‹ Le théatre apres la guerreChapitre 1 sur 4 · AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

L'étude de HENRY BATAILLE, que nous publions ici, a été écrite pour servir de préface à la ^/""^ année de Vintéressante série des Annales du Théâtre et de la Musique par Edmond Stoullig.

Les difficultés matérielles créées par la guerre nous ont obligés à limiter le premier tirage et empêchés de pourvoir actuelletnent à une réimpression du volume qui a été épuisé dès sa mise en vente.

Afin de satisfaire à un nombre considérable de demandes Jious avons estimé nécessaire de procéder à un tirage à part de cette admirable étude sur Le Théâtre après la guerre, qui, bien qu'elle ait été écrite par le poète sans autre intention que de servir les intérêts de l'art dramatique, marquera Vun des plus nobles et des plus courageux manifestes de la pensée française au milieu de la Tourmente qui ensanglante l'Europe et nienace de changer toutes les faces du Monde.

/^N â prétendu de cette guerre qu'elle était la faillite de l'intelligence; il serait plus juste de dire qu'elle a été manifestement la faillite de l'imagination.

Au cours de ces trois dernières années, l'esprit de l'homme présenta, en tous cas, une bien curieuse incapacité de prévoir et d'imaginer 1 II semble même qu'il n'ait pas su présager les proportions de la machine gigantesque qu'il mettait en mouvement. La créature a dépassé le créateur. Elle s'est échappée de ses doigts, a brisé sa direction ; elle s'est mise à vivre d'une vie propre, disséminée dans la palpitation unanime des êtres. Ceux qui en furent les inventeurs responsables n'ont plus de prise actuellement sur ce géant dans l'envergure duquel ils ont peine à reconnaître leur création de naguère. Sa mesure aujourd'hui défie toutes les proportions concevables. Chaque fois que le monstre nous parait avoir atteint son maximum de développement, ce maximum est toujours dépassé par les réalités du lendemain 1 Ce que nous croyions la veille un aboutissement n'était qu'un début. Ainsi nous avançons, soumis à l'emprise de cette ombre incommensurable qui s'est détachée de nous pour devenir notre maître, sans que nous pronostiquions jamais les événements ni les jougs que ce nouveau maître nous

Page 1