AU TOMBEAU DE CHATEAUBRIAND
heureux et l'implacable ciel compose pour des nou- Ncaux fesLoNCurs son poème de rayons, de nuages et d'inlini.
... Quelle destinée singulière tjue celle de Cliateauliriaiid ! Tout jeune, avec cette Lucile ({u'il aima tant, il [)artait, sans cesse en imagination vers de longs voyages, des courses interminables et des pays aux civilisations millt-naires. Le vague de l'inlini lui causait des nostalgies toujours en éveil. A l'heure où l'on s'éprend de puérilités et où l'on trouve dans cha(|ue menue chose un sujet d'extase ou de curiosité, il ('tail ailleurs et ne savait goûter les fragiles plaisirs de son entourage. Le jdacide bonnet de son père arpentant la salle du palais de Combourg n'amenait rien eu relief sur la toile grise de son enfance. Déjà, Cl' pelit polisson ([ui s'amusait à jouer avec des \arechs et courait cheveux au vent sur les remparts de Saint-.Malo. recevant en pleine poitrine, de sa cliemise déchirée, la tlagellation de la bise, avait pris le chemin de l'Atlantique. Son âme s'afïolait du désir de contempler des mondes.
Ce qui prenait une accentuation vive chez lui, c'était une sourde mélancolie qui, incessante, coulait de son cœur. Il ressentait une secrète amertume de cette privation di^ caresses paternelles et familiales. Va\ revanche, il les demandait à sa sœur, à la nature (pii. sur cet espace de sol, étale ses puissances de
rêveries, de lr(''iii(!ali()n intense et de majestueuse tristesse. Il > a toujours au fond de certaines Tunes, qui ont niaïupu' de tendresse en bas âge, un désir fou, sondtre eoiniuc le regret, de demander aux ('dénients impassibles quelque chose de leur (HeiwH'l apaisement et de leur caresse insaisissable. La loi des compensations s'établit-elle ainsi? Il Faut l(^ croire.
Les nuits de C.liateaubiiand. pleines de lièvre et d'insomnie, hantées par des fantômes, avaient également contribué à développer chez lui une imagination apte à sentir et à ei-(''er. IMus lard, à tous les tournants de son illuslic cai'rièi'e, au sonnnet de la gloire, ou subissant le despotisme de Napoléon ; sur les routes d'e.xil où il ira saluei' Charles X, ministre puissant et i'es))ect('', il demeurera le douloureux enfant de jadis. Et il se retrouvera en face de ses fidèles compagnes : la lassitude et l'ennui.
Toute sa vie, il eoinuL après d<'s fantûuu'S ; il les trouvait préférables aux uiainie(|uins et aux pierrots qui s'agitaient sous ses yeux. Il tentait même de leur donner un corps et c'est à travers une Iuk-c de rêves (piil aima jNIesdaïues Hécamier, Pauline de Beaumont, Madame de l»uias. Il s'en détachait à mesure qu'il comprenait (pTelles n'cdaient pas d'une essence plus fine, plus innnatf''rielle, plus endormeuse de néant (pie d'autres fennnes. Et c'est ainsi (pi'il passa dans le monde, le cœur ri\'é à des chinu''res.