DEM SE
tique. Ame neuve et viercre. autre âme française aussi, capable de noblesse et d'idéalisme, puisse-t-elle se tenir longtemps sur les sommets, haute et saine, semblable à nos chênes robustes, qui plongent leurs racines dans les terres du Nord et dont la cime altière ennoblit la majesté des Laurentides !
Denise est la sœur de Marguerite Gauthier, mais une sœur plus pure, une sœur aînée qui a une certaine religion de l'honneur et ne s'est donnée qu'une fois, à un homme qui va se battre en duel et lui demande, avant de mourir, la preuve suprême de son amour.
Je ne sais pas si cette femme tombée, d'ailleurs remplie des [tlus belles cpialités, frémissante d'énergie et de courageuse endurance, existe dans la réalité telle que nous la dépeint Dumas fils? J'en doute. Dumas a cédé, encore ici, à son penchant irrésistible qui le porte à glorifier les parias, condamnés par l'hérédité ou leurs propres fautes à subir plus lourdement que quiconque la fatigue d'être. Il apparaît qu'il veut nous faire admirer et accepter Denise, comme la victime innocente d'une destinée aveugle et tyrannique. Il s'ingénie à ouvrir en nous des sources de pitié et d'absolution pour des égarements criminels. Au cours de son drame, il n'est pas qu'un auteur, versé dans son métier, sijr des effets à produire, il entend s'aiïirmer le justicier d'un monde
qui n'a pas le droit d'être sévère à l'endroit des égarés, puisqu'il couvre sous un masque d'honnêteté un amas de turpitudes et de crimes. C'est un législateur (jui légalise les situations anormales en détruisant un préjugé odieux et bien en cour. C'est ici que le moraliste se déploie, rugit, anathématise. Il ne faudrait pas croire pourtant que cette miséricorde soit née dans les coulisses du théâtre ou dans le cabinet de l'écrivain. Un grand poète, le plus grand des artistes et des penseurs, celui ({ui enseignait jadis la vérité sur les livages de Judée, avait pardonné à la femme coupable.
Mais, aux yeux du monde, la femme tombée restera toujours la femme tombée. N'est-ce pas se faire illusion sur le monstrueux égoïsme de l'homme, qui excuse avec un sourire les fautes de son semblable et n'a pas assez de mépris povu' la créature de faiblesse, de douleur et d'auiour? Je jetterais volontiers un rocher sur la tête de Fernand de Thauzette et comme Dumas j'aurais pitié de la malheureuse, cependant je prendrais garde d'exagérer ses mérites et sa douleur, et je me trouverais, certes, ridicule, si je dépensais tout mon lyrisme à l'entourer d'auréoles. Et alors, je croirais avoir servi une donnée d'éternel bon sens.
Vous désirez peut-être savoir si le jeune Fernand de Thauzette est mort? Le Don Juan a la vie dure, il