AUX COPISTES
Les Copistes s'entendront d'avance avec le directeur pour le prix de copie de l'opéra, et le feront écrire à six sols la feuille, y compris le papier, les plumes, l'encre, la poudre, etc. En copiant les rôles, ils ne s'inquiéteront pas des fautes, des paroles tronquées, des clefs, des accidents, des pages laissées en blanc, etc.
Quand des étrangers leur manifesteront le désir de leur acheter de la musique, ils leur
1 La gravure en musique et la lithographie ont fait disparaître cette industrie qui était d'un assez bon rapport, puisqu'elle a pu faire vivre J. J. Rousseau, qui ne l'exerçait cependant pas avec une grande ardeur.
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vendront, sous le nom des meilleurs artistes, d'anciens airs d'opéras, de vieilles cantates et même de vieux papiers. Ils sauront composer, chanter, jouer, réciter, et réduiront les airs de l'opéra en chansons de gondoliers.
Etc., etc., etc.
Les avocats du théâtre permettront au directeur de faire répéter l'opéra chez eux; ils tiendront les écritures des acteurs, des instrumentistes, des machinistes, comparses, ours, poète, etc. Ils seront juges sans appel des ballets et des intermèdes; ils aplaniront les difficultés qui pourraient s'élever entre le directeur et les chanteurs, et conduiront gratis au théâtre plusieurs masques, afin que ni la foule ni les applaudissements n'y manquent.
Etc., etc., etc.
Les protecteurs du théâtre iront avec le directeur recevoir les cantatrices ; ils se tiendront masqués à la porte du théâtre, en surveilleront attentivement l'entrée, mais laisseront passer
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sans payer tous ceux qui leur plairont. Tous les jours ils iront voir les actrices; ils s'occuperont des appartements à retenir pendant les répétitions de l'opéra; ils s'assoiront auprès de la première dame, de l'Ours, etc. Ils apaiseront les acteurs qui auront des discussions avec le maître de chapelle, le directeur, le cordonnier, le tailleur, etc.
Etc., etc., etc.
Les masques de l'entrée du théâtre et les soldais avec leurs épées rouillées seront vigilants et rigoureux dans leur consigne tant que le directeur sera présent. Aussitôt qu'il sera parti, ils accorderont l'entrée gratuite à tous les masques ' dont ils auront reçu des gratifications dans la journée. Ils ne remettront pas au protecteur ou au masque chargé de ce soin tous les billets restant en sus de ceux qu'ils auront placés; ils en conserveront quelques-uns qu'ils vendront un tiers en moins du prix ordinaire, dans le seul but d'amener beaucoup de monde au théâtre.
1 Nous ne comprenons plus cet usage aujourd'hui; mais au siècle dernier, et particulièrement à Venise, on n'allait guère au théâtre que masqué.
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Ils restitueront à leurs amis le prix de leurs billets une heure après l'avoir reçu; lorsque quatre masques se présenteront, ils n'en feront payer qu'un et rendront l'argent au premier d'entre eux qui sortira.
Etc., etc., etc.
Les receveurs ou caissiers pèseront toutes les pièces d'or et d'argent, et lors même qu'elles auraient le poids, ils diront qu'il y manque quelque chose. Ils rendront l'appoint en même monnaie, de telle sorte qu'avec le reliquat du déchet supposé, ils n'aient qu'à ajouter quelques sols. Si un masque, qu'ils croiront être étranger, leur demande quel est le prix du billet, ils lui diront toujours une livre de plus que le tarif.
Etc., etc., etc.
Les protecteurs des actrices seront très assidus, très jaloux et très désagréables. La plupart du temps ils n'entendront rien à la musique, mais ils accompagneront ces dames aux répétitions et porteront leurs rôles, leur chaufferette, leur capuchon, leur perroquet, etc. Ils sauront par cœur tous les rôles de la cantatrice et les
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lui souffleront en se tenant derrière sa chaise ; ils se querelleront avec le directeur et se garderont, autant que possible, de saluer les autres actrices.
Ils feront des cadeaux au poète et au maître de chapelle pour qu'ils donnent un beau rôle à la virtuose; ils recommanderont aux souffleurs, aux pages, aux comparses de ne s'occuper que d'elle tant qu'elle sera en scène; ils leur raconteront qu'en trois ans elle a chanté soixante opéras; qu'elle est un ange; qu'elle a Fâme généreuse ; qu'elle est de naissance et d'éducation distinguées; qu'elle ne ressemble pas aux autres actrices; qu'il est malheureux pour elle d'avoir été obligée d'embrasser cette profession, etc.
Ils se garderont de faire l'éloge des autres cantatrices et du théâtre où leurs protégées ne sont pas engagées ; ils diront que les appointements de la virtuose sont des deux tiers plus élevés que ne le marque l'engagement. Ils porteront des gilets, des camisoles, des jabots brodés avec les roulades, les trilles, les arpèges, les cadences de la cantatrice, à laquelle ils feront cadeau d'une robe ou d'une montre pour la
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répétition générale. Ils seront sur la scène en même temps que la virtuose, à la disposition de laquelle ils tiendront de la réglisse, des sels volatils, l'air nouveau, un miroir, des fruits, des odeurs de toute sorte, etc. Si elle tient l'emploi de seconde dame, ils exigeront qu'elle ait des pages, un trône, un sceptre et une queue aussi longue que celle de la prima donna.
Etc., etc., etc.