‹ Le théâtre à Montréal [microforme]Chapitre 47 sur 57 · TS · texte numérisé non relu

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ger à l'abime ; c'est bien ee que mon esprit exalté demande, ce matin.

Mais, le mot me trahira, l'impuissance à exprimer la vie sourde et grondante qui se dégage du ciel, des horizons, de la mer, me raméneront affaibli, triste, à ma promenade inféconde, Cependant j'aurai pris un bain d'intini, je me serai grisé de soleil, d'air pur, de solitude, j'aurai véeu une heure d'oubli. Ces glaciers, passant devant mon regard'et S'avancant sur le cadre de mon imagination auront rafraichi ma pensée liévreuse et brûlante,

Je ne vous aurai rien arraché, formes divines qui m'apparurent un moment et qui déjà s'effacent ; tous vos secrets, vous les avez gardés. En vain j'ai tenté de vous demander quelque chose. Je tendais les bras vers vos blancheurs apaisantes, vous ne m'avez pas répondu, Et, je suis resté là, brisé du mystère des choses, Mais, ce mystère, je l'aimais quand même ; i attestait que le dernier mot de tout n'a pas été dit, que la science est courte par quelque endroit et, en moi-même, je répétais le mot de Shakespeare et je l'adressais à tous les matérialistes, à tous ceux qui vivent du temps et que l'infini n'a jamais tourmentés :

«IF à plus de choses sur la terre et dans le ciel que n'en contient toute votre philosophie. »

Petits glaciers, nains qui se pendent aux jupes de

leurs mères ; petites forces sereines, que vous éliez

rassérénantes !

9 Juin 1910,

Le pont est bre, On en est aux petites heures du jour. Seuls, les matelots cireulent, affairés, courent se bouseulent, en se lancant des lazzis, Elle est rudelavie pour ces pauvres êtres sans affection véritable, malmenés et conduitsau bout du bâton. Leur misére me navre, Un, entre autres, attire mon attention sympathique, Fa un sourire effacé, presque douloureux. Quelque chose de son âme qui s'ignore coule dans ses grands veux bleus troublés. Il s'isole de ses autres compagnons el ses allures vaguement misanthropiques et curieuses le feraient prendre pour un poète égaré dans ce rovaume humide et malsain. Je l'ai questionné sur son origine, sa vie, S'il V avait quelque part, dans le monde, une mére qu'il avait aimée et qui l'attendait toujours, les veux tournés vers l'horizon. Il s'estému et une larme, une chaude larme descendit sur sa joue tirée, EL puis comme “il défendait l'entrée de son cœurde toute sÿmpathie, il s'en est allé plus loin rêver jusqu'à ce qu'un homme rude et cruel vint l’arracher à cette suite d'esprit vers les lointains. Il l'a regardé comme un chien regarde son maitre et sans prononcer un mot, s’est mis à le suivre.

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Je l'ai revu une fois seulement depuis. Feontemplait la nuit calme et dominatrice, Elle paraissait Le consoler, La brise jouait à travers les rubans de son héret de velours, et le regard S'allumait au contact des étoiles,

Pauvre mousse qui L'amuses d'un rien el souris sans savoir pourquoi aux astres, que je Le plains de ne pas connaître la puissance de sentir el de L'analvser. Oue La vie faite d'insouciance quotidienne el de {ris- Lesses dévorées, me fait mal. Ton éternelle chasse à l'étoile est une chasse à Fabime, je le veux bien, les monstres, Lu les vois remuer dans les flancs de la mer, tu devines peut-être la noireeur effravante des repaires où ils se délectent de chairs humaines, Ut as frissonné quelquefoisà leur passage, mais cependant comme tu ne vis pas ! Ton sourire est d'une mélancolie toute pénétrable : les flots de la vie ne l'ont pas roulé sur le rivage douloureux où viennent échouer les hommes hantés par des formes de vie intellectuelle et morale. Fu es heureux, mais ta félicité repose sur une insuflisance qui est une diminution de la personnalité. Je voudrais C'amener au pays de l'intelligence, je voudrais que tu viennes courir avec l'enthousiasme fou des vingt ans, pieds nus, le cœur blessé d'une étoile, dans les champs infinis de la pensée.

Mais, ma prière est folle, et le gémissement de la

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mer relembe entre mes imaginalions mélancoliques

et ton reve naïf de gardeur des espaces,

Dinianche 12 juin

Ceslune pluie d'or, Quelques nuages à Fhorizon se promenent indolemment 5 ls semblent goûter le bonheur d'une promenade à travers Fazur. Quelles tentations vers les lointains les obsédent? Verrontsts les pars de flamme, Les villes d'Orient vermeil. Les cités qui trempent leurs pieds blancs dans les fleuves nubiens? Quelle est cette pensée, qui vous guide, choses de Junmière el d'or ?

Is son: fa poésie de l'espace, des artistes nés quicorn-

posent, se jouant, avec le bleu ‘du ciel. le= noires blessures des montagnes. ce clair unique dans lequel sourcillent, doucement frémis: les mon-

lugnes de FÉcosse elec côtes d'Irlande qui viennent d'apparaitre.

