ACTE III. S
noae deux intrigues, et par certains artifices il ga^gne certains f«urs. Que faut-il en croire?
LéOHORE.
Bon! c*est justement une preuve que la seule anutié nous ^ine; et, lors même que nous aurions échangé amour pour ^our, ne serait-ce pas la récompense méritée de celui qui s'oublie lui-même tout entier, et vit pour ses amis, aban- ^oné à d'aimables songes?
autorio.
Gâtez-le donc de plus en plus, prenez pour de l'amour son humeur singulière; rebutez tous les amis qui se consacrent ^ ^ous dans la sincérité de leur âme; payez à l'orgueilleux un tribut volontaire, et détruisez enfin le cercle agréable d une société confiante.
LÉONORE
Notre partialité ne va pas si loin que tu penses; nous avons plus d'une fois grondé notre jeune ami. Nous voudrions le former, pour qu'il jouît davantage de lui-même, et qu'il eu fit plus jouir les autres. Nous ne nous dissimulons pas les défauts qu'il peut avoir.
AHTONIO.
Et cependant vous louez souvent en lui ce qu'il faudrait ^iner. Je connais le Tasse depuis longtemps; il est facile à connaître, et trop fier pour se cacher. Parfois il s'abîme en lui- ^éme, comme si l'univers s'était retiré dans son âme; le njonde qu'il se crée, son être qu'il y renferme tout entier, lui ^Oisent, et les objets qui l'entourent au dehors disparaissent ^ à ses yeux. D les laisse s'agiter, il les laisse choir, il les neurle, et se retrouve immobile. Tout à coup, comme l'étin- ^Ue inaperçue qui enflamme la mine — est-ce joije, douleur, colère ou caprice? — il éclate avec violence. Alors il veut tout ^i^ir, tout retenir; alors tout ce qu'il peut imaginer doit se ^«ire; ce qu'il faudrait préparer pendant de longues années "oil naître en un moment; un moment doit enlever l'obstacle î^iunlong travail pourrait à peine écarter. Il exige de lui- Wiême l'impossible, pour avoir droit de l'exiger des autres. Son esprit veut embrasser à la fois les fins dernières de toutes n. 20
choses. Cela réussit tout au plus à un homme entre des millions d'hommes; et il n'est pas cet honmie : fatigué de ses efforts, il retondbe sur lui-même, sans ayoir rien retiré de tant de peine.
LÉONORE
Il ne fait tort qu'à lui, jamais aux autres.
autonio.
Il ne les offense pourtant que trop. Nieras-tu qu'au moment où la passion rapide s'empare de lui, il ose attaquer, réprimander le prince, la princesse elle-même, n'importe qui enfin? Sa fougue ne dure qu'un instant, il est vrai; mais cet instant ne revient que trop souvent. 11 commande aussi peu à sa langue qu*à son âme.
LÉONORE
Aussi je pense que, s'il s'éloignait d'ici quelque temps, les autres et lui s'en trouveraient hien.
ANTONIO
Peut-être oui, et peut-être non. Ce n'est pas d'ailleurs le moment d'y songer, je ne voudrais pas en porter le blâme; et l'on pourrait croire que c'est moi qui le chasse, tandis qu'il n'en est rien. Il faut pour moi-même qu'il reste dans celte cour, et qu'il y reste en paix. S'il veut se réconcilier avec moi, s'il peut suivre mes conseils, nous finirons par nous eutendre à peu près.
LÉONORE
Espères-tu maintenant agir sur un caractère qui te semblait tout à l'heure impraticable?
ANTONIO
Nous espérons toujours, et en toutes choses il vaut mieux espérer que désespérer; car qui peut calculer ce qui est possible? Il est cher à notre prince, il faut qu'il reste avec nous; et si c'est en vain que nous aurons cherché à le corriger, il ne sera pas le seul dont nous supportions les défauts.
LÉONORE
Je ne te crois pas à ce point affranchi de passion et de par* tialilé! Tu t'es bien vite coûverti.