‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 1 sur 390 · SCÈNE I IPHIGÉNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE I IPHIGÉNIE

En m'avançant sous vos ombrages, dmes frémissantes da bois épais, saint, antique, j'éprouve encore, comme en entrant dans le sanctuaire paisible de la déesse, un frisson secret : il me semble toujours que mes pas touchent ces lieux pour la première fois, et mon esprit ne s'y accoutume point, n y a déjà longtemps qu'une volonté suprême à laquelle je me résigne me tient ici cachée, et cependant aujourd'hui, comme au premier jour, je ne suis ici qu'une étrangère; car, hélas! la mer me sépare de ceux que je chéris; je passe de longs jours sur le rivage, où mon cœur cherche en vain la terre do u. i

la Grèce; la vague ne répond à mes soupirs que par de sourds mugissemenis. Malheur à celui qui, loin de ses parents, loin de sa famille, mène une vie solitaire! Le chagrin dévore le bonheur qu'il semblait près de goûter. Ses pensées errantes ^e reportent incessamment vers le foyer paternel où le soleil brilla pour la première fois à ses yeux, où les enfants du même âge, se livrant aux mêmes jeux, s'attachaient de plus efiplus l'un à l'autre par de doux liens. Je ne juge point les décrets de$ dieux; mais l'état des femmes est bien digne de' pitié! Dans l'intérieur, à la guerre, l'homme commande, et hors de son pays il sait pourvoir à ses besoins. 11 a le plaisir de la possession; la victoire le couronne; une mort glorieuse lui est réservée. Mais, la femme, dans quel cercle étroit est renfermé son bonheur ! Obéir à un époux farouche, c'est son devoir et sa consolation : qu'elle est malheureuse si un destin ennemi la pousse sur une terre lointaine ! Tel est mon sort : Thoas, tout généreux qu'il est, me retient ici dans un esclavage dont la cause est grave et sacrée. Ah ! je l'avoue avec confusion, c'est à regret que je te sers, ô déesse, ma libératrice ! Ma vie devrait être consacrée librement à ton culte : aussi ai-je toujours espéré et espéré-je en toi, ô Diane, toi qui as accueilli dans tes bras divins et secourables la fille abandonnée du grand roi. (fui, fille de Zeus, si l'homme puissant que tu désespéras en lui demandant sa fille, si Agamemnon, égal aux dieux, qui offrit sur tes autels ce qu'il avait de plus cher, a été reconduit par ta main protectrice des murs de Troie renversée dans sa patrie; si tu lui as conservé son épouse, Electre, et son fils, précieux trésors..., rendsmoi enfin aux miens; et toi qui m'as sauvée de la mort, sauvemoi de la vie que je traîne en ces lieux, qui est une seconde mort.

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