‹ Le théâtre (volume 2)Chapitre 156 sur 390 · SO · texte numérisé non relu

SO

234 TORQUàTO TASSO.

père. Repose^toi sur mes envieux, sur mes emiemis, dasoia delejustiGer! Un champ libre leur est ouvert.

LÉONORE

Tes soupçons portent souvent à faux, et j'ai pu m'en convaincre. Antonio lui-même n*a pas pour toi rinimitié que tu lui supposes; le difTérend d'aujourd'hui...

LE TASSE

Je le laisse de côté, et je juge Antonio tel qu'il était auparavant et tel qu'il sera toujours. Sa sagesse empesée m'a de tout temps été odieuse, ainsi que ses manières pédantesqaes. Au lieu de chercher si l'esprit de ceux qui l'écoutent n'est pas déjà dans la bonne voie, il se met à vous expliquer gnvement ce que vous savez mieux ou sentez plus profondément que lui-même : il reste sourd à tout ce qu'on peut lui dire, et il se trompe toujours siu* celui qui lui parle. Se voir méconnu ! méconnu par l'homme orgueilleux qui pense, en se moquant, examiner les autres ! Je ne suis ni assez âgé ni assez sage pour le supporter et m'en tenir à lui rendre déAsion pour dérision. Il fallait en finir, il fallait rompre tôt ou tard; et, plus lard, la rupture eût été plus pénible encore. Je ne reconnais qu'un seigneur, celui qui me nourrit; je me soumets à lui avec joie, mais je ne veux pas souffrir de maître. Je veux être libre dans mes pensées comme dans mes vers; c'est déjà bien assez que le monde restreigne si fort l'indépendance de nos actions.

LéONORE.

Antonio s'exprime souvent avec considération sur ton compte.

LE TASSE

Avec ménagement, veux-tu dire, par calcul et par adresse. Cela même me fâche; car il sait de telle sorte manier, disposer ses paroles, que l'éloge sur ses lèvres équivaut au blâme, et que rien ne blesse plus vivement dans sa bouche que les louanges qu'il semble accorder.

LÉOMORE.

Que n'as-tu entendu comme il parlait de toi, mon ami) comme il vantait le talent que la nature bienveillante t'aac-

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