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LE CRITIQUE

«ion des visages favorables ou hostiles, de ne point accorder trop d'importance aux silences agressifs, aux toux hargneuses, non plus qu'aux ovations démesurées; il s'applique à garder son sang-froid, à condenser les indications éparses qu'il a recueillies, à se former une impression personnelle. Voici, je crois, pour le critique théâtral la saine méthode: interroger avec clairvoyance le public, s'interroger soi-même sévèrement; s'étant fait une opinion bien assise, l'exposer, la défendre sans mollesse, relayer d'arguments développés et précis,- — enfin, tirer sa révérence aux vanités endolories, aux cupidités déçues.

Ces querelles s'apaisent assez vite. Baumarchais assure que ce n'est pas trop de toute une vie pour assouvir la rancune des auteurs siffles. Il semble qu'ils soient aujourd'hui unpeumoins vindicatifs, peut-être parce que la coutume de siffler est abolie. La première aigreur passée, ils se disent que leur œuvre n'a point pâti d'avoir été discutée, que tout ce bruit ne lui fut point nuisible, ^t que les critiques sont des braves gens, pas très intelligents il est vrai. Ils cessent de les détester, ils les méprisent encore. Vienne un succès : ils leur restitueront leur tendresse et leur estime.

Ces messieurs se vengent de nous — et c'est de bonne guerre — en raillant nos désaccords. . . Comment une pièce peut-elle être, le même jour, parle même aréopage, approuvée et décriée ? Comment serait-elle à la fois remarquable et détestable? De deux jugements contradictoires, l'un est certainement entaché d'erreur. Ces divergences montrent l'infirmité de la critique; elles sont aussi le gage de son intégrité. .. Sur beaucoup d'œuvres je ne partage point le sentiment de M. Léon Blum ; je suis curieux de connaître ses raisons qui ne sont pas les miennes, et, sans toujours me laisser convaincre, je m'instruis.. .

De tels débats profitent à tout le monde ; ils habituent ia foule à envisager les divers aspects des choses, ils

éclairent les auteurs — je n'ose dire qu'ils les corrigent ; — à nous-mêmes ils sont utiles, puisqu'ils nous rendent moins présomptueux. Séparés sur tant de points de nos plus judicieux confrères, nous ne nous croyons plus infaillibles, nous acquérons le doute philosophique qui est le commencement et la fin de la sagesse.

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