CETTE POTTER
fatigue qui nouscoupe vers l'abbaye de Westminster. C C'est colossalet ne laisse pas de vous causer une émotion profonde. Ces r'OIS morts depuis des siècles, qui sont svmbolisés par des
personnages étendus sur leur Lombeau, raides et
cn our. Mis
Lane
figés dans des poses hiératiques, ont bien leur éloquence, EU a structure de ce monument d'un pur gothique exeite notre vive admiration. Nou- défilons
à travers ces chapelles royales où git la poussière de
ces hommes qui furent grands jadis et qui jamais
n'ouvriront leurs lévres glacées par le baiser définitif
de la moët. Hs sont Hi, en grand nombre : leurs restes se sont confondus en une seule poussière ; 11 se sont agités un moment, ils ont fait du bien et du malet le
temps les à emportés au fleuve de Foubli. Cette Marie
Stuart qui repose son dernier sommeil aura toujours le don d'éveiller la svmpathie chez ceux qui connaissent son histoire, Sa franchise, sa sincérité et méme sa beauté plaideront contre ses fautes on les oubliera pour ne se souvenir que des douleurs souffertes, qui lui ont composé une physionomie de reine martyre, dans l'histoire d'Écosse, Pres d'elle, dort la reine Elisabeth, cette femme cruelle el diplomate qui a commencé à introduire dans les rapports imternationaux l'hypocrisie et le mensonge qui triomphent aujourd'hui, Le touriste évoque la mémoire d'El sabeth pour la maidire el la pitié S'émeut sur lafroide pierre où dort la malheureuse reine d'Écosse...
Dans une des chapelles latérales, les bustes de William Pitt, de Gladstone, de Disraëli, de Palmerston et de tous les grands nomimes modernes, se dressent imposants el majestueux.
I v a des merveilles et des richesses dans cette église et on v passerait volontiers des mois à les étudier en détail.
Nous aimerions tout voir, mais les heures volent et, après un tour d'autobus, nous rentrons à Fhôtel brisés eL morts de fatigue.
Voila Londres <inguliérement raceourer. Foret ment et à regret, nous avons dû borner là nos visites, L'originalité de cette grande et fumeuse cilé, nous
ne l'avons guëre saisie, I faut + vivre plus d'un jour,
PA SALE AA EIDE NE STSA PETITE TETE Ma nome primes ne
pour s'en faire une image adéquate. L'activité y est très grande et la misère 4 élale ses hontes, ses décrépitudes et ses laideurs. La désespérance plane sur le
quartiers pauvres où erouille Le vice hideux. C'est triste de passer dans ces rues sombres et étroites, aux maisens lézardées qui laissent voir un dénûment sans pareil, On + entend des cris de rage, de douleur et d'effroi. Cela vous glace jusqu'aux o6s. Le plus beau poème de misés devrait S'écrire dans le faubourg des pauvres à Londres, La force des images pourrait
+ suppléer à la pénurie de la pensée,
11 Juin 1910.
Il fait très beau, La Manche est d'un calme inaccoutumé. Nous saluons les falaises anglaises, éblouissantes, sous les ravons du soleil, étalant leurs échancrures et les broderies de mousse dont elles sont revetues, Nous ne pouvons oublier que Calais et Douvres ont été jadis les témoins de glorieuses batailles où les deux plus grands peuples du monde se disputèrent la suprématie sur le continent européen. La silhouette guerriére lu due de Guise, casqué d'airain et luisant sous sa cuirasse, nous apparait, montant à l'assaut des forteresses, et nous applaudissons intérieurement à son énergie valeureuse et à
ses audaces de géant, Le flot de la mer accompagne
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nos souvenirs historiques et c’est une musique d'un bien grand charme.
Encore deux heures el nous serons en France, Le croirait-on? C'est bien la réalité, puisque dans un er d'enthousiasme nous venons d'apercevoir les côtes de France, Dieppe ! Dieppe ! C'est la France el je tremble d'émotion en mettant le pied sur Île sol francais. Un sentiment très étrange s'agite en mor. I est fait de mille sensations indéfinissables : j'ai envie de rire, de pleurer et de crier, Vraiment, je crois
que j'ai un peu perdu la tête, car je marche comme un
homme qui a trop bu. J'ai très mal vu Dieppe Ti
avait une buée humide sur mes veux. En moins d'une heure, nous sommes à Rouen.
C'est à Rouen que nous avons voulu d'abord nous arrêter et c'est cette terre illustrée, sanetitiée par Jeanne d'Arc, qui nous à faitéprouver les plus fortes et les plus pures impressions, Aller en France et ne pas faire halte sur ce coin de Lerre eût été pour nous un crime que nous nous serions toujours reproché, Mes amis savent que j'ai un culte spécial pour la crande héroïne francaise.
