Le théâtre à Montréal; propos d'un huron canadien
^ilodesle nurrier de la prose, cointnenl pourrais-je atlirer. ne fûl-ce qu'un inomenl. ros suffrages d'élite, vous (jue la deslinée — je parle à des Latins et à des Grecs. — a voué au.r formes supérieures de Fcrpression humaine'] (.'onuticnl'! ...
LE THEATRE A MOXTIlEAL
Le poêle des Phases donl l'œiirre esl une crijple ouvrée, (lélieieusenienl ini/slérieuse e.oinnie les sepl filles <l'( )rhu)i(n}(le el au seuil de UK/uelle il juul de loule néeessilé ahundaniier su paresse d'espril sous peine de ne pas la saisir, ilaif/nera-l-il abaisser un regard sur res pcnivres ehraniipies ? El l'(nd Mann (jui, dans i(t [x'nonihre rerle de son apparlenieid de l'assii, hupiinanl ses paans hiéralitpies, juhjuranls île jfenunes. iiiel la dernière main à une (euvre où se niarienl rléfitnnnwnl ses soucis de ehules rares el son (foi'il de la perfeelion. roudra-l-il enlriawrir de son doifll fuselé ees néfjli (/eahh's rlioses'! Il n'esl pas jusipi'à ee cher Hené (Jiopin. (-(unnus en passmd au )]olarial, jxiree ipie (m fond île ee poêle ipl un ironisle en aelion de liaule râleur, donl iespril raplé par les e.rpédilions polaires el les eonlrals de renie, ne nw soil d' un difjieile accès.
Mais rolre aniilié me rassure. Elle m'est une eerlilude que roiis ne me refuserez pas une sipnpalhie donl vous m' are: déjà fait e.rprimer loules les sareurs. El sans plus iT insislanee à voire porte, je vous arrive, rravale dénouée, eheveu.r en désordre, un rire au.r lèvres, dans r aeeouli'enient nai'ipiois du tjohéme qui ril sous les loils de l'fu'is.
Je rous apporte des riens, des eoli fiehels tpii tiennent à un fil, de petits bibelots sans arl, sortis du cerveau au jour le jour. Eclosion pâle du (jrand rêve qui tour
ri ;e F ACE
inenlc les hoinincs ilcfiiiis iiu'i/s diincnl. sonjjrciil, [ilciircnl à Irarers /'espace cl le Icmps. L'ironie — clic csl au fond de loiil — circule au milieu de ces frêles choses (juc le passfuil rciiardera d' un <cil dédaifjncu.r cl méprisai}/ . Elles seront laissées là. dans une rilrine de libraire, décolorées, eliarfiées d'oubli. A n'en pas douler. elles me vaudront la juste indifférence des uns et la miKpierie des aiilns. M(us ipi' impoiti'. puis(pu' j'en suis encore à la fie des fiestes fous.
Si la ( hicanicre précision ne m en arail empêché, je leur aucius (humé ce nom de Au Jardin t\r< Pi'iiiicvères, pour ce tjii' il évoque au printemps, de jeunesse, de réalisations hdlivcs. d' incomplet, d'entrouvert à demi, d' imaijiiu' assez t'(ruvre parfaite d'un écrivain —
réi'c de jeunesse réalisé dans l'éujc mûr » — comme un jardin de fin d'été, ennobli de t' harmonieu.r contraste des om lires et des lumières, et frôlé par le sanglant Ixiiscr de t (uitonuic. d'ij vtus se prouu'ncr. en des allées linemcnt ralissées, une pensée nuiitresse d'elle-même, portant au fnuil un dindèiiu', el belle de toute la mélancolie des rehuu's du rêve.
Le 'llit'àtic ;'i Moiitrral n'est pas une pr(niiesse. mais conunc un témoin que j'ai dressé sur des routes commençant à s'at)imcr ilans le passé. En cela, j'ai été pareil à ces nomades inconnus qui. tirant de (piitler le désert, élèvent une pierre sur laquelle ils inscrivent leur nom pour attester qu'ils ont passé là.
LE TllEA'ntE A MO.MllEAE
Je serai ediiiplèleiiiciil heiircu.r si (jiichiiies êlr(.< (floneuseme/il viranls en mai // lionvenl un fien ilr fraîcheur el reronnaisseni en relie esquisse d'une (hue (F en fa ni venu au monde des leltres. F écho de sa sineérilé el de s<n} enlliausiasnie irréduelihle pour l'Ahsfdu. les haules inlransitjeances du edur el de l'espril.
