RÈS LES ARCHIVES MUNICIPALES DE METZ
avoir été délaissé en partie, mais qui ne sera jamais oublié. Quelquefois aussi, les essais dramatiques et lyriques de nos compatriotes y furent représentés. En suivant l'ordre chronologique, nous les mentionnerons à leur date : Le 17 février 1774 fut joué une tragédie du baron de Tschudy, bailli de Metz et de Colombey; cette pièce intitulée : Rosalie de Lusignan, n'eut pas un bien grand succès au théâtre de Metz.
Le 20 mars 1776, les sieurs Dupuis et Denesle furent agréés en qualité de directeurs en remplacement de Fleury qui tenait la direction depuis le 21 janvier 1771. Ce traité, renouvelé en 1783, fut continué jusqu'à la Révolution.
D'après un relevé établi en 1777, la salle contenait 1.384 places, devant produire 1.806 francs (1).
Nous donnons la reproduction du plan de l'Hôtel des Spectacles déposé aux Archives municipales le 1 1 février 1776.
En 1783, à l'occasion d'un voyage à Metz de Monsieur, plus tard Louis XVIII, on joua en sa présence V A-propos du cœur, scène lyrique de la composition de M. Crux, acteur du théâtre messin (2).
A cette époque, M. le maréchal duc de Broglie, gouverneur, publie, de par le Roi, un nouveau règlement pour la salle de spectacles, où il est fait défense aux gens de livrée et aux perruquiers en habits de travail d'aller au parterre; l'on y voit que l'autorité militaire s'est entièrement emparée de la direction et de la police du théâtre. Il y a deux fonctionnaires au parterre chargés de faire mettre chapeau bas quand la toile se lève, etc.
En 1787, le directeur jouit de l'hôtel des spectacles gratuitement, de deux logements qui s'y trouvent, d'un magasin de décorations, et reçoit une subvention de 4.000 livres. Voici par quelles considérations on obtenait de la ville ce sacrifice, auquel le conseil souscrivait avec assez d'empressement : « Metz, y était-il dit, ne peut plus « se passer de théâtre. Ville forte, place frontière, toujours gardée « par une nombreuse garnison, on doit sentir la nécessité d'y occu- « per les loisirs de MM. les officiers et d'y favoriser l'établissement
(1) Archives municipales, port. 944.
(2) Crux, auteur de quelques comédies, de beaucoup de petits vers et d'un dictionnaire dramatique dont les fragments ont passé dans les Affiches des Trois- Évêchés, était, de plus, grand parleur, et faisait son discours à chaque ouverture et fermeture du théâtre.
« d'une école de bonnes mœurs, de politesse et de bon goût ».
Froissée depuis longtemps par l'autorité militaire, qui l'a évincée jusqu'alors des affaires du théâtre, qui a ordonné des constructions dispendieuses contre son gré, mais en revanche qui les lui a fait largement payer, et en lui infligeant l'humiliation de ne point visiter ses propres travaux, la municipalité ouvre une délibération par laquelle il est décidé que le théâtre appartenant à la ville et que celle-ci ayant toute juridiction sur ses domaines, étant chargée, par les décrets, de la police des lieux publics et, dès lors de celle du théâtre tout particulièrement, il sera notifié à M. le marquis de Bouille, gouverneur, qu'elle s'occupera dorénavant du règlement du théâtre; et en effet, le 13 avril 1790, c'est le maire qui le publie. Cette date explique suffisamment la nouvelle attitude de la municipalité (1).
VAlmanach des spectacles pour 1792 (2) donne les détails suivants sur le théâtre de Metz : « La salle de spectacle est jolie, il y a « trois rangs de loges, le théâtre est trop resserré, l'avant-scène sur- « tout est étranglée par des loges nouvellement faites. On peut y « faire 2.400 livres, mais quand la salle est pleine. Le spectacle n'est « florissant qu'en raison de la garnison plus ou moins nombreuse. « Les prix des places sont de 48 sols les premières loges, 24 sols les « secondes, 12 sols les troisièmes et le parterre. Acteurs : MM. de Nesle, « Belval, Dupuis, Ducros, Crux, Oyez, Milord, Devent, Sacredié et « Duteillis; M™<=s de Nesle, Nicolas, Oyez, Milord, Duchaumont, « Mimi; Maître de musique, M. Boilvin, seize musiciens, sans compter « ceux qui n'y sont pas ».
La Révolution ferma le théâtre de Metz; cela devait être ainsi, la tragédie, suivant l'expression de Ducis, n'était plus sur la scène, elle courait les rues. Devant le théâtre se dressait la guillotine et la place se nommait de « l'Egalité ».
Sur le parapet central de la terrasse qui s'étend au-dessus des arcades du portique du théâtre, l'acteur Belval, membre de la commune, avait fait peindre une tirade de Voltaire, encadrée de filets aux trois couleurs. Voici cette imprécation tirée de la tragédie de Brutus (acte l^r, scène 2, Brutus aux sénateurs romains) :
(1) Simon Favler, ouvrage déjà cité.
(2) Paris, in-16, p. 227.
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