Cette double halte à Rouen était donc plus qu'un caprice : mais un désir d'aller vivre une journée là où avait véeu et souffert la grande Jeanne, C'était un pélerinage à l'endroit de son long et douloureux
martyre et, dans le fond de ma pensée, une sorte de
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téparation amoureuse pour les injures dont on avait essavé de couvrir sa noble mémoire, Partout dans ce Rouen pittoresque où l'esprit normand s'est conservé avec le culte des traditions, partout, je Far revue et j'ai épousé les douleurs qu'elle v avait subies. Le lai respirée dans l'air transparent, el à chaque com de rue, m'accueillait sa douce image. À de certains moments, je erovais lui parler el il me semblait que des voix intérieures me répondaient pour elle. C'était un charme et presque une ivresse, J'aurais aimé lui tresser des couronnes et les déposer au lieu de son supplice et si j'eusse été poète, lui composer un poème, redisant en alexandrins majestueux, la gloire de son nom et la grandeur sublime de ses actions d'éclat, Elle me possédait entièrement. Je la revovais toute jeune, réveuse et pleine de candeur, gardant dans les champs de Vaucouleurs ses agneaux moins purs et moins beaux qu'elle, Je la revovais descendre, jupes retroussées, cheveux flottant dans la brise, les pentes des collines quand la lune lance déjà ses nappes de douceur fluide et fait de la nuit une facon plus auguste de vivre, de croire et d'aimer, EL je me disais que son apparition dans le monde avait créé un tvpe de Beauté de femme, un trésor d'idéalisme féminin, oùiraient s'alimenter les jeunes filles avides d'infini, et qui portent en la tristesse de leurs fronts, la nos-
talgie du divin. Je lui chantais des hymnes intérieures
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et j'agenouillais ma pensée avec amour sur toutes les routes de son calvaire,
Je la bénissais d'avoir sauvé son pays de Finvasion étrargere et d'avoir rétabli sur son trône chancelant, le roi de France, Mon imagination me faisait assister aux mémorables batailles qu'elle Hivra aux ennemis el j'applaudissais aux triomphes qui couronnérent son entreprise de relèvement moral de la France. Je comprenais que le Français lui devait des autels et de l'encens : toutes les forces de mon étre élaient tendues vers elle en signe d'hommage, El longtemps, le soir venu, accoudé au bord de la fenétre, je me mis à réver de la grande Francaise,
Jeanne d'Are est un sommet de Fâme francaise, I empêche la nuit d'être moins complète el il dessine à l'horizon une immense espérance de salut. Sublime,
il appelle les pensées vers les hauteurs et baigne, par
son éclat, les âmes dans une plus profonde et plus
celle France, I éternise une attitude héroïque, faite de simplicité et de lumineuse candeur, Des lacs ile majesté tranquille et hautaine recoivent le reflet de sa urandiose beauté, Rien ne trouble ces eaux du souvenir francais où roule l'image auguste de Ja Vierge. Le génie Jatin suspend sa grâce autour de son front pur et les paroles toutes claires, métalliques, percantes telles Fépée du combat, tombent de ses lèvres
inspirées, Sa clairvovance inrée déchire les masques,
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déconcerte les caleuls de la félonie humaine. Ndorons en elle cet Esprit profond el averti qui la Sauva en confondant Les ealommiateurs de Son nom. Cette lille des champs a des mots de philosophe, d'homme rompu aux sublülités les plus raflinées,
Sa vie reste une école d'enseignement où les âmes droites iront puiser des notions trés hautes de devoir € de patriotisme. x a quelque chose de cornélien dans son allure et bien avant que le poète du € Cid eût créé ses héros el ses héroïnes, elle augmentant l'héritage moral de la nation francaise par ses vertus et son héroïsme ! elle devenait matière d'épopée. C'est une ancètre, à coup sûr, des héroïnes de Corneille. et il semble bien que dans cette ville de Rouen où elle à passé les derniers jours de sa vie et où le poële à véeu, la statue de Jeanne d'Are qui domine Bon-Secours el celle de Corneille près de Ha Seine, aient dans la nue des entretiens Supra-terrestres,
Que cette Tour Jeanne d'Are qui s'élève au-dessus de la ville raconte de funèbres choses ? Monument d'ignominie dont l'aspect vous communique un frisson d'horreur. La fin tragique de l'héroïne est écrite sur ces pierres que lèchent le lichen et Ia clématite, EF vous disent que des monstres + ont enfermé un ange de bonté el de salut et qu'elles seules connaitront Tous les soupirs qui s'échappérent du
cœur de la pauvre victime, Que ce Cauchon et ies
savants de Sorbonne qui, de concert avec l'Angleterre, Pont brûlée vive sur un bûcher soient à jamais honnis devant le Cribunal de la postérité, pour ce crime de Trahison et d'infamie !