La mer d'Irlande n'est qu'un frisson, que dis-je, un soupoon de frémissement, C'est divin, Des esquifs gissent avec un bruit de evgne, ils déploient éléœaimiment leurs voiles où <e joue la lumière diaprée,

I <'égrène dans Fair un chapelet de douceurs, Le soir succomhe, royal el magnifique, [ne se peut rien de mieux pour couronner un vovage idéal. Du salon. m'arrive le son gracile d'une marche de Mozart. La tentation d'aller réver près de la poupe, me ressaisit. Nous toucherons Liverpool à deux heures de la nuit .

Demain soir, en route pour Paris.

iriéate

ENST PTE TETE

De Liverpool à Kouen

A ma mére,

135 Juin 1910.

Le trajet de Liverpool à Londres est des plus agréables, Nous avons pu ÿ admirer la campagne anglaise, qui est d'un dessin très net et trés harmonieux. Les routes sablonneuses d‘coupent leurs méandres capricieux et font tache blonde au milieu du velours des prairies. On n'en peut pas rêver de plus belles, si ce n'est celles des environs de Paris qui dégagent un charme supérieur et où règne le goût le plus parfait, pour accomplir un aussi beau voyage. Nous brûlons les étapes ; le tramway nous emporte avec une rapidité folle au cœur de l'Europe. Collines et vallées nous adress nt par la porte leur furtit bonjour vert. Elles ont .aré de fuir, de fuir sans cesse. De la sorte, elles sont un peu l’insaisissable mais un

ra € NOTES ET IMPRESSIONS

insaisissable qui ne laisse pas de mélancolie au cœur. Elles nous égaient plutôt 5 on rit de les voir si bellement vertes : on les bénit de semer dans l'espace, espoir des moissons fécondes et d'être Fun des sourires les plus éloquents de Pete.

Des petits ruisseaux découpent leurs ondes blanches et cristallines à travers la campagne. Ils sont les accidents poétiques du vallon et du champ. D'eux, s'échappe un léger frémissement de fraicheur. Le cultivateur anglais qui trempe dans le courant <a main brûlée par le soleil, sait bien qu'ils sont les réservoirs bienfaisants où s'abreuve le sol épuisé. C'est sa maniére à lui de prouver à la nature sa reconnaissance et à, insensible aux vorageurs qui passent, il caresse Feau brillante.

De temps à autre, le ciel qui se couvre de nuages jette une goutte d'eau aux vitres du tramwav. C'est un diamant que Île soleil, une minute plus Lard, vainqueur du mauvais Lemps, absorbera dans son goulfre d'or. Des oies, comme des magistrats, s'avancent en troupes ordonnées, savantes. Elles paraissent au dessus de leurs affaires. A n'en pas douter, ce sont des bourgeois aux mœurs vertueuses, qui ne veulent pas se Jaisser distraire par les séduetions de la plaine. Elles eroquent le long du chemin, les insectes qu'elles déclarent nuisibles à l'harmonie de la société animale,

et sen vont goulüment bêtes, rafraichir à une pelile

source limpide, leur gosier dégoûtant de carnage. Ont-elles lu Renan? Connaissent-elles du moins, sa parole fameuse sur le sacrifice nécessaire des person nages infimes à l'épanouissement des peuples et des races? Mystère, Inenous est pas possible de pénétrer le secret blotti, sous leur altière cervelle...

Des vols de pigeons ravant l'étendue du ciel, sollicitent notre attention, Qu'ils sont blancs Qu'ils sont bleus ! HS se meuvent lentement, ls révent aux colonmbelles parties pour des lointains voyages, Ts ont presque l'âme en peine, Si ce n'étaient des animaux, on les prendrait pour des poètes où quelques bohémes s'amusant de leur vol astral

Enveloppés par la sourde Crépidation du printemps qui s'élance et monte vibrant d'azur et de parfums, les délicieux toits de chaume fument dans l'air.

EL c'est une multitude de lilliputiennes cheminées qui s'adossent deux à deux et s'unissent gaiement aux portes de lFempyrée. Oh les petites cheminées de Liverpool et de Londres,

Une, deux, trois, et nous mettons le pied sur le sol de la fière Albion., Vous ne vous attendez pas, sans doute, que je découvre Londres, Je n'en suis pas le Colomb non plus que de Paris, vers lequel je tends de {oules mes pensées. Ce métier de narrateur

d'impressions sur les routes d'Europe, offre plus

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d'une difliculté à résoudre. Malgré toute la bonne volonté possible, vous vous affublez d'un petit air de découvreur, qui, précautions prises, ne VOUS Sauve pas entièrement du ridicule, H reste done entendu

que Paris à existé avant moi.

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IL est deux heures de l'après-midi et nous devons

LE arbir pour la France le lendemn matin. Une course

à la galerie nationale aprés un déjeures sur le pouce. Force nous est de cueillir le dessus du panier et c'est, en toute hâte, que nous donnons Un oup d'œil admises qui sont Fune des plus

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