‹ Le théâtrè a la mode au 18e sìecle. (Il teatro alla moda) Traduction précédée d'une étude sur Marcello, sa vie et ses œuvresChapitre 15 sur 26 · AUX MACHINISTES ET AUX PEINTRES · texte numérisé non relu

AUX MACHINISTES ET AUX PEINTRES

Les machinistes s'efforceront de servir le directeur au plus bas prix et d'en obtenir le privilège de diriger tous les opéras; ils céderont ensuite ce droit pour deux tiers en moins de leur prix à des peintres ordinaires qui ne feront du travail que pour la valeur de ces deux tiers.

Les machinistes pas plus que les peintres modernes ne connaîtront la perspective, l'architecture, le dessin, le clair-obscur, etc. Ils observeront cependant que les scènes d'architecture, au lieu d'avoir un ou deux points de vue, en aient quatre ou six pour le moins, afin que par cette variété l'œil du spectateur soit plus amplement satisfait.

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Ils peindront une majestueuse tenture sur les deux premiers panneaux, de sorte qu'ils puissent servir à tous les changements , même pour les bois et les jardins, afin que le chanteur ne se refroidisse pas en jouant à ciel ouvert. Les changements de décors ne se feront pas ensemble ; on tiendra les horizons très étroits pour que la scène soit aussi restreinte que possible et que l'on n'ait besoin que d'un faible éclairage.

Les salons, les prisons, les chambres, etc., n'auront ni portes ni fenêtres , par le motif que les acteurs, entrant du côté le plus voisin de leur loge et sachant leurs rôles par cœur, n'ont pas besoin de lumière. Dans les changements qui devront représenter la mer, la campagne, un précipice, un souterrain, etc., le théâtre sera débarrassé des écueils, des rochers, des herbes, des troncs d'arbres, etc., de façon à laisser le champ libre aux acteurs; si, par aventure, l'un des personnages doit dormir, un page ou un domestique apportera un banc de gazon avec un appui de côté, afin que l'acteur puisse placer son coude et dormir plus commodément pendant que les autres chanteront.

La lumière devra porter tout entière sur le

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milieu de la scène et un peu sur les lambris de côté. Quand le ciel devra être illuminé par un corps étranger, on n'éclairera pas le lointain, car on ferait une trop grande dépense de luminaire.

Si l'action exige un trône, on le composera de trois escabeaux et d'une chaise; on y ajoutera un parasol quand il devra servir à la première dame; mais pour un ténor ou une basse, les escabeaux et la chaise suffiront.

Le peintre moderne renforcera la couleur des décors qui devront être le plus loin de la vue des spectateurs, afin de s'écarter le plus possible de l'école ancienne qui posait en principe, qu'il faut adoucir la couleur à mesure de l'éloignement, pour que la scène paraisse plus vaste : le machiniste et le peintre modernes s'efforceront, au contraire, de la rapetisser.

Les appartements royaux seront aussi étroits que des cabinets ou des prisons; les colonnes devront être plus petites que les acteurs afin que le décor en contienne un plus grand nombre, pour l'entière satisfaction du directeur.

Les statues ne seront pas dessinées d'après les lois anatomiques; on sJy appliquera pour les

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arbres, les fontaines, etc. Si l'on doit représenter d'anciens navires, on les construira sur le modèle de ceux d'aujourd'hui. Les arsenaux de Xerxès, de Darius ou d'Alexandre seront garnis de bombes, de fusils, de canons, etc.

C'est surtout à la scène finale que les machinistes et peintres modernes seront obligés de donner tous leurs soins ; car cette scène étant presque toujours faite pour la foule non payante, il est juste qu'elle excite au moins ses applaudissements. La décoration sera un épilogue de toutes les scènes de l'opéra et formera un mélange des bois, des prisons, de la mer, des salons, des fontaines, des ruisseaux, des chasses à l'ours, des tentes, des festins, des flèches, etc., surtout si on veut représenter le royaume du Soleil, de la Lune, du Poète, du Directeur, etc. On fera descendre du haut ce décor tout illuminé et chargé de comparses figurant les Divinités de l'un et de l'autre sexes, tenant en mains les instruments et les attributs des fonctions auxquelles ces dieux président. Enfin, par un motif d'économie louable, dès que l'on approchera de la fin de l'opéra, on éteindra les lumières de ce décor.

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