L'une des choses rares à Rouen, c'est la cathédrale qui est d'un gothique rés pur, Cette merveille d'ordre, de elarté et de talent nr'arracha des larmes. Jene pouvais plus les retenir, je me sentais entouré de maille mystérieuses influences qui sortaient de partout et sothaitaient pour ainsi dire, à un fils lointain de la race, une douce bienvenue. Déjà, à Dieppe, mon cœur avait failli éclater, quant à la portière de lomnibus, une vieille femme toute ridée, la tête ornée d'un bonnet de dentelles et qui me rappela une image sainte, m'avait offert des cerises de France. aurais voulu serrer prés de moi les petits d'école qui vétusde blouses bleu marin. coiffés d'une toque de velours, défilaient devant nous, conduits par des sœurs normandes, Je me Crovals leur ainé, un ainé aux aventures douloureuses et tragiques et qui, très tard revenait au logis familial revoir l'âme de sa race dans la mélancolique douceur du regard normand. Les petiots avaient salué les vorageurs et cette marque de politesse francaise n'avait rien de banal pour nous, Le train nous em-
portait... Cette délicieuse impression n'avait pas eu
le temps de se creuser que bientôt Faile déplovée
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d'un vieux moulin mélait sa note de gaité à la gamme de nos sensations tristes,
Nous éprouvons une inpression extraordinaire, nous Américains, habitués au rococo, devant des édifices si artistement ciselés, n'est pas de construction qui ne révèle un si profond souci de art, du beau, une discipline si heureuse des proportions. Ces hommes qui travaillaient à Six sous par jour, étaient de tres grands artistes et pour apporter une si intelligente attention à terminer un chapiteau, une frise, un ba. relief, une rosace, ils devaient avoir la conscience intime qu'ils travaillaient pour l'éternité le marbre et la pierre et que leur œuvre était comme un défi jeté au temps.
C'est dans cette église que Corneille venait consoler sa vieillesse chagrine, désenchantée, miséreuse et qu'il S'Y promenait avec ses souliers percés et c'est également là que Boieldieu exercait ses concerts sacrés qui faisaient courir tout Rouen.
Le monument de Flaubert el de son ami Bouilhet décorent la place publique et Armand Carrel qui eut son heure de vogue et périt dans un duel fameux, a l'air de s’élancer de son roc pour se jeter dans la bataille. À ce qu'il paraît, il ne semble pas satisfait
des politiciens de notre époque et il croit, — c’est du moins l'opinion d'un rouennais intelligent — que
la farce doit avoir des limites.
Je ne veux pas quitter Rouen sans contempler à nouveau des belles verricres des cathédrales. Je m'at- Lendris en présence de ces pelits chefs-d'œuvre que des artistes épris de leur art, à l'âme candide et pleine
de lumière, ont burinés de leurs conceptions aériennes
et je suis venu adresser à la grande Jeanne le meilleur
de mes adieux.
Re DRE À NES
mener mrrremem bineréhaenadle-Daséranns s su
Paris !
« Celle ville »
« AUX longs cris »
« Qui prolile »
« Son front gris, Des loils frèles, »
« Cent tourelles »
Clochers wrèles, »
C'est Paris, »
lra lala, lala, lala. C'est du Camille Saint-Saëns el du Victor Hugo ; ce n'es pas du tout Paris, le Paris de maintenant, Le roi Jean val mort el Les moines chassés de leurs éloitres, tristes 4 dépouillés sur les routes d'exil ne vontplus pleurer Sur la tombe de Madame [sabeau, On ne parlera wuére, désormais, du spleen sothique : JU ne sais pas méme Si Sera question du spleen « style empire ». Le poussière de l'oubli S'amoncéle <ur les dieux des temps anciens : l'âme méancolique des choses défuntes Vollige autour de ces petits sancluaires dissé minés au QueUicr lan que gardent des homm:3
élrangers à leur époque, Silenesl resté quelque ches cest un souvenir falot qientreliennent ax up idéhité mlassable, de pales ref istes ou antiques des numismaltes à la figure parcheminée et que Lapis derriere des comploirs charees le « tanagra », de vieilles médaitles. antiques bibelots <e COMp:Oposent avec ces débris des aimes d'ancetres Bouddha harquois el indécent se contemple Toujours le nombril el one daigne pas lever les veux. un sent imstant. sur ces dévonements au front dégarnr di jeunesse et de cheveux, Ces Vaineus. ces émierés ont leur possie is sont plus mléresante que nes polichinelles qu dansent à la corde, Ce qu'il remuent de souvenirs. idées d'opinions. de paradoxes intethuents et pleins de philosophie. [l< donneraient du fil relordre à nos modernes bâlisseurs de svstemes.
le voulaient bien. Mais c'est un souci dont ls
| LE mont cure: leur personnalité est absente el le bruit que font leurs contemporains meurt a la porte de leurs petits Lermples VÉCTÉs,
Les quais de la Seine mont pas boue. Fiesorueani de hvres, de bouquins poudreux tenons sollieitent. nous font des siunes, Élalant leurs mehesses un pen lancées. ils nous tomurent de celle envie imsaliable d'acheter Loujours. 4 ar rencontré des Hivres AIRIS qui, dans leur langage à eux, me disaient, en soule-
\ de Ja poussière - Oue ne nous achélesLus nous