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l'2s LE THEATRE A MONTREAL
prison des sens. ils ne vont guere plus loin que le boul de la chatne ils SO meurtrissent, quand is naissent pas le sang de leur âme,
Est-il existence plus irrémédiablement finie, dé vastée que celle d'André Brizeux? Vous n'\ trouverez pas méme une pierre qui demeure debout : c'est la déchéance complète, absolue, Rien ne repousser sut ces ruines morales el physiques dans lesquelles ilerre mélancolique, blessé à mort. Son génie elles Virluie lités fécondes qu'il renfermait, tout cela a été dévoré par FÉros cruel! Fantômes de plaisirs apres lesquels il a couru éperdüment, avec Pallure du vertige, foubant à ses pieds. femme. Situation, devoirs d'homme publie el privé, le laissent désanvré gâche, pantelant de souffrances, avide d'eaux pures, dans la banqueroute finale de ses erovanee- en lui-méme. Ina plus que deux alternatives possibles : la mort ou l'acceplalion courageuse des conséquences du crime qu'il a commis.
Que d'effloraisons, au cours de lhistoire de la pensée humaine, se sont arrêtées à mi-chemin Le vil égoïsme, Fameutement des médiocres contre ceux qui portent un printemps au front et dans Fintime de leur étre, une chanson divine préte à <envoler, ne suflisent pas à expliquer ces chutes lamentables et définitives. Le serpent, sous les roses, à donné sa
piqûre mortelle, Soit, mais on ne lue que ceux qui
Atos
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LA HIVALE 129
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veulent bien mourir, Les autres ont leur heure el quand elle tarde à venir, à cause de la petitesse des hommes, ils la prennent, S'en font une arme et descendant sur le sable des arènes, ils déchirent leurs vêtements alin que l'on sache ce qu'ils sont et leur ame, el leur pensée, et leur conscience apparaissent à la foule,
Pour André Brizeux, quel réveil douloureux d’un reve enfiévré UT gémit, se roule, se tord dans son impuissance, Remontant en <a pensée fébrile le flot des ans révolus, il apercoit sa vie d'artiste, rêvée si glorieuse au début. Il sent bien qu'il périra tout entier dans sa Lombe, lui qui était né pour mirer son front dans les astrés ! Les siècles futurs ne le distingueront pas de cette foule incolore et remuante de petits grands honimes qui jouissent durant une époque, de vogue éphémère !
Sous le jour brutal de la réalité, Ja nostalgie des choses qui auraient pu être el ne seront Jamais, le torture. I marche dans une espèce de vague somnambulisme. Il voit rouge, Pris déjà tout entier par le monstre, 11 ne tente même pas de s'arracher à ses griffes, Que ce doit être une grande douleur que celle d'un artiste qui, grâce à une vision rapide, prend conscience de sa valeur stérilisée par la passion : de se savoir fini, vidé, de contempler une dernière fois
dans le champ de sa pensée, ses créations, belles au
matin, étendues désormais mortes avant d'avoir su vivre !
La dirale est un drame d'une intensité de sentiments el de pensées vraiment extraordainires. On n'4 est guére hé eux son XVI toujours sur des pointes de compas, Un sculpteur de renom, Brizeux, est marié depuis plusieurs années une charmante femme qui a mis à le servir tout son dévouement. el l'adore parce qu'il représente à ses Veux le mari idéal et l'homme que caresse la gloire, [ls ont vécu des années heureuses, ensemble is ont triomphé de l'obscurité et forcé le publie à lever Les veux sur le maitre André, L'atelier, où il travaille chaque jour, est orné de Gobelins authentiques. Un luxe inoui d'art, de statues, de bibelots curieux et rares x compose une gun chère sujerieure,
André rêve de couler dans le bronze Fæuvre ma gistrale qu'il jettera « comme un défi au temps Jusqu'ici ses efforts ont été vains, il a été incapable de créer, Des charpentes idéales, des schémas grandioses. beaucoup de rêves dont il n'a pu. hélas ! saisir le fuvant mystère, hantent sa tête endolorie, Essaie-t-il de se remettre à la besogne, le ciseau Tai tombe des mains et il reste là, angoissé, face à ace avec sa chimère, I devient plus irritable que jamais. L'aile du malheur plane sur cet heureux foxer. Si les
doigts sont inhabiles, Ia Voix stridente, le front
LA HIVALE ll
charce de nuages Na un amour qui couve dans le cour de Phomme, lt éelatera à lo moindre lueur de réponse, Ces nervostés doublées dimpalience ra euse. d'amertums, de paroles cassantes, arérées comme une lame de couteau, idliquent que le mal est pas à li téle, L'inspiration ne manque pas à cel hotme, a du talent, du génie. mais la faim de la chair commence à le dévorer, Dans un acces d'éloquence eXallée, dit à Ligneuil Qu'il lui faut aimer, attend Le frisson de la vie pour rendre vivant Le marbre, il veut sentir li, devant lui une créature de beauté qui <e rapprochera le plus de ses concep- Lions de créateur, la voir <e débattre et gémir. vaineue, élouffée de sanglots sur son épaule, servante de Sa passion d'homme, sienne à jamais, et alors seulement Fœæuvre géniale sortira de ses mains. Sinionc ie Mortagnes, une cousine à lui. passe Les vacances avec son pére dans la maison du sculpteur. C'est une belle proie, On lui fait la cour sans avanlage. Le baron de Ligneuil S'épuise en vain, et le pauvre Pontecrovx n'est guére plus heureux. Ruiné, dune jeunesse lointaine, ia trop de bon sens en plus pour plaire à une jeune fille de vingt ans. [best clair.
cependant, que Simone est troublée depuis quelques
jours. Elle est nerveuse et souffrante, Dans une
revue exécutée par Lormiers, Simone interprète avec
une maitrise superbe le 6 Cvene » de Saint-Saëns.
Le sculpteur se trouble, IH S'emplit les oreilles el le cœur de cette harmonie sourde de passion mal contenue. Les âmes qui vont se livrer lune à l'autre ont comme cela des appels sourds el qu'elles seules entendent. La lutte a trop duré et l'heure de la erantde défaite est sonnée, C'est la scène classique des aveux. Un cri étouffé arrache à jieurs embrassements criminels les deux amoureux. Simone s'enfuit de Ja maison, car elle ne veut pas affronter le regard méprisant de madame Brizeux. Vous connaissez le reste. C'est exaspérant de vulgarité : rendez-vous dans le rez-de-chaussée à la faveur de la nuit, le crime, la maternité coupable. Jane, déguisée en vieille femme, suit son mari, se Lraine sanglotante, folle de douleur, colle sa paupière dilatée au trou de la serrure, Ah non non,ce n’est plus son André cela, non, mais un homme quelconque qui se vautre dans la grasse étable du plaisir ».
Tous ces incidents douloureux sont racontés à Pontecroyx par la malheureuse qui à lancé dans le monde que fréquentent les Brizeux, des invitations afin que Lous Îles amis de l'artiste acelament Fœurvre attendue et maintenant terminée. Elle a forcé Simone à venir, Jane la contraindra à lembrasser. Pendant ce temps, Brizeux exaspéré, hors de lui, se promène devant la « léveuse » el renie son
œuvre avec force éclats de voix, Il quitte le salon