‹ Le théâtre à Montréal [microforme]Chapitre 5 sur 57 · LE THEATRE 1 MONTREAL · texte numérisé non relu

LE THEATRE 1 MONTREAL

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qui n'a pas le droit d'étre sévère à l'endroit des égarés, puisqu'il couvre sous Un Masque d'honnéteté Un amas de Lurpiltudes et de crimes, C'est un législateur qui légalise Jos Situations ühormales en dé truisant un préjugé odieux el bien en cour, C'est jei que le moraliste se déploie, ruuil, ahalhémalise, 1] ne faudrait Pas croire pourtant que celle miséricorde soit née dans les coulisses du théâtre ou dans le cabinet de l'écrivain, Un grand poële, le plus grand des artistes el des penseurs, celui qui enscignait Jadis la vérité sur les rivages de Judée, avait Pardonné à la femme coupable,

Mais, aux veux du Monde, la femme tombée restera toujours la femme tombée, N'est-ce pas se faire illusion sur le monstrueux égoisme de l’homme, qui CXCUES avec un sourire les fautes de son semblable et n'a pas assez de mépris pour la créature de faiblesse, de douleur et d'amour? Je jetterais volontiers un rocher sur la tête de Fernand de Thauzette et comme Dumas J'aurais pitié de la malheureuse, cependant Je prendrais garde d'exagérer ses mérites el sa douleur, et je me lrouverais. certes, ridicule, si Je dé Pensais tout mon lvrisme à l'entourer d'auréoles, EU alors, je crojrais aVoir servi une donnée d'éternel bon sens,

Vous désirez peut-être savoir si Je jeune Fernand de Thauzette est mort? Le Don Juan à la vie dure, il

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court, éternel papillon, = butiner des fleurs tendres, C'est une âme pauvre el voluplueuse qui se grise en agilant les grelots du plaisir. Ce Fernand manie le paradoxe avec une désinvollure et une volubilité élourdissantes, I perd son Lemps en essai ant de nous faire accroire que le Lout de la vie est dans li jouissance, Le monde suceomberait vite sous une Vague de laidenr et de bassesse morales, s'il en était ainsi, La loi du dévouement et du sacrifice es à lai base de toute action véritablement grande, comme elle exhausse les peuples et les individus qui la comprennent el la mettent en pralique.

Vous connaissez madame de Thauzelte? Elle se fourre partout. est Finévitable féminin. Elle joue avee les destinées elle fait des princes, des ministres eUdes juges. Ses sourires el ses paroles sont des dards enveninés qui blessent et qui luent. Bête soveuse ePavide.elle Vendrait son âme pour un bracelet. un chiffon, que sais-je, moi? Elle à une certaine logique de boudoir qui m'accentue que mieux le vide de sa cervelle. Je ne serais pas surpris qu'elle re possédât ut siINIeme sens... le sens du félin qui lacère les belles dues avec ses orifles, Elle constitue une espèce assez CONnUne, puisque nous en avons à Montréal.

Par hâte d'arriver au comte de Bordannes. I est bien second Empire, il est bien de notre époque, Vous

le connaissez, vous le croisez dans la rue, ce type

*è LE THEATRE A MONTREAL

d'homme moitié honnéte, eharitable, généreux, trés influent, riche automobiliste qui écrase Les piétons, ayant de la noblesse d'âme, mais qui croit à l'existence d'une moralemaseutine, Vousl'aimez peut-etre et qui Sul Si n'a pas orienté votre vie vers des douleurs et des catastrophes? Si vous en avez fail votre idéal d'homme publie et privé, alors vous vous êtes bien trompé, Test un élément de décadence dans Ja société et son raflinement intellectuel. con étalage bruvant eUinutile,. ne prouvent que mieux la nullité de son rôle social, La supériorité devient un instrument de ruine lorsqu'elle ne <e fait pas la servante de l'humanité et quelle rapporte tout à soi el aux siens. Les princes du dix-huitiéme siècle, qui opposaient à la tourmente révolutionnaire les épigrannmmes de leur esprit cultive, constituent des hors-d'œuvre. ils représentent un

monde <ans défense. et, parce qu'il avait oublié sa

iission séculaire. il s'en allait à la mort couronné de FOSes, \eôte du comte de Bordannes, le suivant de prés,

