‹ Le théâtre à Montréal [microforme]Chapitre 28 sur 57 · LA VIE DE BOHEME · texte numérisé non relu

LA VIE DE BOHEME

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du scandale et ajoute qu'il ne sera jamais l’époux d’une femme qui l’a trompé d’une manière si indigne.

Etil retourne à son ancienne viede jadis. Ils sont là tous deux, Marcel et Rodolphe, révant des bonheurs de la première jeunesse. Is remuent la cendre des regrets et pleurent en regardant leur logis vide du seul ravon qui l'avait éclairé jadis. Marcel chante douloureusement la chanson de Musette. Reverrontils jamais Musette et Mimi? Le silence retombe sur eet appel de leurs âmes au bonheur passé,

Mais quel est ce petit coup discret frappé à la poite? Qui songe à leur infortune? Une poussée brusque, nerveuse et Musette toute en larmes, revenue de ses infidéblés, entr: comme une flèche lumineuse dans la chambre.

Et, c’est la poitrinaire Mimi, rendue de douleur et de regrets, qui ne peul plus supporter l'ennui écrasant de l'hôpital. Mimi va mourir ! Mimi est morte !

De jolis épisodes, des scènes où Fesprit pétillant, lance ses fusées, Quelques tableaux brossés de main de maître, voilà Fœuvre de Murger mise à la scène

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Ext

La Massière

M. Jules Lemaitre

À Madame Alpl inse du S C.

Eh bien Doui, tu me la prends Let 6 est cela qui €s® abominable..…. Dieu sait si notre amitié était innocente ’.… Mais cette enfant-la... Je ne peux pas dire ce qu’elle était pour moi... Un ravon de soleil l’aulommne... une grâce... une chanson... une romance, si Lu veux... la dernière. Elle me refaisait un cœur jeune, malgré mes rides... elle avait la charité de me laisser croire qu’elle avait besoin de moi. Non, je ne peux pas dire... mais tu comprendras… plus tard... Et tu veux me la prendre? »

Le monologue de Marèze, interrompu par les cris de révolte de son fils, continue ainsi, grandissant en émotion perlée de larmes. C’est comme un chant de cygne qui à recu aux flancs le dard mortel et qui

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laisse éclater avec une vibration intense, la douleur qui le tue. Et ici, la comédie se hausse jusqu'au drame où palpitent des vies humaines. C'est le coup de lumière, éclairant de facon brutale cet définitive Ja destinée de chacun, plongeant le pauvre Marèze dans la réalité des choses terrestres. On ne fait plus attention au vieillard bougonnant et maussade de tout à l'heure, du moment que c’est un être courbé par la douleur, une vieille masse grise effondrée sur elle-même qui sanglotte, le front dans Îles mains, et pleure son insaississable chimére. Je ne sais pourquoi j'ai vu en ce vieux Marèze, l'image de la pauvre humanité, quémandant sur toutes les routes d’ici-bas l'impossible bonheur, toujours insatisfaite et chagrine, courte dans ses élans vers ce qui peut l’arracher aux laideurs triomphantes, inlassablement désireuse de ravir le feu des étoiles, et retombant sans cesse sur le chevalet de ses tortures.

Nous avions entendu cette pièce au sortir du collège, à cette heure de la vie où l'âme projette ses premiers rayons dans l'infini. Tout nous paraissait honnête et beau. Nos illusions étaient sœurs de nos espoirs. Nous apportions avec nous de la bonne volonté et des énergies qui demandaient à être utilisées pour le bien. Les déclamations de Jacques contre le monde ofliciel chantaient faux à nos oreilles ; ses idées de jeune artiste libre ct fier, allant à heurter

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LA MASSIERE 111

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les idées courantes, nous semblaient injustes, irralsonnables,

Depuis... les dieux sont tombés. Elle nous est apparue dans tout <on mensonge, cette grandeur factice qui s'édifie au moyen de journaux gavés de grasses prébendes, Nous saluions en ces hommes qui tenaient en leurs mains les destinées du pays, les continuateurs du passé, et soudain à la lumière des faits, nous nous Sommes aperçus qu'au lieu de Ja grandeur morale, ils représentaient la basse religion du succès, Jacques Marèze avait vu plus clair que nous. N'importe. Toute une jeunesse maintenant exubérante de vie, consciente de ses devoirs et devançant le mépris de l'histoire, a déjà fait le procès de la génération qui s'en va, emportant avec elle « ces sirés » des pieds à la tête qui ont amoindri l'âme canadienne-francaise.

