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ere
Nos sentiments se succèdent avec rapidité, sans ordre, out à fait anarchiques. 11 pélerinent du cerveau à l’âme. J'ai peine à les préciser, Véritable chevauchée où s'accentuent dans leur course folle certaines impressions inédites et rares. Elles ont leur source dans les parties sereines et fécondantes de l'âme humaine. A elles se rattachent comme un bouquet de fleurs fanées des illusions mortes, le souvenir de grandes espérances que des hommes aimés ont dû laisser tomber sur les routex de la vie. L'image de la Patrie passe et repasse devant nos veux troubles. L'être ne S'appartient plus, il s'abandonne au gré du songe. Le sentiment nous embrasse, nous secoue, Lel un arbre morfondu par l'âpre flagellation de la tempête, Ce sentiment de mélancolique nostalgie, s'exhausse, s’ennoblil du sourire d'une grande vision, Brisé et las, je veux pourtant imprimer en moi cette subtile nouveauté d'impressions rares, la garder comme une petite
source cachée, calmeuse de soucis ou de regrets. 7 Juin 1910,
Température idéale. Le ciel est d'une pureté de cristal et lorgueilleux soleil laisse erouler sa puissance de feu sur labime mouvant des eaux. Caresses des veux qui glissent de la mer au ciel. La plénitude
de la vie revél ici une de ses plus éloquentes démons-
re
trations. Les fleurs de l'eau — jets d'écume qui semblent une ardente floraison de caprices cristallins, jaillissant avec cette spontanéité des choses fragiles, qui n'ont de forme vitale que ce que nos imaginations leur concèdent — surgissent à nos regards éblouis, pour aller se confondre dans l'uniformité des vagues, Le goéland dessine sur l'horizon sa courbe élégante. Il tournoie, il arrête son volet suspendu sur le mystère terrifiant, il subi la fascination impérieuse de la mer.
Les côtes vor t mourir. Je les salue avant qu'elles m'aient séparé de mon pays. C'est une fin émouvante, tragique, où le bleu de leurs lignes s'effondre en une chûte de couleurs vives dans cet autre bleu intense qui s'irradie d'émeraude, cependant que, à côté des vagues d'or couronntes d'écume, s'ouvrent des abimes glauques d'où monte un frigide frisson. Et c'est le tour du soleil de disparaitre en une apothéose de nuances. Les bleus très pâles, les bleus d'agonie alternent avec les roses fanés. Deux à deux, se Lenant par la main et mariant leur tristesse et leur pâle sourire, des séries de pensées descendent du ciel et nous effleurent au front. Ce charme indéfinissable et ténu opère, Le lacet qui bridait Fâme S'est détaché: la voilà qui subtilise et s'abime sur des pointes de
ciseaux. Au bord de l'horizon, comme des témoins
muets et solennels, des nuages assistent à ce déploie-
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