UV a son ami et son mentor. il Va Thouvenin.

l'homme équilibré, d'une sereine philosophie sociale, plein de bon sens, juste, assez cependant logique pour plaire à une généralion si malade, IL trouve bien le Lour, lui aussi,de ghsser entre deux be < sourires, des fausselés aimables. mais <a sincérité les Jui

fait pardonner, C'est le Evpe idéal du mari fidèle, 1

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croit, — 6 candeur !— que le bon sens s'acecomimode de mesure, Ce n'est pas fui qui érigerait en principe directeur de la vie les déréglements el a débauche faisandée,

EL adore une poésie autrement lorle el féconde, celle que Fon trouve au foyer avec kr conscience du devoir accompli, Tenez, je le propose comme modèle aux jeunes maris d'hier, el il n'est pas certain que les plus âgés n'apprendraient à son école, utiles et profilables lecons, Hélas les mauvaises habitudes...

A Loul prendre, malgré débordement de Ivrisme effréné, de fausse sentimen dité el une fin d'un ettet si calculé qu'elle semble une explétalion du sentiment de l'auditoire, c'est une piéce très attachante,

Comprise comme elle doit l'être, elle amenenerail, peut-être, dans les rapports des divers groupes d'hommes entre eux, le sourire d'une justice plus humaine en orientant les intelligences vers Pétude réfléchie

des cas de conscience sociale,

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‘ Monsieur le Directeur ” MM. Bisson et Carré

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Rien n'est plus diflicile à résumer qu’une pièce de Bisson. C'est léger, Lénu, en fil. Canevas quelconque où s’élancent des tiges chargées du suc des fleurs spiriluelles qui agitent leurs corolles brillantes, des mots chatovants qui fulgurent dans une apothtose d'un moment, puis s'éleignent, meurent ! Une série de silualions drôlaliques amenées le plus simplement du monde, une succession d'incidents journaliers à la cime desquels s'allument un Cerme vif,des étincelles d'esprit, voilà le vaudeville de Bisson, Il nous fait, en somme, passer une agréable soirée, peut-être un peu aux dépens des règles strictes de lhonnéteté, Les gouvernements, les mondains, les jeunes gens

qui jettent leur gourme proclament qu'il nv a

jamais péché lorsque leurs déprédalions, leur firt avec les nations, leurs escapades amoureuses, ratent leur effet, Maxime fort commode, el pourvu qu'ils aient de l'esprit, n'appuient pas Lrop, on les Jaisse passer, Sovons de leur avis pour une fois !

Monsieur le Directeur est élégant, chic, pommadé, toujours rasé de frais, car il est l'ennemi des barbes de quatre jours. Ses habits Fretent la marque du premier faiseur de Paris el, ce qui ne vâte rien, une fleur de pourpre tranche sur 1a couleur sévère de son gilet. Les fleurs ont un parfum el cela entre un peu dans son programme de Jouisseur. Il enseigne à ses subordonnés l'art de congédier les iniportuns. « De la douceur, de Ja fermelé et une légère ironie. » Il tempère ses ordres, ses refus d'un sourire gracieux qui fait dire aux naïfs : « Mon Dieu, que ce directeur est bon enfant Lout de méme, il ne peut vraiment pas nous accorder ce qu'on lui demande, » Il fail lacour aux dames el plus d’un fonctionnaire doit son avancement aux gentillesses de sa femmue. [méprise les révoltés et les âmes fières, :! accable les hommes de principes de paroles améres el cuisantes, les traite de ratés, de nuisibles.

Monsieur le Directeur à un saillard de neveu qui

fait la noce ferme, — c'est Je portrait en pelit de l'oncle, Il est gouailleur à certains moments, el quand il sert de secrétaire à de la Mare, il flaire les lettres

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