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Si dans les rues de Metz, oil se trouvait un traître
Qui regrettât les rois et voulût un maître,
Que le perfide meure, au milieu des tourments ;
Que sa cendre coupable, abandonnée aux vents,
Ne laisse ici qu'un nom plus odieux encore
Que le nom des tyrans que Metz entière abhorre/ ( 1 )
Avant la Révolution, les directeurs avaient non seulement la jouissance gratuite de la salle, mais encore une subvention annuelle qui variait de 4 à 6.000 francs. Ils n'avaient à payer ni les droits d'auteur, ni les droits des pauvres, et l'abonnement forcé de la garnison assurait un fonds fixe d'une certaine importance, puisqu'il s'élevait environ à 30.000 francs par année. Malgré tous ces avantages, en l'année 1795, les directeurs abandonnèrent la direction et les acteurs réunis en société achevèrent la saison. En 1800, la position sembla changer : la ville passa un contrat de sept années avec une société pour l'exploitation du théâtre, moyennant le prix de 1.000 fr. par année, à condition que ladite société monte régulièrement, pendant toute la durée du bail, un spectacle complet; qu'elle procure les meilleurs acteurs et actrices des deux genres et le nombre nécessaire d'instruments pour entretenir un bon orchestre lequel devait donner toute satisfaction à l'administration et au public.
Mais cet âge d'or ne dura pas longtemps. Dès l'année suivante, la société s'étant dissoute, deux de ses membres consentirent seuls à continuer. Ce furent les acteurs Dupuis et Crux. Quelque temps après, ce dernier se retira à son tour laissant à Dupuis la tâche de continuer seul à diriger la scène messine.
On donnait alors cinq représentations par semaine; les prix des places étaient toujours les mêmes : les premières à 3 livres, les deuxièmes à 2 livres 8 sous, et le parterre et les troisièmes à 12 sous. L'abonnement de l'Ecole d'application produisait 3.952 livres, et celui de la garnison, qui se faisait par bataillon, à raison de 150 livres par mois pour trois représentations par semaine, produisait 2.550 livres par mois ou 30.600 livres par année; un certain nombre de soldats étaient admis gratuitement en faveur de l'abonnement des officiers.
(1) Rome est remplacée ici par Metz.
En 1805, ce courageux directeur se trouvait dans une situation embarrassante, il avait tout perdu, tout sacrifié pour le théâtre. Ruiné par le papier-monnaie, il n'aurait pu continuer si l'on ne fût venu à son secours.
Pour l'aider, la ville renonça au loyer de 1.000 francs et lui accorda une subvention de 4.000 francs pour 1806.
Durant cette même année, le 2 février, il y eut une représentation de gala. La salle fut richement décorée pour recevoir la visite du prince héritier de Bavière qui devait se rendre à Paris après avoir visité Metz.
Dupuis continua jusqu'en 1810 avec une subvention de 3.000 francs, mais un jour, il vint annoncer sur la scène qu'il était complètement ruiné, qu'il ne pouvait plus continuer et sollicitait son entrée à l'hôpital.
En égard à ses longs et loyaux services et aux pertes importantes qu'il avait éprouvées par des causes imprévues, le gouvernement, sur la demande du préfet, lui accorda une pension de retraite de 600 francs.
Le sieur Herbelot remplaça Dupuis et fut chargé de la direction des théâtres de Metz et de Nancy.
Il organisa une troupe pour chaque genre, lesquelles jouèrent alternativement pendant trois mois consécutifs dans chaque ville. Il accusa pour 1812 une perte de 27.000 francs. Comme il n'avait reçu aucune subvention, il réclama près du maire, près du préfet, près du ministre de l'Intérieur et finit par adresser un mémoire au roi, dans lequel il qualifie la direction de Nancy de « terrible fardeau ».
La perception du droit sur les théâtres forains, concerts, etc., ne paraît dater à Metz que de cette époque; en effet, le 5 novembre 1812, le préfet, M. de Vaublanc, publia un arrêté à ce sujet, approuvé par le ministre de l'Intérieur.
Le passage considérable de troupes, en 1813, favorisa l'entreprise de M. Herbelot. Il y avait alors à Metz 50.000 hommes, sans compter le nombreux personnel du quartier général de l'armée. Ces circonstances exceptionnelles lui permirent de faire de bonnes affaires. Le blocus de la ville de Metz, en 1814, n'interrompit même pas les spectacles.
Le 14 janvier 1814, les troupes alliées étant entrées à Nancy, la troupe d'opéra ne put revenir à Metz à l'époque ordinaire, alors que les portes étant fermées, la troupe de comédie ne put en sortir.
Herbelot se retira en 1815; il eut pour successeur Jules Ferrand,
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lequel conserva la direction pendant neuf années; mais quoiqu'il fut aussi actif qu'intelligent, il ne fut pas plus heureux que Dupuis.
