ACTE II
conDaitra mieux l'ouvrage que tu viens d'achever, il n'hésitera certainement point à te placer à la hauteur du poêle qu'il t'o^se aujourd'hui comme un géant sans égal.
Ah! princesse, l'éloge de l'Ârioste m'a plutôt réjoui qu'offensé dans sa bouche. Il est consolant pour nous d'entendre célébrer l'homme qui se montre à nos yeux comme un grand modèle à suivre. Nous pouvons alors dire tout bas dans notre cœur : Prends une part de son mérite, et tu ne peux manquer d'obtenir une part de sa gloire. Non, ce qui m'a ému jusqu'au fond.de l'âme, ce qui m'occupe encore tout entier, c'est de songer au train ordinaire de ce monde, qui, vif, infatigable, immense, tourne aveuglément autour d'un seul homme sage ou supérieur, et accomplit la route qu'ose lui prescrire ce demi-dieu. J'écoutais, attentif et curieux, je recueillais avec empressement les paroles assurées de cet homme plein d'expérience; et plus j'écoutais, hélas! plus je m'écroulais à mes propres yeux, plus je tremblais de me perdre, comme Écho dans les montagnes, et de m'évanouir dans le néant comme les vains sons qu'elle répète.
LA. PRINCESSE
Ne semblais-tu pas naguère sentir nettement comment le héros et le poète vivent l'un pour l'autre, comment Je poëte ' et le héros se cherchent tour à tour, comment aucun des deux ne peut envier l'autre? Certes, ils sont grands les hauts faits qui méritent l'honneur d'être chantés ; mais elle est belle aussi la mission d'en porter jusqu'à la postérité, par des^ chants dignes de leur sujet, le récit énergique et plein. Au sein de l'Etat borné qui te protège, contente-toi de voir en paix, et comme du rivage, le courant déréglé du monde.
LE TASSE
Et n'est-ce pas en ces lieux mêmes que j'ai vu d'abord a^ec quelle magnificence on récompense avant tout l'homme vaillant? J'arrivai ici, enfant inexpérimenté au moment même où des fêtes multipliées semblaient faire de Ferrare le rendezvous ie l'honneur. Oh ! quel spectacle ! Un cercle, tel que le soleil n'en verra point de sitôt un semblable, ceignait la place n. il
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immense où la valeur adroite allait se montrer dans toat son éclat. Là siégeaient pressés les plus belles femmes, les hommes les plus illustres de nos jours : Tœil parcourait avec surpri>e cette noble fouie ; on s'écriait : La patrie seule, l'étroite péninsule, les a tous réunis dans ces murs; ils forment ensemble le plus majestueux tribunal qui ait jamais prononcé sur riionneur, sur la vertu, sur le mérite ; examinez-les l'un après l'autre, et vous n'en trouverez pas un seul qui ait à rougir de son voisin. Et alors s'ouvraient les barrières; les coursiers piaffaient, les casques et les boucliers brillaient, les écuyers se pressaient, le son des trompettes retentissait; les lances criaient en se brisant, le casque et le bouclier résonnaient sous les atteintes des combattants, et tout à coup la poussière enveloppait de ses tourbillons la gloire du vainqueur et la honte du vaincu. Oh ! laisse-moi tirer le voile sur un spectacle qui m'éblouit. Qu'en ce moment le sentiment de ma nullité ne devienne pas trop vif.
LA PRINCESSE
Tandis que l'aspect de ce noble concours et de ces jeux guerriers t'enflammait d'émulation, te commandait la peine et l'effort, j'aurais pu, jeune ami, te donner une leçon muette de patience. Ces fêtes que tu vantes^ que cent témoins m'ont alors et longtemps après vantées comme toi, je ne les ai point vues. Reléguée dans un lieu solitaire, où, à de longs intervalles, le dernier écho de la joie pouvait à peine venir expirer, il me fallait supporter plus d'une douleur et plus d'une pensée triste. Les ailes étendues, l'image de la mort planait à mes regards, me cachant la vue d'un monde où tout était nouveau pour moi. iPeu à peu le spectre s'éloigna et souffrit que j'entrevisse, comme à travers un crêpe, les couleurs pâles mais agréables de la vie : Je voyais des formes animées s'élever de nouveau et se déployer doucement à mes faibles yeux. Quand, pour la première fois, je quittai le lit de souffrance, encore appuyée sur le bras de mes femmes, Lucrétia vint à moi, pleine d'une vie joyeuse, te conduisant par la main. Tu fus le premier qui, au moment où se renouvelait mon être, t'offris à ma vue, objet inconnu et nouveaUr