‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 103 sur 390 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

temps que TOUS nous promettiez? » — Hais les heures se

passent en discours ; rester oisifs, c'est le trahir.

SŒST.

C'est une honte à tous, Brackenbourgl Ne la laissez donc pas Élire; empêchez un malheur.

BRÀCKERBOORG.

Chère Claerchen, rentrons ! Que va dire ta mère? Peutêtre...

CIAIRE.

Me prends-tu pour un enfant ou pour une folle? Que veux-tu dire, avec ton peut-être? Tu n*as pas une espérance à m'offrir pour m'arracher à cette affreuse certitude. — Écoulez-moi !... vous m'écoulerez ; car, je le vois bien, la stupeur vous glace et vous n*êtes plus à vous-mêmes. A travers les dangers présents, laissez tomber un regard sur le passé, le passé d'hier ! Tournez ensuite vos pensées vers Ta venir : pouvez- vous vivre, Tivrez-vous s'il péril? Avec sa vie s'exhale le dernier jour de votre liberté. Que n'était-il pas pour vous? Pourquil'a-t-onvu oourir aux plus affreux dangers? Ses blessures n'ont jamais saigné, n*ont jamais guéri que pour vous. Eh bien ! cette grande âme qui vous portait tous, un cachot la renferme, les horreurs de la mort planent autour d'elle 1 II pense peutêtre à vous, il espère en vous, lui qui était votre unique espoir et qui ne Ta jamais trompé.

LE CHARPENTIER

Venez, compère.

GLAIRE

Et pourtant, je n*ai ni vos bras ni votre vigueur ; mais j'ai ce qui vous manque à tous, du courage et le mépris du danger. Mon souffle ne peut-il vous enflammer? ne puis-je, en ^us pressant contre mon sein, vous échauffer et vous animer? Venez ! je marcherai au milieu de vous ! Ce qu'est pour Qne noble phalange un simple étendard flottant dans les airs, mon esprit le sera pour vous. L'amour et le courage sauront faire une terrible armée d'un peuple chancelant et dispersé. a. 13

150 EGHONT.

JETTER

Emmène-la, die fait peine à voir.

Les bourgeoii s'éloignent.

BRACKENBOURG.

Clœrclien, ne Tois-tu pas où nous sommes?

GLAIRE

Où? sous le ciel qui se courbait en dais sur la tête d*Egmont, lorsqu'il paraissait. Voilà les fenêtres où ils se mettaient, quatre, cinq têtes l'une sur l'autre; voilà les portes où ils se fatiguaient à le saluer quand il jetait un regard sur les lâches! Oh! ils m'étaient si chers, alors qu'ils lui rendaient ces honneurs! S'il se fût fait leur tyran, il leiur eût été permis de l'abandonner dans sa chute... mais ils l'aimaient 1... Oh! ces mains si promptes à retirer vos bonnets ne sont-elles pas capables de tenir une épée?. . . Brackenbourg, et nous?... de quel droit leur adressons-nous des reproches? Ces bras dont il se sentit pressé tant de fois, que font-ils pour lui?. . . — La ruse est venue à i)out de si grandes choses dans ce monde! Tu connais le vieux château, tu en connais les issues... Il n'est rien d'impossible. Donne-moi une idée.

BRAGKENBOORG.

Si nous rentrons à la maison?

GLAIRE

Bon.

BRAGKENBOURG.

Je vois, au tournant de la rue, des soldats du duc d'AIbe. Laisse-toi persuader par la voix de la raison. Me prends-tu pour un lâche? crois-tu que je ne saurais pas mourir poar toi? Nous soinmes fous tous les deux, moi aussi bien que toi. Ne-vois-lu pas l'impossibilité? ne peux-tu reprendre tes esprits?. . . Tu es hors de toi !

GLAIRE

Hors de moi ! fi ! Brackenbourg, vous êtes seul hors de vous. — Autrefois, pendant que vous rendiez des honneurs publics à ce héros, pendant que vous le nommiez votre ami» votre soutien, votre espoir, que vous criiez vivat sur son passage, moi, je me tenais renfermée dan? ma chambre, j'en*

Page 1