‹ Le théâtre à Montréal [microforme]Chapitre 14 sur 57 · DIVORÇONS · texte numérisé non relu

DIVORÇONS

em

en génie bienfaisant. Il se mettrait en charpie afin d'embellir davantage les jours heureux qui pointent à l'horizon, Il fera les choses en prince, pendant qu'en réalité, il sape par la vanité, le ridicule et bientôt la jalousie, l'édifice de rêve élevé dans le silence des nuits et à l'ombre des charmilles. Ii approuve, absout, ineline à croire que sa femine est la plus raisonnable des épouses de la terre, qu'elle a cent fois raison de vouloir divorcer, Madame se grise de celle conciliation qu'il brûle devant ses n: ‘ines hale- Lantes. C’est un délire d’étonnement. Cvprienne est remuée Jusqu'au fond de son âme. papillonne et blasée, Cette jovialité, ce désir de la voir satisfaite que feint son mari, la met « aux oiseaux ». Vraiment, dans ses plus beaux rêves, elle ne s'était pas forgé une félicité nouvelle, si pleine d'imprévu et de bon compte, Ce mari-à commence à devenir plus charmant qu'il ne lavait jamais été. Est-il assez bon garcon, il eXcuse tout, sourit, à tout, même à ses petites fredaines amoureuses, dans les bosquets de verdure, Ah !'quel bon petit mari,

IV à néanmoins, encore du crime dans l'air.

Monsieur est trop calme, trop bon enfant. Elle avait cru faire des funérailles tapageuses et romanesques à son passé de femme mariée, ouvrir toutes grandes les écluses de son cœur gonflé d'ennui et d’amer-

tumes longtemps ecomprimées, et. voilà que le cri

va | tr étalée ii

qui devait précéder l'évanouissement caleulé où la rupture violente, s'éteint dans sa gorge.

Sur ces entrefaites, Adhémar parait et des Prunelles leur adresse à tous deux, un sermon paternel assez grotesque, qui ébranle la jeune femme. son mari est devenu « suave », elle le eréquerait tout vif. s elle ne se retenait. Elle <e retient et c'est dommage. C'eût été si joli de le voir croquer, ce petit vieux, car il était vraiment adorable, Pourquoi ne se croquent-ils pas ensemble? Le mal ne serait pas grand, c'est un massacre délicieux qui se pratique assez en ménage.

Encore un coup. Apparaissez. neul cents franes de rente, apparaissez « soupers fins » el Madame est entièrement reconquise, Elle rage de se savoir supplantée, par la Brionne aux Loilettes si quelconques ». SON Mari sera wénéreux jusqu'à la derniére limite. il lui avouera que ce m'est pas elle. EU dans un eri de douleur, d'amour froisé, elle jette 1 Alors. c'en est une autre,» n'en faut guère davantage el des Prunelles est suflisamment convaincu qu'elle est désormais sienne, Hautbois, chantez, orchestre, joue Les plus beaux airs! Le bal commence, peut-on savoir quand il finira? ! Les incidents drôlatiques el corsés se multiplient. Est-ce une gageure du rire? L'amant désespéré fonce dans le restaurant, exhale sa piteuse

déconvenue en paroles menacantes, el C\prienne,

SR NÉ em

dt tions ‘50

DIVORÇONS dy.

‘ailleuse, cachée derrière un paravant, contient à peine son rire moqueur. Elle trouve le tourtereau profondément stupide, La ferveur admirative qu'elle portait, il v a un instant, à son mari se change en un véritable culte. Elle ne s’en séparera qu'à la mort. Le cousin dépité reste en panne et les époux réin:

téegrent le louis.

Fe

D Ant ut | Fiat

Plus que Reine M. Émile Bergerat

A Madame Elisabeth

« O mains, mains froides dans la tombe,

© O mains tristes encore de leur anneau qui tombe

« Mains où posa le front de celle qui jadis

« Sangloltait parce que je n'étais pas son fils,

« Mains dont je sens les doigts sur mon âme orpheline,

« Je vous baise en pleurant, 6 mains de Joséphine. »

Poèles, drarnaturges, historiens <e sont tour à tour emparés de Napoléon et de Lous les ir ‘idents mémorables de cette vie extraordinaire, ils ont créé une légende qui n'a rien à céder aux plus merveilleuses

À I histoires de l'antiquité, De son vivant, il occupait la pensée de toute l'Europe, faisait trembler les nations

sur leurs bases et des trûônes entassés sous ses pas, il

char à HO SÈ ES R NRPERN SR et AE be ttc are Ben ads ameman Lm TT

k Ë H A Ê Ë Ë Ê El ts

——————————————" —— ——————— —————— ———————— — = ne

S'établissait un piédestal où il dressait sur l'horizon européen, sa silhouette ardente de dompteur de peuples el d'individus. Mort, son prestige dure encore, il entretient dans la foule une curiosité insatiable et vous éles sûr que les Théâtres où l'on nous donne du © Bonaparte font de très bonnes recettes.