A cette époque, un ordre de la division annonça à MM. les officiers supérieurs qu'ils ne seraient plus tenus de faire abonner leurs officiers. Jusque-là, MM. les officiers des différents grades de l'armée avaient des places assignées dans la salle de spectacles : les chefs de corps avaient deux bancs réservés au parquet, les capitaines devaient se placer au parquet, les lieutenants et sous-lieutenants au parterre.
A partir de cette époque, on ne tint plus aucun compte de cet ordre.
L'existence d'un autre théâtre est signalée en 1824. C'était une société d'amateurs qui donnait ses représentations rue de la Fontaine, dans une dépendance du Café Sainte-Anne.
Le 10 novembre 1825, le nommé Payssac, qui succéda à Ferrand, accusa un déficit de 23.588 francs et demanda un secours. Le maire reconnut l'exactitude de ce déficit et, dans la crainte de voir fermer le théâtre, lui fit payer la totalité de la subvention de 6.225 francs portée au budget de cette année, laquelle ne devait lui être payée que par douzièmes. Le Conseil déclara cette somme suffisante et se refusa à rien faire de plus.
Quelque temps après, Payssac fit faillite. Le maire invita les acteurs à continuer à jouer pour leur compte jusqu'à ce que le Conseil ait pris une détermination. Jusqu'à la fin de la saison théâtrale, l'exploitation eut lieu en régie sous la surveillance d'une commission nommée parmi les membres du Conseil municipal. Cette régie fut continuée l'année suivante avec succès, les recettes s'élevèrent à 164.604 francs et les dépenses à 163.922 francs.
L'excédent des recettes servit à acheter des meubles pour garnir le foyer. La Commission fonctionna très activement; tous les services avaient été bien surveillés et la subvention, qui était de 9.000 francs, ayant été reconnue insuffisante, fut portée à 12.000 francs.
En 1827, la salle de spectacles fut de nouveau laissée à une entreprise privée, qui fut dirigée par M. Pollin et M'"'' Berthier, lesquels furent déjà remplacés le 21 avril de l'année suivante par l'acteur Delille, dit Marsilly. Dès le 12 août, ce directeur se trouvant déjà dans l'embarras sollicita un acompte de 4.000 francs sur les 12.000 de la subvention, ce qui ne l'empêcha pas de faire faillite, le 25 décembre. Les acteurs achevèrent la saison en société. Cette même année, le 4 septembre, le roi Charles X, de passage à Metz, se rendit au spectacle. La salle était remplie d'une foule immense; toutes les
loges étaient occupées par les hauts fonctionnaires et par les dames. Des cantates adaptées à la circonstance furent chantées et vivement applaudies. A l'issue du spectacle, un feu d'artifice préparé par les artilleurs-élèves de l'Ecole centrale de pyrotechnie militaire, fut tiré sur la place de la Comédie. Le Roi et le Dauphin étaient placés sous une tente disposée sur la terrasse du théâtre.
En 1829, la situation s'améliora sensiblement. Le nouveau directeur, M. Clément, qui était un artiste de mérite, introduisit au répertoire quelques nouveautés qui augmentèrent le nombre des spectateurs, ce qui naturellement produisit un heureux résultat pécuniaire. Parmi les pièces nouvelles, nous voyons Hernani, le beau drame de Victor Hugo, qui venait d'être représenté à Paris pour la première fois. Pour encourager ces efforts et témoigner sa satisfaction, le Conseil vota une augmentation de subvention.
En 1833, M. Bompard, maire de Metz, usant du droit qu'il s'était réservé, par son traité avec le directeur du théâtre, d'empêcher la représentation de toute pièce immorale ou contraire au respect dû aux autorités, lui prescrivit de rayer de son répertoire la pièce intitulée V Incendiaire, jouée une fois.
Le public s'émut de cette défense et troubla le spectacle pendant trois jours; le maire fut injurié à la sortie de la salle et poursuivi jusqu'à son domicile. Sur sa plainte, un des principaux auteurs du tumulte fut condamné à trois mois de prison. Le Conseil municipal, sans désapprouver la conduite de M. Bompard, en référa cependant au Préfet, M. de Sers, qui n'appuya que faiblement le maire. M. Bompard prit dès lors le parti d'autoriser la représentation de l'ouvrage défendu et d'envoyer sa démission au Préfet. On tenta de le remplacer, mais en vain. Le Ministre de l'Intérieur lui écrivit pour l'inviter à reprendre ses fonctions; il refusa.
Les membres du Conseil municipal s'étant, en majorité, rendus auprès de lui pour le prier de céder, il accorda à ses concitoyens ce qu'il avait refusé au Ministre et il reprit ses fonctions. (Il fut réélu en 1837, démissionna en 1839, et mourut à Thionville, le 28 février 1867).
En 1835, M. Clément ayant reculé devant le refus d'une allocation de 10.000 francs, au lieu de 12.000 que lui faisait la ville, une Société de quarante actionnaires se forma pour soutenir les charges de l'Administration théâtrale. Ces actionnaires versèrent chacun 1 .000 francs, à condition qu'ils auraient leurs entrées libres pendant toute l'année, et qu'ils partageraient les bénéfices éventuels. M. Desvignes
fils, directeur du Conservatoire de musique, fut nommé directeur avec privilège, pour deux ans, aux appointements de 3.000 francs fixes, plus une part notable dans les bénéfices. L'affaire fut désastreuse : pour la seule saison de 1835-36, les actionnaires perdirent chacun 400 francs.
