‹ Le théâtre à Montréal; propos d'un huron canadienChapitre 37 sur 37 · AU TOMBEAU DE CHATEAUBUIAND · texte numérisé non relu

AU TOMBEAU DE CHATEAUBUIAND

L'homme polili({ue apparaissait au milieu de celte r](''l);iuclic inl;i>s;ili|i:' (riiiuiii'iiiatiou et de songe. Et il ne s'en portait pas plus mal pour cela. Chateaubriand a été un ambassadeur très distingué et un ministre assurément aussi honoral)le ([ue nos u arrivés >> de maintenant. L'on sait assez qu'au Congrès de ^'éroIle, il ht très belle figure et qu'à Rome il soutint avec honneur les devoirs de sa charge. Mais là. comme ailleurs, il traînait son dégoût après lui. Constamment, il a voulu que la réalité fût le rêve et ce n'est jamais, malheureusement, ce ([ui airive. Elle ne se prête pas facilement à nos caprices et à nos deruaudes; elle échappe à notre éti-einte, et l'ironie continuelle dont elle couvre nos (h'^convenues exasp('rait cet esprit évadé du réel.

Nous avons fait avec une [)iét('' attendrie ce pèlerinage littéraire à la tombe de Chateaubriand. Il fut notre })remier auteur de chevet. Et ce ([ui j)lus est, son noui est intimement lié à des souvenirs (jui ne s'effaceront jamais de notre mémoire. Il a des résonances profondes en nous. II sulht qu'on le prononce, pour ({u'aussitot un chapitre de notre vie se déroule, Italie de ses feuillets en agitant un autre nom >;\rrr (pii remonte chaf{ue jour de notre creur à nos lèvres. Non, je ne {louvais pas oublipi-, pauvre sœur, que ce fut toi (pii m'euseigiuis la religiou de la beauté et ici sur ce tertre, ton regard (lui ^ilhiuiiiiaii d'un<'

flamme étrange à de certains moments, je l'ai revu; cet accent (|ue je n'ai retrouN é nulle part, je l'ai réentendu, et ces soui»irs (|ui ^unllaient ta ])uitrine, je les ai bus dans le vent (jui passait. Et mes regrets, comme une colonne d'encens montaient, montaient jusqu'au ciel.

On dit que Lurili' de Chateaubriand se mettait à genoux ])Our ('coûter les grandes choses (jui sortaient t\('>^ !è\i'es de l!('ii(''. 'i\i couNi'ais île larmes cet Alala que nous lûmes enscndtle. (Test aussi beau. Car les larmes recèlent l'inlini. Elles sont toute la poésie du cceui- luunaiu et Ir plus magnilu[ue t(''moignage de notre fragililé' cl dr noire grandeur. Ouelle psychologie plus auguste (pie hi leur [teut s'olTi'ir à nos investigations |»assionn(''es?

'lu faisais l^'^ducal i-iu de ui;i seu^ihilih'' sous ce vieux cerisiei' de riiuiuMe jardin (pie lu cultivais avec tant de tendresse. Les iilaiK lies marguerites étaient les soeurs de tes pens(''es. Tu souriais au soleil, au jour, à la vie et Ion âme libi'e el enl lunisiaste s'envolait dans l'azur. Tu e!(''ais (lie/, moi la sensibilité et je t'en remercie, piiisiprelle ma permis de te pleurei' loiijours. ])epuis cpie lu as cess('' de vi\re. il me paraîl (pie (piel(pi(> (diose s'est (''teiiil (pii ne se rallumera plus. La mort tragiipie oii lu accomplissais ra(de le plus gi'and d'(''])ouse et de mère enl retient autour de ta tombe, un respect mêlé de pitié et de vén('ralion. Comme tant d'autres femmes, aussi admirable

AL roMlŒAI l)E ClIATEM IIIUAM) MT

(|u"ell('s. lu ci-éais fie la vie ;'i rn[r de la inoil. Tu ue mourais jias tout fulirrc ri la limilx' restail dianlauLe.

Il me semble (|ue du ciuieLièie uii tu reposes, s'élève (|uelque in(|uii'4iule counue jadis, tu m'interrogeais anxieusement dans les yeux, pour connaître le fond de moi-même. Ah ! tu jtcux dormir tranquille : je ne trahirai pas les causes (pie nous a\ons aimées ensemble, ce spiritualisme comuiiui (pii nous a l'ait trouver la vie un peu bonne, ces modes de croire, de vivre et d'adorer f|ue n'offrent aucune autre religion que celle qui s'est penchée sur Ion lit d'agonie. En face de ce tombeau oii dort ce prince fidèle à son Dieu et à son roi, je me suis incliné avec amour devant ces idées et ces principes « qui ont raison pour l'éternité ». Comme toi jadis, je ci'ois à la ])0(''sie, à l'enthousiasme, à toutes les manifestations du dévouement et du martyre, à la grandeur morale de l'individu et des races. Et sur cet Atlantique immense, aux tons d'émeraude. bruissant d'harmonie, dévie mélancolique et grondeuse, j'envoie à la petite tombe qui contient ta poussièic, l'Iiomuiagc t'Muii de uies incoercibles ci'o\ aiices.

Fin.

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