‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 112 sur 390 · ACTE T · texte numérisé non relu

ACTE T

etifloi, misérable, je suis là pour t'en conyaincre... et te pleurer 1

Quelle voix étrange, quelle consolation inespérée s'offre à moi sur le chemin de la tombe? Toi, le fils de mon mortel, je dirai presque de mon seul ennemi, tu me plains, tu n'es pas de mes assassins ! Parle, pour qui dois-je te prendre?

FERDINAND

Père barbare, je te reconnais à cet ordre. Tu connais mon cœur, mes sentiments que tu me reproches souvent d'avoir hérités de ma pauvre mère. C'est pour me rendre semblable à toi, que tu m'as envoyé ici. Cet homme au. bord du tombeau, sous la main de la mort, d'une mort injuste, tu me forces à le visiter, pour briser mon cœur, pour que la violence de cette émotion me rende sourd à toute autre, pour que je devienne insensible comme toi, quelque chose qu'il m'arrive!

C'est étrange! Reviens à toi, relève-toi un peu, parle comme un homme.

febdinanA.

Plût au ciel que je fusse une femme, et qu'on pût me dire : Qu'est-ce qui te touche? qu'est-ce qui t'afflige?... Dismoi un malheur plus grand, plus affreux, rends-moi témoind'une action plus infâme; je te remercierai, je dirai : Ce n'était rien.

Tu te perds. Oik es-tu?

FERDINAND

Laisse un libre cours à mon indignation, laisse-moi gémir à mon gré ! je ne veux pas avoir Tair calme quand tout au dedans de moi se brise et se déchaîne ! — Faut-il que je te voie ici;... toi!... c'est horrible!... Tu ne me comprends pas! et dois- tu me comprendre? Ëgmont! Egmont 1

U se jette à sou cou.

E?[plique-moi ce mystère.

164 EGHONT.

FERDINASD.

Quel mystère?

EGHONT.

Comment se peut-il faire que le sort d'un étranger t'é* meuve si profondément?

Étranger ! tu ne m'es pas étranger. Ton nom, comme une étoile, éclaira mes premiers pas dans la vie. Que de fois je me suis fais raconter ton histoire ! L'espoir de l'enfanl, c'est l'adolescent; celui de l'adolescent, c'est l'homme: eh bien! tu marchais ainsi devant moi, toujours devant; et sans jalousie je te voyais devant moi, et je courais après toi, et toujours et toujours. J'eus enfin l'espérance de te voir, je te vis, mon cœur vola au-devant de toi. Je m'étais déjà voué à toi : en te voyant, je t'avais choisi de nouveau. Je me disais : je vais être avec lui, vivre avec lui, lui serrer la main^ le... tout s'est évanoui, et je te retrouve ici I...

EGMOXT.

Mon ami, si cela peut te faire quelque bien, reçois ici l'assurance que dès l'abord mon cœur fut à toi. Mais écoute-moi, parlons tranquillement : dis-moi, est-ce bien l'intention de ton père de me mettre à mort?

FERDINAND

Oui.

EGHONT.

Ce jugement ne serait pas un simple épou vantail pour me tourmenter, pur me punir en m'effrayant,, pour m'humiiier, et dont la clémence royale me relèverait?

FERDINAND

Hélas ! non. Je me flattais d'abord de cette vaine espérance, et déjà je m'affligeais de te voir réduit à un tel état d'humiliation; mais il n'est que trop vrai! il n'est que trop sûrl... Non, je ne suis plus maître de moi. Qui me donnera un OQDseil? qui m'aidera à échapper à l'inévitable?

Eh bien! écoule. Puisque tu souhaites avec tant d'ardear

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