‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 2 sur 390 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

Ti'etoire nouvellement remportée. Je devance à la hflte le roi et I armée pour vous apprendre que l'un et l'autre s'approchent.

IPHIGÉNIE

Nous sommes prêts à les recevoir dignement, et notre déesse attend d'un œil favorable le sacrifice que va lui offrir la main de Thoas.

ARCAS

Que ne trouvé-je aussi le regard de la digue et noble pré* tresse, ton regard, ô vierge sainte, plus sereiu et plus brillant, préscige heureux pour nous tous; mais le voile d'un secret cbsgria couvre encx)re ton cœur. Les années s'écoulent sans ([ue nous puissions obtenir de toi la moindre confiance; depuis qiKJe te connais dans tes augustes fonctions, voilà le regard derant lequel je frémis toujours; et ton âme reste conune rivée dans ton sein par des liens de fer.

IPlIIGÉNfE.

Gomme il convient à l'exilée, à l'orpheline.

▲BCAS.

Te semble-t-il être ici orpheline ou exilée?

IPHIGÉKIE.

La terre étrangère peut-elle devenir pour nous la patrie?

ARCAS

Hais la patrie elle-même t'est devenue étrangère.

IPHIGÉNIE

Et voilà pourquoi mon cœur saignant ne guérit point. Dans la première jeunesse, quand mon âme commençait à peine à s'attacher à mon père, à ma mère, à ma famille; quand les jeunes rejetons d'une tige commune, doucement unis, s'élançaient ensemble du vieux tronc vers le ciel, hélas! une malédiction inconcevable s'appesantit sur moi, m'arracha aux objets de mon amour, et d'une main de fer rompit ces doux liens. Elle disparut alors, la joie de ma jeunesse, la félicité des premières années : je fus, il est vrai, sauvée de la mort, mais néanmoins je ne suis plus qu'une ombre, je le sens, et le^oux plaisir de la vie ne refleurira plus pour moi.

Si (u prétends être si malheureuse, je serai en droit de l'appeler ingrate.

IPHIGÉNIE

Vous recevez sans cesse le tribut de ma reconnaissance.

ARCAS

Il est vrai; mais non de cette reconnaissance qui est le prix du bienfait, de ce regard joyeux qui témoigne à l'hôte d'une vie contente, d'un cœur bienveillant. Lorsqu'un destin profondément mystérieux te conduisit à ce temple, il y a bien des années, Thoas t'accueillit, te traita avec respect et amour, comme une envoyée du ciel, et il fut pour toi favorable et ami, ce rivage si terrible pour les étrangers, puisque, avant toi, nul n'y aborda sans être immolé, d'après l'antique usage, comme une victime expiatoire, sur les marches sacrées du tempJe df Diane.

IPHIGÉNIE

Respirer librement n'est pas ce qui fait la vie. Quelle est cette vie que mes saintes fonctions m'obligent à passer ici dans le deuil, semblable à une ombre qui erre autour de son tombeau? Et peut-on dire qu'on a la cofiscience d'une vie heureuse, quand chaque jour consumé dans des songes stériles nous prépare à ces jours'lugubres que la noire troupe des morts, s'oubliant elle-même, célèbre sur les bords du Létfié? Une vie inutile est une mort anticipée. Plus cruellement que ' toute autre, je subis le sort commun des femmes.

ARCAS

Ce noble orgueil qui te rend mécontente de toi-même, je te

' le pardonne, tout en le déplorant, car il t'enlève la jouissance

de la vie. Tu n'as rien fait ici depuis ton arrivée? et qui a

donc rasséréné l'âme sombre du roi? Qui a su, par sa douce

persuasion, suspendre l'ancien et cruel usage qui veut que

chaque étranger laisse sa vie et son sang au pied de l'autel de

^ Diaue? Qui a sauvé tant de fois les prisonniers d'une mort

'.-' certaine, et les a renvoyés au sein de leur patrie? La déesse,

loin d'être irritée de la perte de ce sanglant sacrifice, n'a-

t-cllc pas largement exaucé tes douces prières? La victoire

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