarante-huit au plus, un veuf qui a de l'expérience, et s'il a un ou deux enfants, tant mieux, ça vous fera tout de suite une famille.

SOPHIE, riant.

Oui, oui; mais cet homme-là ne se trouve pas tous les jours.

ADÈLE

J'en connais un, moi, et un qui vaut cent fois le général.

SOPHIE, vivement.

M. Thibaut!

ADÈLE

Certainement. M. Thibaut, à la bonne heure ! Voilà un mari ! Il est encore très vert ; il est gai ; il est à la tête d'un commerce qui prospère ; il a besoin d'une femme pour l'aider — pour l'aimer. Et si vous le désirez, à la première occasion... sans avoir l'air... je lui ferai comprendre...

SOPHIE

Oh ! prenez garde, Adèle : je ne veux pas qu'on me jette à sa tête.

Soyez donc tranquille. N'êtes-vous pas ma sœur, et ne suis-je pas en même temps quasiment votre mère? Fiez-vous à moi.

SOPHIE, baissant les yeux.

Ce que vous ferez sera bien fait !

ADÈLE

A la bonne heure ! Vous voilà au moins raisonnable ; venez vite m'embrasser.

SOPHIE

Oh ! bien volontiers.

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