‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 111 sur 390 · ACTE T · texte numérisé non relu

ACTE T

lâBnixelles le... (On doit lire U date et l'année de manière à ■'être point entendu des spectateurs.)

i Ferdinand, duc d'âlbe, c Président du tribunal des Douze. »

A présent, tu connais ton sort. Il ne te reste que peu d'instants pour t'y résigner, mettre ordre i tes affaires et prendre congé des tiens.

Sllva sort avec aa suite. Ferdinand reste. Il n'y a plus que deux flambeaux;

le théfttre est foiblemeot éclairé.

EGMONT, qudque temps absorbé en lui-même, laisse sortir Silva sans regarder autour de lui ; il se croit seul, et en levant les yeux il aperçoit le fils d'Âlbe.

To es encore là? Tu restes? Veux-tu augmenter par ta présence ma surprise et mon horreur!... ou aurais-tu peutêtre ridée de porter à ton père l'agréable nouvelle que je me désespère lâchement? Va, va, jure-lui bien qu'il ne trompe ni moi ni le monde. Veux-tu savoir ce qu'on dira de lui, l'ambitieux, d'abord tout bas, et puis de plus bout en plus haut, et ce qu'un jour, lorsqu'il sera précipité du rang suprême, mille voix lui crieront sans relâche. Le voici : Ce n'est pas le bien de l'État, ce n'est pas l'autorité du roi, ce n'est pas le repos des provinces, qui l'ont conduit ici; c'est dans son propre intérêt qu'il a conseillé la guerre, parce que le guerrier tiouve à y gagner; il a excité ces terribles troubles afin qu'on ait besoin de lui. Et moi, je tombe victime de sa basse haine, de sa petite envie... Oui, oui, je le sais et j'ose le dire ; blessé à mort, mourant, je puis le dire : cet homme me portait envie, il a préparé de loin ma ruine, et l'a méditée de longue main. Dès notre jeunesse, aux parties de dés que nous faisions ensemble, quand les monceaux d'or passaient l'un après l'autre de lui à moi, il se vexait, simulait l'indifférence et, au fond, il étouffait, se rongeait, non pas tant parce qu'il perdait que parce que je gagnais. — J'ai encore présents les éclairs de ses yeux et la pâleur sinistre de ses

joueS| à cette fête publique où nous tirâmes au but devant la

idS EGMONT.

foule assemblée. Ce fut lui qui me provoqua : les deux nations étaient là, l'Espagne et les Pays-Bas pariaient. J*eus Tavantage sur lui ; son coup écarta, le mien porta ; un cii de joie s'éleva du milieu des miens... Il m'atteint à présent, son coup ! Dis-lui que je le sais, que je le connais, que le monde méprise tout trophée acquis par la bassesse et la ruse. — Et toi! 8*il est possible à un fils de fuir les traces de son père, rougis, pendant qu'il eu est temps, rougis de celui que tu voudrais de tout ton cœur pouvoir estimer.

FERDINAND

Je t'écoute sans t'interrompre, tes reproches tombent sur moi comme des coups de massue sur un casque ; je sens la secousse, mais je suis armé : tu m'atteins, tu ne me blesses pas. Elle m'est toutefois sensible, la douleur qui me déchire le sein. Malheur sur moi! malheur ! C'est donc pour un tel spectacle que j'ai grandi, pour une telle scène qu'on m'a amené ici!

, EGHONT.

Tu éclates en plaintes? Qu'est-ce qui te touche, t'afflige? Est-ce un tardif repentir d'avoir prêté ton ministère à l'infâme conjuration? Tu es si jeune! et tu as une physionomie heureuse : tu étais si ouvert, si amical envers moi ! Quand je te vis, je fus raccommodé avec ton père. Et ta dissimulation, ilissimulation plus profonde que la sienne, m'a fait tomber dans le piège. .. Tu es un misérable I Qui se fie à lui en court les risques ; mais qui croirait risquer en se fiant à toi? Va, fuis ! ne m'ôte pas encore le peu d'instants qui me restent! fuis, te dis-je, que je me recueille, que J'oubÛe le monde, et toi le premier I

FERDINAND

Que dois-je te répondre? Je suis là devant toi, je te vois... et je ne te vois pas, et je ne me sens pas moi-même. Dois-je me justifier? dois-je te jurer que j'appris tard, que dis-je! au dernier moment, les desseins de mon père? que je n'ai agi que comme instrument passif et contraint de sa volonté? Qu'importe l'opinion que tu peux avoir de moi? tu es perdu;

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