‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 133 sur 390 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

déterminées, qui tantôt se soient approchées trop éblouissantes démon âme, et tantôt lui aient échappé; j'ai vu de mes yeux le modèle de chaque attrait, de chaque vertu. Ce que j'ai peint faprès lui restera ; Famour héroïque de Tancrède pour Clorinde, la constance ignorée et silencieuse d'tierminie, la grandeur d'âme de Sophronie et les malheurs d'Olinde; ce ne sont point des fantômes évoqués par l'imagination ; je le sais, cela est éternel, car cela est. Et quoi plus que le secret dun noble amour, discrètement confié à la poésie qui le favorise, a le droit de passer aux siècles futurs et do se perpétuer?

LA PRINCESSE

Et dois-je dire quel autre privilège la poésie s'arroge encore à notre insu? Elle nous attire peu à peu ; nous prétons Toreille, nous écoutons, et nous croyons comprendre ; nous ne pouvons blâmer ce que nous comprenons, et c est ainsi qu'enfin elle nous séduit.

LE TASSE

Quels cieux viens-tu m'ouvrir, ô princesse ! j'en verrais, si tant d'éclat ne m'aveuglait point, j en verrais descendre sur des rayons d or un bonheur éternel autant qu'inespéré.

LA PRINCESSE

Arrête! Il est des choses que nous devons saisir avec empressement; mais il en est d'autres que nous ne pouvons nous approprier que par la modération et la privation même. Que l'amour, on l'a dit, soit comme la vertu dont il est frère. Songes-y bien!

Page 1