LA BEA UTE D U DIA BLE
Rose Lison et son père ont été relégués dans la vieille chapelle du château. La nuit vient. Brisés d'émotion et de douleur ils succombent de sommeil. A pas de loup. Laurent de (a•oix-^'itré pénètre sans bruit et s'étant d'abord assuré cju'ils dormaient tous deux, se jette sur Rose et tente de la tuer. Les cris de la malheureuse réveillent le comte de Croix-Vitré qui, retrouvant son énergie première, étouffe ce misérable. Nathalie apparaît et comprenant tout, se roule de désespoir sur le corps de son fils.
Et c'est tout. Sur l'action principale, qui prend des allures tragicpies, l'autem- a greffé, comme une Heur de poésie, l'afl'ection fidèle, dévouée, aimante d'Henriot pour Lise Fleuron. Cet Henriot sait aimer avec dévouement, inlassablement fort de cet amour, souffrant parce qu'il aime, et aimant parce qu'il peut en souffrir. J'aime bien cet Henriot. Je connais quekju'un qui lui ressemble et comme lui porte toujours, à la Chateaubriand, son cœur en écharpe.
Divorçons
Victorien Sardou
A l'autre Corinne.
Uu Sardou ? Oui en désire? on en a mis partout. Les magazines, les gazettes théâtrales, les journaux à grand et petit tirage de France et d'i\.mérique, nous ont tour à tour offert un plat tourné à la « Viclorien ». C'est le plus grand thaumaturge industriel qui existe sous le soleil, celui qui a l'échiné la plus souple. Drôle avec les farceurs, féroce et brutal, cruel et cynique, cruel et immoral en même temps, contempteur de la vérité, battant la monnaie juive, il se plie avec la plus grande condescendance aux fantaisies de sa clientèle. Trouvez là le secret de son immense vogue. Et puis, après, vous n'attendez pas que je lui nie le talent ; il en a énormément, à jeter par les fenêti^es. Du Sardou? Que diable, cela n'est pas tout à fait
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neuf ici. Il nous souvient d'avoir vu, à l'alliche <lu Théâtre National, pendant trois semaines consécutives, l'annonce de ses plus fameuses pièces, et, entre autres, de cette « Tosca » immorale on ne peut plus, oii se déploie une férocité païenne si intense que les autorités civiles seraient louables d'en interdire la représentation à l'avenir.
Divorçons, c'est drôle jusqu'à demain, et l'année prochaine. « C'est l'éclat de rire », mais en y regardant de près, cela frise la grivoiserie et nous avons entendu l'énoncé de certaines théories modernes et anciennes — le goiit du flivorce est vieux comme la terre — qui, si elles étaient mises en honneur, causeraient l'anarchie dans la famille.
Nos jeunes commis, fringants, bouche bée, liant jusqu'aux larmes, ont fort goûté le dîner « très poivré » de M. des Prunelles. On dirait vraiment qu'ils se paient ce luxe-là tous les jours. Nos dentistes, l'air énamouré, les yeux perdus dans le vague, se léchaient les doigts jusqu'à la paume. Mon Dieu ! quelle dépense de vains et stériles désirs !
Divorçons, est, en fin de compte, une satire contre le rlivorce. Il avait bien, tout d'abord, failli en être la glorification. Sardou, suivant son principe favori, contente tout le monde... et son père, au début les partisans du divorce et à la fin le bloc des maris solides. Cyprienne des Prunelles a sur le mariage un
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stock d'idées subversives (|u'elle a i)uis(''es probablement dans Georpre Sand et Paul Maryiieritte. Elle se lance, un jour, contre cette institut i(ni. dans une •charge trop habilement concertée pour ne pas séduire les esprits (|ui ne jurent que par le théâtre ou par le roman à la mode. Ah ! mais non. par exemple, il ne faut pas s'emballei- de la sorte. Bien ne serait plus insensé (|ue fie vouloir éclairer, diriger et conduire sa destinée à la lueur de la rampe. Ah 1 non, riez tant que vous voudrez, vous l'ami ([ui me tombiez sur les nerfs l'autre soir, riez à n'en plus finir, mais gardezvous de lâcher femme... .J'espère qu'elle j)Ourra vous corriger de votre tiuculence, et si vous l'amenez quelt|uefois au théâtre, elle vous fei-a remarquer c{ue vous n'êtes qu'un goujat ridicule, bon à lier, quand vous cassez la tête de vos concitoyens avec vos propo-J ineptes.
Cyprienne des Prunelles, est au fond, une bonne petite bête dont un mari averti et rusé aura facile- .rnent raison. Elle participe, il est vrai, aux erreurs du temps et se compose, d'après elles, une honnêteté fort douteuse. On sait assez quels mensonges contiennent les opinions actuelles sur le mariage. Elles sévissent en France et aux Etats-Unis. Roosevelt les a condamnées avec les grands sociologues français.
Hélas ! Madame s'ennuie, de tout et de rien. Monsieur veut sortir ; Madame, pas. Elle s'ennuie de <-ro
quer à belles dents sa voisine ; ses chapeaux et costumes sont défraîchis, en réalité ils sont très beaux. Madame n'a rien « à se mettre », elle est un ]teii comme cette femme de Caran d'Ache ifui n'a pas de robe, et on a peur de la voir apparaître devant son époux en habit primitif. Elle est fatiguée de confectionner sur son poing des « fourreaux » qui lui donnent des airs de couleuvre ardente. Mon Dieu, ((ue Madame s'ennuie ! Son mari n'est pas artiste, n^ poète, il ne lui vole pas, dans le jardin, de petite baisers qui bouleversent tendrement. Décidément, Madame s'ennuie de s'ennuyer. Pauvre petite, elle paraît ignorer <(ue l'on souffre à côté d'elle, et qu'il existe des déshérités des joies humaines demandant un rayon, un espoir dans leur nuit sombre. Que ne se fait-elle la consolatrice des blessés de la vie, au lieu de courir à des fantômes de bonheur en livrant son cœur au bêta de Gratignan? Ces préoccupations humanitaires sont loin de sa pensée, elle préfère cultiver le « llirt », elle se trouve ainsi plus « dans le train ».
Monsieur, lui, est rangé, il adore sa femme, il ne veut pas du divorce et il a bien trop d'esprit pour ne pas trouver le moyen qui sauvera la brebis folâtre et coulera à jamais le très sirupeux Adhémar. C'est en papa correct, prodigue de générosité, consciencieux ((u'il va résoudre l'épineuse question. Le mari se mue