AVANT-PROPOS
De la longue histoire du Théâtre de Metz, si bien racontée par M. Jean- Julien, je ne voudrais retenir qu'une considération générale. Cest, depuis Vannée 1412 jusqu'en 1870, l'emploi exclusif du français sur la scène messine, l'étroite alliance de la société de Metz avec l'ensemble de la société française. Du temps où les mystères composent le spectacle favori des Parisiens, nous avons les nôtres au même titre que Paris. La tragédie et la comédie du règne de Louis XIV, les pièces de Corneille, de Racine, de Molière, sont adoptées à leur heure par le Théâtre de Metz.
Puis vient la comédie plus aiguë du dix-huitième siècle, le Mariage de Figaro, l'avènement du romantisme avec Hernani, sans préjudice de l'opéra et de l'opéracomique, toujours très appréciés dans une ville de garnison.
M. Jean- Julien a énuméré avec beaucoup de raison les artistes fameux qui, en faisant leurs tournées de province, s'arrêtaient à Metz, entre autres M"^ Rachel, dont les représentations eurent le plus grand succès.
fêtais encore au Collège lorsqu'elle s'arrêta chez nous, et je fis mes débuts dans le journalisme en apportant à rindépendant de la Moselle, gui voulut bien le publier, un compte rendu des pièces qu'elle avait jouées. C'est bien de prendre des maîtres que Paris nous envoyait, mais il est juste de rappeler aussi ce que Paris nous doit: D'abord le grand compositeur Ambroise Thomas, né et élevé à Metz, qui y a reçu les premiers éléments de son éducation musicale; puis le ténor Dupré, qui a jait ses premières armes au Théâtre de Metz avant d'illustrer la scène de l'Opéra. Ainsi se continue à travers les âges la parenté historique de l'esprit messin et du génie de la France.
Alfred M£Z1£RES,
de P Académie française.
Les premières représentations théâtrales, vulgairement nommées « Les Mystères », furent données à Metz presqu'en même temps qu'à Paris.
Les « Mystères » avaient le plus souvent des religieux pour acteurs et étaient suivis par une foule d'étrangers, outre les habitants des villages voisins qui s'y rendaient en procession.
Ce sont nos chroniqueurs et entre tous Philippe de VigneuUes, qui nous ont apporté les bruits des coulisses de ces théâtres en plein vent, qui n'étaient en somme qu'une œuvre de propagande religieuse; c'est la dévotion de nos aïeux :
Qui sottement zélée en sa simplicité
Joua les saints, la Vierge et Dieu par piété.