.Mahcisi, lli;Nin
I^aris. le 'A mars T.»! I
Le Ihéâlrc csl une Irihiinc m'i se plaidenl des eoiiflih d'âme el des eas ttiuiriiKiuj-. Il peu! soulever les /;///.s- IkiiiIcs (iiieslians de hi rie hiinidine el sinon les résoudre, jirésenler des solulions curieuses el difjnes d'élre déballues. I )es pièees eonune relies de MM. Paul Bouryet, François de durci. .Jules Leniailre el nulres nioralisles du Ihéâlre. êlèvenl la scène en apjtiirlanl <\ F iinjxdience lies esprils un noble (diinenl de dispule. aulonr des prohlènies ipii (Kjilenl l'huntanilé cnlière. El depuis Molière qui a donné à la comédie une forme achevée.^ le rire consliluc le plus merrcilleu.r inslrumcril de eomixil cotdr-e les Irai'crs. les inirurs. les rnlicules des époipies.
Au Canaila. le Ihéàlre frfuuyiis. ipianil il csl dirigé par des hommes de ijoùl. enlr-elii-nl une sorle de eullure laline el la gloire du rcrhc français rclenlil avec bonheur sur ces rives ipii n'onl pris désappris à aimer la
14 LE THEATIŒ A MOXTIŒAL
France cl à la scrcir dans la constance immuable des âmes (jui se souciennenl cl lui reulenl des deslins supérieurs (Ui lemps. De la sorle. les roses de France jlcurissenl chez nous, même sous la nei</c iju'apporlenl les renls du nord. La pelile flamme allumée par les créalcurs du sol canadien, brille loujours ; elle éclaire nos inonlafines cl nos vallées d'une lueur ipii magnijic les choses, héroïse les senlimenls. (U'ilc « nmrche " d'.\méri(jui' compose à elle seule loul un poème d'iunour cl de jidélilé. El sa persislance à durer cl à se déjinir esl un hommage à la l'ihdilé de l'âme jrancaise. .\ous (U'ons (jri/fonné en marge des drames qui nous furent doniu's â Monlréal. nos impressions semaine par semaiiw. Les l^rancjiis ijui nous feront l'honneur de nous lire voudronl-ils discerner' <'i Iriuwrs ces bégaiemenls de jeune crilifjue et ces notions chétires. une façon de penser et de sentir qui, pour leur être derenue probablemenl étrangère, représente ipu'hpw chose de leur {xissé avec le frémissement juvénile d' une âme amoureusetnenl soumise à sa lerre et à ses niorts.
Denise
Alexandre Dumas fils
A Mademoiselle Lanra Deslongchatnps
je me suis réveillé l'autre jour, avec des velléités de chroniques théâtrales au bout des doigts, puis, suivant la dictée de mes impressions personnelles, j'ai laissé courir ma plume sans l'arrêter. Et voilà que, sans préparation spéciale, dominé par la tyrannique émotion du moment, je me vis transformé en critique de théâtre.
Vraiment, ce soir là, nous nous serions cru transportés en 1830 ou à l'époque du second Empire, quand le romantisme triomphait partout et particulièrement au théâtre, miroir fidèle des mœurs d'alors, à moins qu'il ne contribuât à les créer.
Denise est, certes, un drame fort intéressant. L'auteur a épuisé tous les moyens d'enchantement
dont il disposait. C'/est à la fois un mélange (\(' vrais et de faux sentiments, avec du cynisme en plus : larmes, cris, mains tordues par l'angoisse, désespoirs touchants, colères délirantes portent l'étitjuette romantique. La thèse est connue : réhabilitation de la femme tondiée. Le drame lovd entier évolue autour de ce pivot cenh'al. C-'csl là un genre (pii a vécu en France ; d'autres royautés littéraires se disi>utent la faveur populaire et le suffrage de l'élite.
Mais il était curieux de constater l'inlérêL (|ue cette pièce soulevait cette semaine. 11 fallait entendre les applaudissements enthousiastes, il fallait voir les balcons croulant presque sous le délire des trépignements. Le romantisme n'a guère perdu de sa force de séduction sur les âmes. Oui, on ;i eu raison de dire qu'il a été une révolution de l'âme hunuiine et qu'il l'a ébranlée jusque dans ses plus intimes profondeurs. L'esprit humain, faussé par les théories de Rousseau et la sinistre folie de 89, s'éjouit du lyrisme fulgurant qu'elle fit déborder sur le monde.
Nous souffrons un peu de re mal. Xotie pi'étendue classe intellectuelle s'éprend de chimères et d'idées qui ont fait banqueroute ailleurs. L'âme populaire, cette âme toujours pareille sous tous les cieux, toujours attirée vers ce c|ui jieut lui donner l'illusion de la grandeur et lui faire oublier le tourment du jour, frémit, tremble, s'agite, se pâme sous la lyre roman-