SCÈNE V ALPHONSE, ANTONIO
autonio.
Ce jeune homme extravague! De quelles codeurs se peintil son mérite et sa destinée! Bornée et sans expérience, la jeunesse pense être Télue de ce monde; plus que tous elle se croit tout permis ! Notre poète s'imagine être puni, et son âge voit un châtiment dans un bienfait qui inspirerait des actions de grâces à l'homme mûr.
ALPHONSE
Je crains, au contraire, qu'il ne soit trop puni.
ANTONIO
Si tu crois devoir agir doucement avec lui, prince, rends- Ini la liberté, et que Fépée décide de notre différend.
Oui, si Topinion l'exige. Hais, dis-moi, comment as-tu excité sa colère?
ANTONIO
J'aurais de la peine à te dire de quelle manière la chose s'est passée. Je l'ai peut-être mortifié comme homme; comme gentilhomme, je ne l'ai point insulté : et pour lui, dans la plus grande chaleur de son emportement, aucun mot outrageant n'est sorti de sa bouche.
ALPHONSE
C'est ainsi que j'avais jugé votre querelle, et tes paroles confirment encore ce que j'avais d'abord pensé. Quand deux hommes sont aux prises, c'est justice que de tenir pour coupable le plus sage des deux. Tu n'aurais pas dû t'irriter Comme lui; il te convenait mieux de détourner sa fougue. Il est encore temps d'y remédier : rien dans cette afiaire ne vous
Sia TORQUATO TASSO.
oblige au combat. Aussi longtemps que la paix dmt me Tester, je veux en jouir dans ma demeure. Ramène&-y le calme, cela t'est facile. Léonore Sanvitale peut d'abord chercber à radoucir par de tendres paroles : alors, va vers lui, rendsAui la liberté en mon nom, et gagne sa confiance par des discours nobles et vrais. Fais cela le plus tôt qu'il te sera possible : tu lui parleras comme un ami, comme un père! Je compte apprendre que la paix est conclue avant que nous partions pour la ville, et rien ne t'est impossible lorsque tu le veux. Nous resterons, s'il le faut, une heure de plus, puis nous laisseroos les femmes achever doucement ce <[ue tu auras commencé, et à notre retour elles auront effacé jusqu'à la dernière trace de ces vives impressions. Il semble, Antonio, que tu ne veuilles pas tenter l'entreprise ! Tu as à peine accompli une première tâche, tu reviens, et déjà tu t'en prépares une semblable! J'espère que celle-ci ne te réussira pas moins que l'autre.
ANTOHIO.
Je suis tout honteux, et dans tes paroles j'aperçois ma faute comme dans le miroir le plus dair. On obéit aisément au noble prince qui sait joindre la persuasion à.ses ordres.