‹ Le théâtre à Montréal [microforme]Chapitre 44 sur 57 · UN · texte numérisé non relu

UN

rictus affreux, Au milieu de cette figure d'agomie, deux regards fixes, effravants qui comprennent et s'aveuglent de trop voir.

Ces scènes évoluent dans un décor de réve et de grandeur antique, Les cassolettes d'or éparpillent des flocons d'encens, Frémissantes en leur blanc vélement, les vestales, penchant a téle, mélancohiques et atterrées, agitent des feuilles de palmier, cependant que lhirondelle réveuse S'immobilise sur l'épaule de Ja Déesse,

J'aime celte douleur rovale, Elle échappe à Fanalvse de nos esprits incapables de beaucoup souffrir, On la comprend peu. Nous souffrons dificilement Les conséquences des fautes comimises el qui adimettra qu'un homme doive se sacrifier pour un crime dont il ignore les vraies causes? Nous allons méme jusqu'à nier nos erreurs, ne füt-ce que pour nous soustraire par l'imagination, aux suites falales qui en découlent, Ce que nous craignons le plus n'est pas le mal, mais la maturité du mal, l'aboutissement vers des catastrophes. Découronnés de nos espoirs, déchus de nos illusions, morts à ce qui nous faisait vivre hier, nous accusCns la vie comme une grande coupable. Nous nous oublions dans nos anathémes, L'égwoïsme nous

sauve, que dis-je, 1} nous &baisse. Prométhée avant dérobé une parcelle à l'âme des choses, nous rageons

dans les limites tracées à nos pensées. Nous vivons

comme dans une cage el nous essavons d'en limer les barreaux, afin de contempler plus à Faise l'espace souverain des horizons. Quand, au malin du rêve, nous parlions faisant elaquer nos espoirs, e'était l'infini que nous voulions Lenir en nos pauvres mains, l'étreindre pour lai communiquer le reflet de nos âmes, Notre sensibilité nous eréait une ambiance spéciale dont nous recevions mille meurtrissures. Verdeur acérée des aiguilles de sapins qui nous entraient dans Fâme ! Petites minutes frémissantes, magiciennes inouïes qui avaient le pouvoir de contracter le cœur, de le tordre en lui faisant rendre le jovau eristallisé d'une arme! Bouquets verts du désir. défaillances du cœur en présence d'un soir trop beau, trop lourd de parfums, et déchiré par les soupirs d'une flûte lointaine ! I S'établissait une espèce de conspiration entre les facultés de l'esprit et de l'âme où les perceptions des choses, les formes de vie, l'amour et jusqu'à la mort méine prenaient des atti- Ludes souriantes et libératrices. Nous poétisions l'inconnu, le destin, les forces secrètes de l'avenir. C'était toute notre âme qui suivait la routedesocéans, s’'agenouillait devant l'infini et les tombes illustres.

Les fièvres de l'imagination et les évanouissements de l'âme, tout cela nous le faisions entrer dans notre jeu de connaitre et de satisfaire les appels qui escortaient notre jeunesse. Il semblait que cet amas

de pensées et d'émotions rares nous composerait une cime qui permettrait de dominer la nuit, EL le soir venu, nous tendons la main, désespérés et criants vers le filet de Jumièére qui fuil au bord des firimaments, C'est une grande souffrance, Nous la duinuons parce que nous ne savons pas la subir et que, trop légers, nous ne descendons pas jusque dans son fond, pour v arracher la lecon sanglante et magnifique qu'elle dérobe aux apparences.

Le drame de Sophocle prolonge nos pensées dans le mystère de l'infini. Cette image pleine et grouillante de la douleur qui se creuse et porte en ellel’innocence coupable, anime ces scènes de bas en haut. L'art grec serait veuf de quelque chose de supérieur si Œdipe- Roi ne dressait sa silhouette de souffrant sur la fresque vivante où se dessinent les attitudes héroïques et les gestes surhumains. Par ses côtés réalistes, il rend cet art plus atteignable à nous modernes blessés au front de tant d'audaces irréahsabies, 1 alimente cette nostalgie des dieux tombés 1 mente l'âme moderne. Avec les principes inpérs « de l'absolu, il réintègre l’idée pure de sacrifice sang. C’est une âme avec son besoin d’adorer civilisation mélant les choses divines aux préoci tions follement terrestres et qui illuminent ce dra extraordinaire,

Elle dresse des cadavres magnanimes dont le rêve

se,

immortel se suspend aux clous d'or des astres et sur les degrés des chapelles millénaires, s'estompant dans le lointain, on apercoit des brebis expiatrices, qui exXhalent leur petite àme au souflle sacré des brises.

Le christianisme a donné un L\pe-dieu humain qui réalisa une perfection plus sublime en introduisant ici-bas une notion plus souveraine de sacrifice volonaire, Ce Dieu appelait Jésus de Nazareth, On Île connait assez : les uns pour Fadorer: les autres, le mer, en attestant par à, qu'il hante partout les conceptions de la vie humaine.

Les apôtres de Ja négation et du doute peuvent élever leurs clameurs impies jusqu'aux étoiles et se donner même le ridicule de les arracher de leur demeure aérienne, Is n'empéchent pas l'amour d’enwendrer l'amour. Le feu sacré continue à brûler devant les dieux : et sous le couteau du sacrilice rougeoie le cou immaculé des blanches colombes.

Etles pâles éphébes,ivres de leur folie mystique, volontaires et narguant la matérialité régnante, s'en vont, de peur qu'elle n'éclate comme un fruit trop:

mûr, placer leur âme sous le talon divin.

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