SIRE
contre l'Etat, Roulette a promis au médecin et à l'abbé de remplir le rôle de faux prince, et il se présente chez l'illuminée sous le déguisement royal. L'entrevue est mousseuse d'observation subtile, réglée par un maître. Oh ! ces frémissements extatiques de Mademoiselle de Saint-Albi ! Oh ! ces airs de dignité princière de Roulette !
Bouleversée, délirante de bonheur, elle offre au prétendu roi de demeurer chez elle ; on le fera passer pour le chevalier, son frère, dont elle vient d'apprendre le décès. Il se dérobe et finit par accepter. La lectrice Bouquet dissipera ses ennuis. Roulette, installé au château, fait grasse vie au milieu du fumet des viandes délicates et des adorations, Hélas ! la demoiselle découvre vite la fraude. Elle va le chasser en lui jetant à la face l’épithète de misérable, Sous cette déception cruelle qui s'exhale en eris de douleur, Denis Roulette romprend que c’est une profanation de tromper pour guérir et veut réparer par un geste de pur héroïsme, La Révolution grondante passe à la porte. Mademoiselle de Saint-Albi tressaille et perçoit dans un écluirque Louis-Philippe, malgré sonusurpation, représente la rovauté, Elle crie : « Vive le Roi!» L'homme de la scène, ce C\rano de la bohéme obscure, mourra pour lui afin d'être par.onné par cette femme pleine de dignité etde grandeur. Avant de se rouler dans le tourbillon de la mort, il lui jette, comme paroles d'adieu :
ne ——— ne
« Vous n'avez pas vu le Roi, eh bien, moi, j'ai vu une reine, »
Des teintes, des nuances indécises, des ombres où se joueledivin caprice de l'écrivain, Cela évoque Îles portraits de grandes dames au sourire effacé de Geor ges Rodenbach et dont la main
.. Souffre de tous ces fils entrecroisés Qui font pleurer en elle une plaie immobile...
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Cyrano de Bergerac
M. Edmond Rostand
A mon cher mailre Olivar Asselin
M. Edmond Rostand est l'un de nos « assassins adorés », et jusque dans ses verrues, ses à peu près, ses préciosités, ses dégringolades de mots chatoyants el pittoresques, qui donnent parfois l'illusion d'une musique de castagneites, nous le trouvons intéressant. Ce « five o’elock » de la pintade dans Chantecler, si détestable sur la scène, ne laisse pas d’être curieux à la lecture,
Tout ce choix d'expressions capricieuses, d’épithétes étranges, de propos merlicoquenfieux, tous ces coys qui secrètent et susurrent la galanterie, arrivent du pays du Tendre et veulent aller + mourir avec quelque faisane dans leurs éperons, tout cela fait si prodigieusement le désespoir des philistins du Canada
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et est, par ailleurs, si joliment salirique, que je bois avec ivresse l'acte tout entier.
I y a bien d'autres raisons qui nous font trouver M. Rostand délectable..…. I est si peu comme Îles autres ! Et je crois bien, entoate humilité, qu'ilest, à l'heure actuelle, le plus grand auteur dramatique de l'Europe. Je le crois.
Aurons-nous jamais une psychologie de Cyrano? S M. Faguet voulait se mettre en frais de l'écrire. Mais au fait, pas M. Faguet, car il croit encore au suffrage universel, au parlementarisme, à toutes ces monstruosités qui sont les plaies de notre monde moderne : il s'emploie méme à épurer la démocratie dans des livres spirituels et ironiques. Non, pas M. Faguet, je craindrais qu'il démocralise GYranomais M. Jules Lemaitre, ee délicieux Lemaitre qui abhorre la démocratie, la couvre de ses injures élégantes, la tourne sur le gril de Fironie avec une si ingénieuse malice, que nous en tressaillons d'aise. Oui, c'est M. Lemaitre qui pourrait nous causer ce plaisir de choix, S'arrachera-til à cette tâche auguste de ressusciter dans leur ravonnante beauté, les figures de Racine et de Fénelon, el dressera-tal sur le monde de la pensée, comine un défi aux institutions, à la couardise el à la veulerie régnantes, cette figure complexe, provocatrice, divinerment souffrante et sublime”?
ps
HU FL hivil Ris
Car Cyrano, c'est la protestalion vivante contre la sottise et Fignominie de notre époque dépourvue de noblesse el de vraie grandeur, contre les arrivismes pouiponnés, rutilants, en Luvau de castor, contre cette anomalie odieuse qui fait que du jour au lendemain, un palefrenier moins bète que les autres, peut sentir frémir dans sa main velue et rousselée, les rènes de la magistrature supréme, = c'est assez, une espèce de gens el si on veut compter avec eux les autres palefremiers de Fesprit, dont <'emplissent no< parlements moclernes et qui assure le règne de Fincompétence et de Pirresponsabilité dans Ta
bétise: contre ces reptiles tmmondes,
Qui regardent grouiller au vivier de leurs vices »
Les sept Viperes d'or des péchés capitaux.
contre ces assassinats du talent, pratiqués d'une main douce el paleline, entre la poire el le fromace, menés à bonne fin par ces pelils comparses glabres et rosés, qui prennent les ventres au moment où ils crient famine el pour rente deniers, achétent les hbertes et les consciences.
Éxrano à la haine des farceurs et des médiocres de tous les Lemps, et que de bouffons — oh ironie le citent impudenunent, et ne sentent ras que ses
paroles leur brülent les Jévres. C\rano de Bergerac
Fa