Les poètes l'ont-ils assez chanté? Les historiens surtout, comme il convenait d'ailleurs, ont tenté de déméler les traits divers eLeomplexes de cette grande ligure. et M. Frédérie Masson, par ses patients et minutieux travaux, est en train de conquérir Celui que pas un roi de la terre n'avait trainé derrière son char. Mais l'un des côtés les plus passionnants de sa tragique histoire, c'est son amour pour Joséphine, contrarié par ses désirs de succession. Quel drame intérieur se livre en cette âme affolée de vanité et d'orgueil et que soulève, en dépit des lois les plus saintes, Fambition dévorante de laisser un héritier de son nom à Ja France !

Elle est vraiment atlendrissante, cette Joséphine qui le poursuit partoul et S'en va mendier un mot de l'homme adoré dans le jardin des Tuileries. On aime à SX arrêter, on associe en imagination à ces amäantes fidèles qui connurent l'élernité des amours. Son sacrifice douloureux, les injustices du sort, les illusions el les amertumes qui remplirent sa vie, la

mettent à part, à côté de ces reines souffrantes

M éd a

PLUS QUE REINE 6 Re TE PE

auxquelles les générations envoient l'hommage de leur pitié attendrie et réparatrice.

M. Bergerat a dessiné de façon nette et très vivante la personnalité de Talleyrand. Cet évéque devenu diplomate et qui mettait tout l'art de la politique à ne jamais dire sa pensée, cet homme habile et retors qui conseilla à Napoléon de rompre avec Joséphine et de consolider sa puissance en épousant une princesse d'Autriche, Bergerat l'a posé de pied en cap. Quelques paroles le révélent en entier : son âme vile, son esprit lumineux, lucide, capable de débrouiller les situations les plus inextricables, v transparaissent, Il a un mot joli et très malicieux sur Madame de Staël, lorsqu'il dit qu'il n’est pas bien sûr que ce ne soil pas un homme, Et, sur la question du divorce que l’on parle d'introduire dans les nouvelles lois, il étale une incrédulité souriante mêlée d'ironie, et mi-drôle, mi-sérieux, il dit à Joséphine : « Nous n'en sommes pas encore là. » À ce moment, je doute fort qu'il ne ruminât ce projet de loi dans sa tête, mais il obéissait encore en dissimulant la vérité à ces principes immoraux en politique qui ont dominé sa vie publique et qu’il a cherché, grâce à l'influence exercée sur son époque, à faire pratiquer par ceux dont 1} se servait afin d'atteindre à son but. 1l a laissé une doctrine que d’autres après lui ont poussée Jusqu'à ses dernières conséquences. Son évangile d’opportu-

nisme à conquis chez nous, certains de nos « poliliques » qui plus désireux de leur bien personnel que de l'intérêt général se sont fait des droits des mino rités une sorte de piédestal où ils se imaintiennent donnant aux naïfs, le spectacle d’une grandeur qui ne résistera pas au temps.

Qui sait, si en Talleyrand, dans ce mouvement de bläme contre le divorce, un reste de prêtre ne s'est pas révolté, n'a pas protesté contre cette mesure qui allait causer de si lamentables ravages dans les familles, en bouleversant l’économie intime de cette institution.

Chose curieuse, chez ces défroqués, chez ces évéques lancés dans le siècle par un caprice du destin et que l'on voit — ironie des choses — placés à la tète de l'État, à de certains moments, le prêtre reparail à la surface et il semble que l'homme de gouvernement s'abolisse et s’obnubile. [Is apportent en plus, dans l'exercice de leurs fonctions et au milieu des réjouissances que l’on commande en leur honneur, cet air ecclésiastique frelaté qui se détache avec des teintes fausses sur ces fêtes. IIS ecclésiastisent leur mondanité qui souffre d’un manque d'élégance et de désinvolture châtiée. De leurs lévres papelardes s'échappent en mots craintifs, honteux d'eux-mêmes et comme repliés surleurs ailes, dessentences extraites

du livre de la Sagesse, À leur insu el comme par une

Page 1