C'est une belle pièce que la « Massière », non pas parce qu'elle est de Jules Lemaitre, mais de ce qu’elle éveille en nous le sentiment de l'inexprimable et du fini. Pièce d'anatomie morale, âme d'hiver étudiée avec un art savant des couleurs, qui se déplie sans grandes secousses, largement humaine et s'aflinise sous la touche de l'amour attardé. La pénétration psychologique pouvait-elle aller plus loin et est-il dans toute la littérature dramatique depuis vingtcinq ans, une étude d'âme plus fouillée, plus retournée

en tous sens? C'est la quintessence des amours de déclin et comme les couchers de soleil, cela prend par les fibres et rouvre en nous la source sublüle des mélancolies profondes.

Elle fait songer cette pièce, à ces tableaux d'inté rieurs flamands où les personnages évoluent dans le clair-obseur de leur demeure et de leur destin, occupés à la besogne journalière, souffrant tout bas le fardeau du jour et le grave silence des heures qui tombent.

as de fracas dans ces vies uniformes, pas de catas-

trophes retentissantes dont le monde parle, I faut se pencher sur ces eaux tranquilles pour entendre le bruissement qui gronde en sourdine, Basses prafondes, les existences toutes lancées dans la dissipation et le tapage, éblouissant la foule des naïfs en donnant l'illusion d'être entiérement tissées de joies, empêchent de discerner le son véritable et élevé qu'elles rendent. A de certains moments, la pièce touche au silence, on sent la palpitation des âmes qui grincent, s'émeuvent, gémissent et ont quelquefois des appétences vers les gouffres.

Monsieur Marèze, artiste de renom, âgé de cinquante-cinq ans, s'éprend de Juliette Dupuy — la massière — qui dirige l'atelier en son absence, distribue les fournitures et maintient l'ordre. Sa jeunesse émouvante et le courage héroïque qu'elle

dépense à faire vivre ses parents malades, fatigués

LA OMASSIERE 11:82

eEgagnant peu, remuent le vieil artiste. H lui procure des lecons, corrige ses Croquis qu'elle envoie au Salon

elce qui donne de Fautorilé à la pauvrelte, il met

? sa signature au bas des « ordures » de ses dléves.

: paie de <a propre monnaie les tableaux qu'il assure

3 élre Vendus à un riche Américain. Pour tout cela, 11 se roi permis — le vieux cassé 2 de S'informer

F sielle est... sage, Pauvre Marège ‘ile sentirait moins

joveux si elie allait lui dévoiler un péché rose, Nous autres hommes, nous poussons l'inconséquence jusqu'à eXiger qu'une femme soil irréprochable, nous lui marchandons avec avarice lindulwence que nous réclamons à grands cris.

Juliette est sans tache. Marèse est heureux et content. avait rêvé, le grand poète, rencontrer en Sa vieillesse assombrie et rhumalisante, une petite

fleur poussée sur les frontières de <a vie, gardée de

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tous les vents mauvais. inimaculée, belle, se donnant

aux autres avec la constance et l'entétant caprice des

juvéniles ardeurs. I voulait en respirer le parfum eXQUIS, se griser à nouveau, redevenir jeune et sous ses cheveux blanchis, essaver de ressaisir l'âme des sensations mortes — celles de Vingt ans.

Marèze ignore la profondeur du sentiment qui le pousse Vers la massière. Et mon Dieu ! un arliste, parce qu'il est une sorte de <urhomine. un être

d'eXception, ne vous semble-t-il pas qu'il doive aimet-

À A îl

autrement que la foule dévorée de plaisirs vulgaires et bas? Est-ce que ses facons de comprendre, de sentir, de traduire dans ses études sa vision originale el personnelle du monde extérieur. d'\ imprimer le reflet de sa personnalité subeonseiente, neluiconférent pas un droil supérieur à Famour dans tous les Temps? Ses amours sont dénués de matérialité ik reflétent autre chose que la troublante lueur des passions cou- Lumières, ils prennent leur aliment dans une commumion de désirs lavés, nets et purs. C'est Le ravon d'or qui tombe de vos veux. jeune massière. c'es cette aplitude plus aiguë de vous adapter à l'âme poignante de ses réveries, fixée sur la toile, qui fait que, voire dans ses esquisses inachevées, vous saluez de votre doux sourire, Fœuvre future qui attachera le laurier immortel au front du maitre, De tout cela, et de votre modestie louchante, vde otre labeur obseur qui laisse pressentir un être qui 'immole à la Beauté. se compose lattrait sincère, irrésistible, maladif de Marèze pour vous,

Je serais bien Lenté de raisonner ainstet je voudrais bien que les artistes créent une forme éthérée de l'amour. Les psychologues de Favenir nous découvriront peut-être chez les génies. un système d'aimer, inconnu des autres, qu'ils dresseront savamment à

l'heureuse surprise des amoureux d'idées. D'ici là,

Mauss :

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