L'année suivante, un nommé Chamarande fit faillite au bout de sept mois de son administration.
Le directeur qui vint ensuite, M. de Saint- Ange, resta deux années. Son successeur, un nommé Germain, ouvrit le théâtre le 5 octobre 1839 et, juste un mois après, le 5 novembre, il fut déclaré en faillite; les acteurs, sous la direction de M. Elle, terminèrent la saison.
En 1840, les théâtres de Metz et de Nancy furent dirigés par M. Baptiste, avec une troupe pour chaque ville.
Le directeur du théâtre pour les années 1841-1842 était un nommé Colson.
De 1842 à 1845, la direction fut occupée par M. Person, la subvention fut élevée à 24.000 francs. Son administration fut plus soignée et plus heureuse que les précédentes ; il releva notablement le prestige des représentations en n'engageant que des artistes de valeur et en même temps, il rechercha le concours des célébrités parisiennes de passage. En 1844, ce fut le célèbre comique des Variétés, Hoffmann, né à Basse- Yutz, près de Thionville, qui donna une série de représentations pendant le mois d'août (1).
Après M. Person, la scène messine fut dirigée par M. Warin, qui resta pendant deux saisons. L'année 1845 est particulièrement intéressante par les pièces qui furent représentées. Au commencement du mois de septembre un imprésario allemand, M. Hehl, fit jouer les opéras les plus remarquables de l'Allemagne et de l'Italie : Le Freichutz, Norma, Don Juan, Lucie de Lamermoor, Roméo et Juliette ; c'était la première fois que l'on jouait en allemand sur notre scène. A la même époque, les Messins eurent le bonheur d'applaudir la grande tragédienne Rachel dans Phèdre, Virginie et les Horaces. Il y eut foule au théâtre; un chroniqueur écrivait : « que les spectateurs étaient accourus de loin, des petites villes, des châteaux des environs. Plus d'un gentilhomme campagnard oublia pour M'u^ Rachel (2)
(1) Cet artiste est revenu plusieurs fois à Metz, notamment en 1856, année de sa mort.
(2) Mlle Rachel reparut sur notre scène en 1848, et pour la dernière fois, les 23 et 24 juillet 1852.
les dernières gerbes de blé à rentrer ou bien les plaisirs renaissants de la chasse ».
M. Warin s'étant retiré, les spectacles furent de nouveau dirigés d'une manière déplorable jusqu'en 1850. Colson, qui avait déjà été directeur en 1841, n'acheva pas la saison de 1847. Lemonnier, en 1849, abandonna la direction, laissant les acteurs terminer la saison tant bien que mal.
A partir de 1850, nous nous trouvons enfin en présence d'une ère de prospérité. Le nouveau directeur, M. Jourdain, réhabilita notre théâtre au point de vue artistique. Avec une troupe d'élite, il déploya une prodigieuse activité en faisant représenter les ouvrages les plus en vogue, les plus goûtés des scènes parisiennes et cela avec une mise en scène très soignée et de nombreux décors nouveaux. Le public accueillit avec empressement ces réformes inattendues, et il accourut pour applaudir les pièces nouvelles.
Le 10 février de cette même année, à l'occasion du carnaval, nous avons remarqué au programme une petite pièce d'un intérêt tout à fait local : Le GraouUi ou le maire et le pâtissier, vaudeville tiré des chroniques de Metz et de Woippy, dont l'auteur garda l'anonymat.
Parmi les pièces nouvelles qui furent représentées en 1850, citons: Le Songe d'une nuit d'été, de notre compatriote Ambroise Thomas; Le Prophète, de Meyerbeer, qui fut donné sur notre scène dix-huit fois dans l'espace de deux mois. Dans cette pièce, on admira beaucoup les magnifiques décors, parmi lesquels : la vue des remparts et de la ville de Munster, l'effet de neige, et l'intérieur de la cathédrale de cette ville, dus au talent de M. Auguste Migette. Puisque nous avons nommé l'artiste Migette, profitons pour emprunter à l'auteur de sa biographie, M. Ad. Bellevoye, quelques notes sur son œuvre au théâtre de Metz (1) :
M. Migette, élève du décorateur en renom des théâtres parisiens, devait naturellement songer au théâtre de sa ville d'adoption. De retour dans sa famille en 1832, il rapportait beaucoup de croquis de décors auxquels il avait travaillé, des études peintes de costumes d'après les belles collections du Louvre et du Luxembourg.
Il proposa à la municipalité une décoration dont il présentait le croquis. 11 ne demandait à la ville que la fourniture des châssis et des couleurs.
(1) Voir: Notice biographique sur Augure Migette, peintre et professeur de dessin, par Ad. Bellevoye; Metz, Even 1886, brooh. in-8.
Cliché Prillot, Metz.