‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 107 sur 390 · ACTE Y · texte numérisé non relu

ACTE Y

CLAIRE

Plus bas, mon ami, n'éveillons personne, ne nous éveillons pas nous-mêmes ! Goimais-tu celle fiole, Brackenbourg? je te la piis en badinant, un jour que, selon ta coutume, tu parlais de te déliyrer de la vie : et maintenant, mon ami...

BRACKENBOURG.

Au nom de tous les saints !

CLAIRE

Ta n'y peux rien changer; la mort est mon partage; ne m'envie pas la mort douce et prompte que tu t'étais préparée. Doune-moi ta main! Dans un moment, lorsque

j'ouvrirai la sombre porte qu'on ne passe pas deux fois, je voudrais pouvoir te redire, en te serrant ainsi la main, combien je fai aimé, combien j'ai pleuré sur ton sort. — Mon frère est mort jeune ; je t'avais choisi pour le remplacer près de moi. Ton cœur n'accepta pas cette mission, et ce fut une source de tourments pour toi et pour moi. Tu aspirais toujours plus ardemment à une place qui ne t'était pas destinée. Pardonne-moi, et vis heureux. Laisse-moi te nommer mon frère! C'est un nom qui comprend bien des noms. Cueille la dernière fleur de ceux qui se séparent, et que ce soit de bon cœur prends ce baiser ! La mort réunit tout, Brackenbourg, tout! nous aussi.

BRACKENBOURG.

Eh bien, laisse-moi mourir avec toi ! Partage, ah ! partage ; il y en a assez pour éteindre deux vies !

GLAIRE

Non, reste! tu dois vivre; tu le peux. — Reste auprès de

ma mère, qui sans toi tomberait dans la misère; sois ce que

je ne puis plus être pour elle, vivez ensemble et pleurez-moi.

Pleurez sur la patrie, pleurez sur l'homme qui aurait pu la

sauver ! La génération d'aujourd'hui n'est pas au bout de ses

maux. Toute la fureur de la vengeance échouerait contre de

tels malheurs. Vivez, malheureux, jusqu'au jour où les jours

s'arrêtent. Mais aujourd'hui s'e taisent pour moi tous les

bruits du monde; la terre suspend sa marche... mon cœur

n*a plus que quelques minutes à battre. Adieu !

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